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La Cassostrea Gazar des villages du Sine Saloum

Une semaine. Quatre jours à Toubacouta. Quatre villages visités.

Trop court.

Nous allons à l’essentiel. Nous savons que le Sénégal a durement supporté la sécheresse de l’an dernier et la désaffection des touristes : 70% à t-on entendu, la faute à un seul cas de virus ébola, un Guinéen qui aurait passé la frontière alors qu’il savait être suspecté d’être malade.

Tout ce tourisme en moins, c’est catastrophique pour le Sénégal.

 Nous prenons notre premier petit déjeuner avec le responsable des Almadies et quelques ostreiculteurs du Saloum, en compagnie du président (Adama Senghor, notre ami) de l’association sénégalaise Vilaine et Saloum, avec laquelle ATM (Arradon Terre du Monde)  travaille en partenariat.

Les Almadies, c’est le seul endroit où les huîtres peuvent passer dans le bassin de dégorgement avant d’être vendues en frais.

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Nous prenons des nouvelles des villages, de la situation globale, des progrès du groupement d’intérêt économique (GIE)  « Ostreiculteurs du Sine Saloum » faits grâce à l’acquisition du camion l’an dernier.

Le GIE qui s’est constitué il y a deux ans, comprend un membre de plus avec le village de Bambougar, excentré de Toubacouta, et n’appartenant pas à la communauté rurale.

L’Agence Nationale de l’Aquaculture, organisme d’Etat, nous reçoit en la présence de son directeur et d’ingénieurs halieutiques et vétérinaires. Nous sommes ravis de savoir que Vilaine et Saloum a pleine crédibilité auprès de ces hautes instances, après la visite d’une de ses membres sur le terrain, deux fois depuis l’été dernier.

Des moyens plus importants que les nôtres, vont être mis en place, pour améliorer la qualité de vie des villages, dont certains n’ont toujours ni eau ni électricité.

La problématique du potentiel des huîtres de palétuviers, dont la ressource était menacée, est totalement prise en compte, et l’ANA annonce vouloir travailler main dans la main avec l’association et l’aide d’expertise de Jean Noël qui a vu juste jusqu’ici.

Nous allons visiter les différents villages, forts de cette aide. C’est agréable d’être pourvoyeurs de bonnes nouvelles.

Surtout quand on constate sur le terrain que l’année de sécheresse a marqué les villages et les visages. Une très importante baisse des revenus, environ 50%, y compris sur la ressource vivrière. La promotion de l’huitre de mangrove prend de plus en plus d’importance.

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Nous commençons par Néma Bah, mercredi, un village où ce sont les femmes qui gèrent l’ostréiculture, et qui ont toujours fait preuve de courage et de volonté. Sans compter leur imagination, leur bon sens, et souvent très à propos.

Elles ont placé les guirlandes à des niveaux plus bas dans l’eau, pour que l’huître y soit immergée plus longtemps et donc qu’elle mange plus, en formant une sorte de berceau entre deux systèmes de perches.

L’ANA est venue en juillet et mars poser des « lanternes » sortes de casier en filet à trois étages, où les huîtres mises une à unes, peuvent profiter au mieux de la ressource en restant immergées tout le temps. Mais comme dans nos eaux, le changement des saisons se distingue par le développement de végétations qui, à terme, peuvent freiner la croissance des huîtres : les organismes se déposent sur les mailles des lanternes et empêchent l’eau d’y passer.

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Ici, nous connaissons le même phénomène, auquel nous pallions en retournant régulièrement les poches.

Là bas, il faut prendre la mesure du peu de moyens, et sortir les lanternes de l’eau le temps d’une marée pour que les organismes se dessèchent et meurent, demande une logistique que seule l’ANA va pouvoir gérer.

Néanmoins, à Néma Bah, tout est possible, parce qu’elles sont douées d’une force collective impressionnante et d’un moral à (presque) toute épreuve.

Le lendemain, jeudi, nous nous levons dans une atmosphère déjà chaude et un soleil bizarrement voilé. C’est le vent du nord, nous dit Moussa. Sauf que le nord du Sénégal c’est la Mauritanie, et le ciel est couvert de sable rose/ocre, et il fera plus de 45°C l’après midi. A l’ombre. Il faut savoir qu’au Sénégal, je ne transpire jamais et je ne bronze pas : presque toujours à l’ombre, et toujours desséchée par ce vent et cette chaleur impitoyables. Notre eau s’évapore.

Nous allons à Soucouta voir Moussa au Centre Multimédia Communautaire, où nous espérons nous connecter. En vain, il n’y a plus de courant. On se rattrape avec un thé.

L’après midi, nous allons à Médina, où nous retrouvons quelques femmes du groupement sur la plage. Toutes les photos faites cet après midi là sont étonnantes. Une couleur jaune recouvre tout.

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Nous voyons sur le site que l’entretien a été moins présent que l’année dernière. La faute à la sécheresse et à la pluri activité que ces femmes ont dû mener de front pour tenter de joindre les deux bouts.

Mais nous constatons ce que nous verrons aussi dans les deux autres villages que nous visiterons après, que la pose des guirlandes a entraîné une repopulation des huîtres de mangroves sur les racines de palétuviers. Partout, du captage, là où on n’en voyait pas jusqu’alors. Le programme est visiblement porteur.

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Les rotations du camion s’organisent bien, et tous les villages ont bénéficié des moindres pertes.

Le vendredi, c’est Sandicoli.

Un village d’hommes cette fois. C’est avec eux que nous avions fait une marée il y a deux ans, dans la mangrove, après avoir traversé un bolong avec de l’eau jusqu’aux aisselles. Et puis surtout, au moment du départ et de la récupération de tous les pêcheurs, le retard d’un seul avait fait qu’on s’était échoués sur un banc de sable avec la pirogue, et qu’on avait passé deux bonnes heures sous le cagnard. On faisait trempette toutes les dix minutes et Jean Noel avait même fait un coup de filet avec les pecheurs en attendant que la marée remonte.

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(remember)

Mon téléphone à rendu l’âme ce jour là, ce qui m’a donné une leçon: le téléphone à pomme, ne supporte pas la chaleur. Cette année encore, je l’ai laissé éteint sauf le soir et le matin.

Bref, à Sandicoli, un seul pêcheur nous accueille. Tous les autres sont au mariage de son propre fils. C’est ainsi, il confie son fils à la belle famille, et il se fait représenter par ses amis en qui il a confiance.

Nous longeons le site en pirogue, le travail est toujours bien fait, et le captage conséquent sur les racines derrière les guirlandes.

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Le dernier jour à Toubacouta, nous partons plus loin, vers Bambougar, un village excentré, difficilement accessible avec des routes peu praticables. Pourtant là, encore un village d’hommes, il existe une tradition de vente des huîtres crues depuis des années. Les guirlandes qu’ils ont placées devant la mangrove, servent aussi de barrière : interdiction à quiconque de pêcher des huîtres de mangrove directement sur les racines sous peine d’amende. Le travail des huîtres est l’activité principale du village et ils ne veulent pas etre pillés.

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Les femmes, elles, continuent la pêche traditionnelle, de vente d’huîtres cuites et séchées.

Le dimanche c’est déjà le départ. Une journée pour atteindre Dakar en comptant l’attente du 3ème bac à Foundioune, et la panne à Mbour.

Je ne te dis rien de plus sur le Sénégal. Parce que c’est… trop « mon » Sénégal.

Effectivement je n’ai rien vu du Sénégal, rien des sites à visiter, rien des hôtels climatisés. Nous avons cette chance de vivre uniquement avec des sénégalais, mieux qu’eux, car nous ne savons pas les privations, mais nous savons leur générosité, nous sommes en confiance et dans le confort qu’ils nous offrent avec leur amitié.

Le retour est toujours un déchirement. Comme dit Adama, « mange aujourd’hui, car tu ne sais pas ce qui te mangera demain »

L’année prochaine nous essaierons de partir deux semaines. Je n’ai pas eu le temps de voir assez Yaya et Astou, ni discuter avec Fatou. Et tout.  

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Sous les palétuviers, des huîtres aussi

C'est juste ma photo préférée. Les couleurs tu vois.
C’est juste ma photo préférée. La couleur du sourire, tu vois.

(on peut cliquer sur les photos pour les agrandir)

Oui, je sais, un mois et demi plus tard et toujours rien sur le Sénégal…

Mais voilà, on ne s’absente pas trois semaines impunément, il y a eu un travail monstre depuis, si, et peu de temps libre, vrai.

Un rapport d’une trentaine de pages, écrit sur place au jour le jour, réécrit plus joli la semaine dernière, de quoi ne rien oublier de notre séjour à Toubacouta, et sa communauté rurale de sept villages où nous avons travaillé.

7 villages, ça tombe bien, autant que de jours dans la semaine, et c’est presque à ce rythme que nous avons organisé la mission qui nous incombait, enfin, à Jean-Noël : « (…)expertiser l’état de développement du projet d’élevage d’huîtres site par site (…) établira un diagnostic et délivrera ses conseils professionnels tant sur les techniques que sur les mises en oeuvre ».

Première semaine, visite sur les sites, deuxième semaine, réunions bilans de ces visites, troisième semaine, programme de proposition d’actions dans chaque village. Je schématise, mais en gros c’est ça. On a pas chômé.

Des huîtres naturelles de la mangrove captées sur les racines de palétuvier.
Des huîtres naturelles de la mangrove captées sur les racines de palétuvier.

Voilà à quoi ça ressemble, directement dans la mangrove, des Cassostrea Gazar. Beau non?

Huître pêchée dans la mangrove et détroquée sur place.
Huître pêchée dans la mangrove et détroquée sur place.
L'huître ouverte, révèle un goût sucré-salé délicieux
L’huître ouverte, révèle un goût sucré-salé délicieux

Un jour, nous avons vécu une aventure, genre « les naufragés ».

Il faut savoir que nous avons été vraiment très soignés par la famille d’Adama Senghor, le président sénégalais de l’association Vilaine et Saloum. Les Sénégalais en général, Adama et nos amis Moussa Mane et Ibou Diame, sont particulièrement accueillants et chaleureux. Tous sont membres de l’association.

Ce n’est pas avec eux, l’aventure. Avec eux c’était confort, avec leurs femmes aussi, qui nous ont choyés.

Il était prévu qu’on aille à une réunion sur le terrain à Sandicouli. Nous y sommes allés, mais en raison d’une commande d’huîtres en frais pour Dakar, les pêcheurs étaient partis faire « la marée » dans la mangrove.

On traverse le bolong, contre courant, de l'eau jusqu'aux aisselles
On traverse le bolong, contre courant, de l’eau jusqu’aux aisselles

On les a rejoint bien sûr.

C’est cet après-midi là que j’ai connu les limites d’Apple (45°C, ça fait fondre les pommes), et que nous avons appris mille choses sur cette cueillette.

Doudou me montre le paquet qu'il vient de cueillir
Doudou me montre le paquet qu’il vient de cueillir

Il faut imaginer l’entrelac des racines, les huîtres coupantes, la vase… le bonheur du pêcheur, qui au bout d’un dur labeur de deux heures, a pêché une bassine.

Ils rammassent les huîtres dans le T-shirt, avant de le vider dans la bassine
Ils ramassent les huîtres dans le T-shirt, avant de le vider dans la bassine

Dans le silence de la mangrove, parfois on entend un oiseau, ou le bruit de l’eau dans nos pas, les voix des hommes résonnent comme un contrepoint à la cueillette muette.

La bassine, même pleine, flotte. La retenir le temps de cueillir un paquet
La bassine, même pleine, flotte. La retenir le temps de cueillir un paquet

L’eau est chaude, le ciel écrasant, il est midi passé. Le boubou prévu pour la réunion flotte dans l’eau, je prends des photos, le temps sénégalais est précieux dans l’art de savoir le prendre.

Tu le vois, toi, le pêcheur?
Tu le vois, toi, le pêcheur?

Au bout de deux heures, les dix bassines des dix pêcheurs étaient pleines, c’était l’heure de rentrer.

Mais voilà qu’il en manque un. On attend, on appelle « uh, uh », il arrive au bout d’un certain temps.

La pirogue descend le bolong pour nous prendre, mais voilà.

La pirogue qui flotte presque. On l'aide un peu.
La pirogue qui flotte presque. On l’aide un peu.

Un banc de sable bien connu d’eux nous prend en traître et nous échoue. La marée est trop descendue,  elle n’a même pas encore fini son cycle. Nous attendons sa vraie fin, puis qu’elle remonte. Deux heures encore.

Nous sommes assis dans l’eau sous l’ombre des palétuviers, c’est le plein après-midi, on a terminé notre bouteille d’eau depuis longtemps.

Mais ce jour là, naufragés des bolongs, nous avons ressenti le Sénégal, le travail des pêcheurs, le temps des sénégalais, si particulier à nous les toubabs. Amoul solo!

Moussa Mane
Moussa Mane
Adama Senghor
Adama Senghor
Jean-Noël Yvon
Jean-Noël Yvon

Nous avons aussi rencontré des femmes extraordinaires. La majorité des ostréiculteurs sont trices au Sénégal.

Celles du village de Nema Bah, par exemple. Un tourbillon énergique de bonne humeur et de fierté du travail bien fait. Elles sont belles et courageuses (comme les sénégalaises en général d’ailleurs, belles, belles, belles, avis personnel qui n’engage que moi).

Les femmes de Nema Bah, belles.
Les femmes de Nema Bah, belles.
Belle et fière. Elle peut.
Belle et fière. Elle peut.

À Nema Bah, elles ont eu de bonnes idées, de l’initiative, et le résultat est là.

Beaucoup d'enfants à Nema , qui adorent se faire photographier
Beaucoup d’enfants à Nema , qui adorent se faire photographier

Nema Bah, le village avec le plus d’enfants.

Le thé au centre de transformation
Le thé au centre de transformation

Au Sénégal, la façon traditionnelle de manger l’huître, c’est cuite.

Elles les mettent dans un chaudron, font cuire à l’étouffée les paquets d’huîtres, puis les décoquillent et les font un peu sécher, avant de les mettre en sachet ou en bocaux stérilisés, tout dépend de l’étape finale de commercialisation.

Cuisson à l'étouffée
Cuisson à l’étouffée

Mais, la cueillette avait le fort inconvénient de dépeupler la mangrove de sa ressource, et même, la faisait reculer : le bois qui servait à cuire les huîtres était prélevé directement dans la mangrove.

Alors, depuis quelques années, un programme d’élevage a été mis en place par l’association.

Le pourquoi du comment de notre présence là-bas.

Jean-Noël a permis de comprendre certains processus de la vie de l’huître, sa façon de se nourrir, de grossir etc…

Quelques tables servent de support de captage
Quelques tables servent de support de captage
Ici, des huîtres en guirlandes avec un travail d'entretien à faire
Ici, des huîtres en guirlandes avec un travail d’entretien à faire

Nous avons l’envie d’y retourner, déguster à nouveau le thé sénégalais, discuter encore et encore de différence de culture avec nos amis, très ouverts, même à ce qui peut les choquer de nos habitudes d’européens toubabs.

Le futur ne manque pas d’avenir comme disait Philippe Meyer!

Oh, j’oubliais : le petit coin de paradis, Sipo!

Les enfants de Sipo jouent
Les enfants de Sipo jouent
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Une plage comme on en voit que dans les films