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Un peu de biologie ne nuit pas #reproduction de l’huître !

Ce matin, la brume transformait le paysage en noir et blanc. Derrière ce voile opaque, on distinguait quand même une belle luminosité qui annonçait le soleil de cette journée.

Parfois, souvent, je partage ce paysage par photos postées sur les réseaux dits sociaux, et la photo de ce matin a eu comme résultat d’avoir une question : « Comment les bébés huîtres quittent leur maman? »

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Sans doute que la brume rend poète, ou soucieux du bien être de nos petits?

Voilà en tout cas qui me donnait un sujet à traiter sur ce blog, sujet essentiel n’est-ce pas, à l’époque où la main de l’homme est capable de détourner la magie de la nature à son profit.

Ainsi donc, dans la nature, voilà comment se passe l’histoire du bouchon et de la bouteille de lait.

Il était une fois…

Ah non, d’abord je veux remercier ma prof de Bio, madame Wilhelm, qui a eu la lourde tache de nous enseigner des heures durant, les bases de la biologie en mer, du plancton aux coquillages, tout ce qu’on est en droit de savoir quand on fait ce métier là.

Il était une fois, Gwenaëlle qui nous a expliqué la gamétogénèse, un truc barbare pour dire fécondation, larve et naissain.

Ou bien on peut considérer que c’est de la magie, et constater que sans nous la nature se débrouille très bien.

L’huître est un coquillage bivalve, qui naît parfois mâle, parfois femelle. Elle est hermaphrodite. Il y a deux fois plus de mâles que de femelles.

Je t’ai fait de beaux dessins pour te donner le cycle de reproduction en résumé, pour que tu voies comment ça évolue, chez l’huître creuse, hein, tu ne confondras pas. Huître ovipare, la creuse, la Cassostrea gigas, selon l’espèce.

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Tu vois que d’abord, il y a un spermatozoïde qui cherche son ovule.

Dans l’eau, les femelles expulsent leurs millions d’ovules en battant des cils, non, des valves, tandis que, attirés par les phéromones dégagés, les mâles suivent le mouvement en larguant d’un filet continu, leurs spermatozoïdes.

Après que la fécondation a eu lieu, se forme un oeuf. Un oeuf à 2n chromosomes (après je te ferai un cours sur la triploïdie et tu verras que les 2n ont leur importance).

La division cellulaire commence, avec la framboise morula, facilement reconnaissable. La larve prend forme après la division cellulaire, et tu remarques les petits cils qui lui font comme une robe de vahiné. Accessoirement, battre des cils fait avancer…

La larve véligère D va se balader dans l’eau une vingtaine de jours. (Jours où les conditions de température vont devoir rester constantes pour que l’évolution se fasse jusqu’au bout).

La larve a déjà une coquille avec deux valves et le velum avec des cils qu’elle déploie hors de sa coquille. Elle se nourrit de phytoplancton microscopique.

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C’est au moment où la larve est « oeillée » (une tache noire) que les scientifiques peuvent savoir que s’approche le moment de la fixation. Le pied se développe, à côté du velum, et l’huître va se déplacer jusqu’au support qu’elle aura choisi, ou qu’on lui aura mis au bon moment.

Toute larve qui ne trouve pas de support reste du zooplancton, et nourri une autre espèce.

Enfin, le velum disparaît, le pied secrète une sorte de ciment colle qui va fixer la larve au support, ce qui va lui permettre de devenir naissain, et finir sa métamorphose en développant ses branchies et sa coquille, puis le reste de tous les organes qui la font devenir huître.

Le bébé huître creuse ne grandit donc pas dans le ventre de sa mère, car la fécondation a lieu dans l’eau, et s’il ne trouve pas les bonnes conditions de température d’eau, de constance de cette température etc, il ne deviendra jamais une huître.

C’est pourquoi il y a des bassins naisseurs comme en Charente, où les conditions correspondent mieux à la fécondation que chez nous, où le captage, quand il existe, est très rare et aléatoire.

Maintenant, je pourrais te faire un cours sur la reproduction de l’huître plate. Tu veux?

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Vois-tu la différence?

La fécondation se fait dans la cavité palléale de l’huître plate. Les spermatozoïdes sont entraînés par le courant inhalé par l’huître femelle. Fécondation interne, huître vivipare, avec une incubation d’une dizaine de jours. C’est pour ça qu’on dit que la laitance passe du blanc à une laitance ardoisée au fur et à mesure que les coquilles larvaires se développent.

Enfin, les larves seront mises à l’eau, elles auront gagné du temps de vie in utero si j’ose dire, et donc sont protégées plus longtemps. Heureusement en fait, car le nombre de larves est bien moins fort que celui de l’huître creuse.

Leur première année de vie, toutes les huîtres plates sont mâles (protandrie).

A part ça, je me marre un peu, il y a beaucoup moins d’études sur la reproduction des huîtres plates, sans doute parce qu’elle est beaucoup moins fiable; c’est aussi une chance, car il n’y a pas encore d’écloseries en plates, bien que ce soit à l’étude d’après les bruits qui courent. Pas encore d‘Ostrea edulis triploïde non plus, ouf.

J’espère que tu n’es ni gavé, ni déçu, je me suis basée sur mes cours et, oui, sur le site d’Ifremer, histoire de bien être sûre de ce que je ponds.

Toutes les erreurs possibles sont donc de mon fait, ou mal retranscrites, parce que résumer la vie, ça ne se fait pas en un jour, isn’t it?

La bise D. (et merci de l’idée, si tu as d’autres questions…)

Edit : paraît que si, y’a des écloseries de Plates. Mais où va t-on ma bon’dam’?

 

 

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Avec juste un nuage de lait, s’il vous plait!

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ceci est une huître laiteuse

l’ours hiberne en hiver, l’ostreiculteur hiberne en été ! ( il éterne?).

Nous reprenons des forces, nous compilons assez de lumière et de soleil, de vitamines et de sommeil, pour nous remettre de la saison passée et nous préparer à la prochaine.  Et puis, l’huître a un rythme de vie auquel nous sommes tenus de nous adapter. Ainsi, alors qu’elle se prépare à la reproduction, nous la laissons tranquille juste ce qu’il faut, pour ne pas l’épuiser. Son énergie n’est plus concentrée sur sa croissance, mais sur l’appel de la nature qui dit, alors que les températures remontent, qu’il va être temps de produire les gamètes… Nous avons tourné toutes les poches déjà une fois, pour éviter que la végétation luxuriante du printemps, en mer comme dans les jardins, n’empêche l’eau de filer entre les mailles des poches. Un peu de soleil pour faire dessécher les belles mousses, un peu d’eau pour étouffer les algues de couleurs verte, ces filaments doux et longs, comme des cheveux.  Et Jean noël est présentement en train de tourner celles du naissain que nous avons été chercher en Charente, un naissain capté naturellement dans une zone où le captage se fait en quantité, ce qui n’est pas le cas ici. Ici, on sait mieux faire grandir les huîtres.  Je suis privée de marée le temps de remettre en état un bras récalcitrant, et ça me manque.

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Les nuages de lait en duel avec les nuages du ciel

En attendant, je tourne autour du bassin, pour regarder, surveiller, les huîtres qui ont été levées cette semaine. Nous attendons la délaitance des huîtres. Ce moment où elles larguent dans l’eau leurs gamètes, pour que la reproduction se fasse. L’huître peut être mâle ou femelle d’une année sur l’autre (l’huître plate est encore plus performante puisqu’elle peut être mâle ou femelle le même été!)  Si nous surveillons ce moment, c’est parce qu’une fois que la laitance se retrouve dans l’eau du bassin, il n’est pas question qu’elle y reste: quand l’huître voudra se nourrir, elle s’étouffera avec la laitance.  Ainsi, une fois que nous avons constaté le phénomène mentionné, il faut jouer juste; etre certain d’avoir attendu assez pour que toutes les huîtres aient délaité, mais ne pas attendre trop longtemps non plus, pour éviter qu’elles s’en nourrissent!

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La photo n’est pas floue, c’est la laitance qui artiste !

Alors, il faut remettre les huîtres en plein courant ( dans le bassin bien sur il n’y a pas de courant, sauf quand la mer le recouvre, et cela dépend des coefficients!) pour que toute la laitance s’éparpille, et que les huîtres se nettoient avant de se refaire une santé.

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Jean Noël va d’abord déplacer les mannes pour que toutes les huîtres délaitent

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Nous sommes fin juillet, (voire début août, le temps que je termine avec les photos) les températures ont remonté (enfin!), le phénomène va de plus en plus se généraliser, et les huîtres finiront bien par délaiter sur parc. Pour l’instant, c’est l’action de les mettre dans le bassin et donc de changer de température d’eau qui les aide à larguer la laitance. Mais c’est hasardeux et imprévisible, c’est même une petite prise de risque si on rate le moment de la délaitance.

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Une fois ce moment passé, les huîtres sont un peu moins charnues. Néanmoins, leur goût reste celui de leur terroir, toujours fonction de la météo, du plancton et des sols sur lesquelles elles sont élevées.

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Et la mer devient blanche

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ceci est une huître non laiteuse

N’hésitez pas à demander à votre producteur si ses huîtres ont délaité!

(S’il te répond qu’elles ne sont jamais laiteuses… c’est une triploïde!)