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In the pocket!

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Ce billet aura été commencé dans des conditions particulières : j’ai, dans mon dos, une caméra et son cameraman, une lampe carrée qui éclaire mon bureau, posée sur un trépied, et un micro scotché sous le chemisier, histoire que quand je cause, ça enregistre.
Je dois faire semblant d’écrire un billet, ça tombe bien, j’en ai le titre en tête depuis un moment, mais pas encore les photos ni le temps de le faire.
En réalité, il ne restera de cet instant que le titre, étant bien incapable d’écrire quoique ce soit de sensé avec tout ce bazar au dessus de mon épaule.
Thalassa a fait un tour à la marée puis à la maison, pour un documentaire sur la Ria en 2015… Dans un siècle peut on dire! Mais c’était bien sympa, y compris la balade en chaland car il faisait beau!

Bon, le titre étant ce qu’il est, tentons de l’expliquer :
In the pocket, le Certificat de Patron de navires aux Cultures Marines niveau 1, un des passages obligés si l’on veut pouvoir un jour conduire le chaland, en fait, un bateau de moins de 24 mètres, sans le patron, le vrai. Si on veut bien voir plus loin, le candidat lambda à la reprise d’une exploitation ostréicole, s’il ne veut pas dépendre de quelqu’un pour piloter le chaland et aller sur les parcs, devra le passer aussi.
Sans compter le « 280 heures » que j’essaierai de passer l’année prochaine, qui lui seul donne la possibilité d’être concessionnaire …

Le Patron 1 c’est de la mécanique moteurs (j’en sais beaucoup plus que j’aurais imaginé sur les moteurs diesel in-bord, le moteur à 4 temps et ce qui s’ensuit, je suis restée béate d’admiration devant un magnifique arbre à cames, tellement ce système m’a paru ingénieux, je sais ce qu’est une bielle, une chemise, un  piston, etc), c’est de la réglementation maritime, les arcanes administratives du domaine maritime avec tout un tas de sigles qui pourront servir, c’est aussi de la navigation tout de même, quelques heures de pratique et beaucoup plus de théorie : si le GPS tombe en panne, je suis capable à présent de faire le point sur la carte, avec un compas et la règle de Cras, les deux investissements de la formation (hormis son coût, pris en charge par un organisme auquel l’entreprise cotise), et enfin c’est un contrôle sur la stabilité, construction et sécurité.

Formation de 117 heures, rien d’impossible, 3 semaines et un peu plus, de journées denses de réflexions!

In the pocket également, les titres de parcs que Jean Noël a pu racheter à son ancien exploitant. Quelques hectares, sur le domaine public maritime, qui nous permettront de disséminer encore mieux la production, plus de place pour pas tellement d’huîtres en plus, pour respecter la loi que s’applique le patron : élevage extensif, et non pas intensif.
Pour la petite histoire, ce parc était déjà dans la famille Tonnerre, il y a fort fort longtemps, Jean Noël ne fait que boucler la boucle d’un parcours familial haut en couleurs. VIncent Tonnerre étant un des premiers ostréiculteurs de la ria, dont j’avais pu retrouver dans les archives départementales consultables en ligne (faut remonter au 21 novembre 1895), la toute première demande de concession.

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Enfin, in the pocket, les huîtres!
Nous avons tant et tant d’huîtres à dédoubler, que pour la première fois depuis bien avant la crise de 2008, l’entreprise a acquis des poches neuves, en mailles de 13, pour tout vous dire, des poches en plus pour des huîtres à dédoubler : quoikess dédoubler? Je te l’ai déjà explicationné quelque part, c’est certain, mais comme tu lis peut être pour la première fois ce blog, je te redis :
Dans des poches qui font toutes la même taille, mais n’ont pas toute le même maillage, on met des huîtres. Ça c’est facile.
Dans les poches à petites mailles, on met de toutes petites huîtres. On compte au poids, mettons entre 3 et 5 kg maxi par poches.
Ceci est fait dans l’espoir démesuré que les huîtres grandissent, poussent, s’épanouissent
Et ça marche, dans la plupart des cas, tellement bien que la toute petite quantité d’huîtres mise à pousser, fini par remplir la poche, un coefficient de croissance de l’huître dont je suis bien incapable de me souvenir exactement de combien, fait que la place dans les poches est insuffisante pour qu’elles continuent de grandir passé l’adolescence.
Un peu comme chez toi, quand ton ado à poussé de tous ses bras et de toutes ses jambes, et que tu souhaites qu’il trouve vite un appart, quitte à ce que ce soit toi qui le lui offre.
Alors, avec le contenu d’une poche on en fait deux, mais cette fois, on met les huîtres à l’unité. On sait de source sûre et fiable, qu’une poche atteint son maximum d’occupation à 170 bêtes. Qui feront jusqu’à 15 kg sans compter le poids de la poche, de la végétation qui pousse dessus, et de l’eau et de la vase. (Ça c’est parce que je me souviens qu’aux marées estivales les poches qu’on tourne sont trèèès lourdes, et qu’il y en a beaucoup!)
Une fois que ces poches sont dédoublées, il n’y a plus qu’à les mettre sur les tables, s’il y a encore de la place. Mais oui, on s’arrange pour ne pas faire plus de poches qu’il n’y a des place sur les tables, savant calcul quand on sait qu’on lève des poches aussi pour vendre les huîtres arrivées à maturité.
Mais qu’au final, il y a des huîtres qu’il va peut être falloir semer au sol, car on ne peut pas continuellement acheter des tables même si on a vraiment assez de surface!

Bref, laisse moi te montrer une photo montage, où l’on peut voir le traitement appliqué aux poches neuves, toutes raplapla quand elles arrivent, et à qui il faut donner forme de casier pour avoir la place nécessaire.

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La première étape, photo du milieu, mettre les côtés pliés opposées de la poche l’un sur l’autre, pour la « gonfler ». Ensuite, avec la masse, taper le fond soudé, également pour décoller les deux parois et donner du volume. Enfin, tailler des languettes sur les côtés, et plier les bords hauts, qui, une fois refermés, formeront presque des angles. Et on finalise avec le fil (du fil électrique de 1,5 mm) en tortillant celui ci, qui servira à « ficeler » la poche une fois qu’elle sera pleine de sa cargaison.

À la fin de la journée hier, nous avions six palettes de poches à mettre sur tables à la marée. Faudrait aussi que je t’explique la façon de faire une palette pour que ces poches, neuves donc glissantes, ne se vautrent pas une fois qu’on les déplace, du chantier au chaland avec le tracteur… Tout un art!

Mais ce sera pour une prochaine fois!

Ah, oui! Yannick Charles, the grand reporter of Thalassa, a tenu à nous prendre en photo pour le blog…

Je suis obligée, du coup ! 🙂

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Maintenant je te laisse, il paraît que je dois apprendre l’Italien (Turin, 23 octobre 2014, Terra Madre avec Slow Food)

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La pêche à pieds, les pieds hors des parcs!

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Les pêcheurs d’été sur la banc de sable l’an dernier

Voilà le moment venu de faire une mise au point sur la pêche à pieds.

Pourquoi?

Parce qu’il fait beau, parce que l’été tout le monde voudrait pêcher, parce que la pêche à pieds répond à des réglementations que personne n’est sensé ignorer, mais parfois…

Techniquement parlant, nous, les ostréiculteurs, on aime pas trop voir les gens s’approcher des parcs jusqu’à y marcher résolument. Nous savons que c’est par ignorance la plupart du temps, que monsieur ou madame Lambda imagine que la mer est à tout le monde.

Oui.

Mais.

Laisse t-on un marcheur sachant marcher circuler dans un champ de blé, si beau certes, quand le vent fait frissonner ses épis en douces vagues? L’agriculteur raisonnable vous regardera d’un oeil noir…

Les exploitations ostréicoles sont effectivement sur « lamerquiestàtoutlemonde » mais également sur ce qu’on appelle le Domaine Public Maritime. L’ostréiculteur n’est pas propriétaire de cet espace, il en est concessionnaire, il paye un « loyer » à l’Etat.

Bref.

Sur les parcs comme sous les palétuviers, des huîtres.

Le problème, c’est qu’on ne les « voit » pas forcément.

« Oh, je n’avais pas vu que j’étais sur un parc ». Quand c’est quelqu’un du coin qui nous dit ça, on sait qu’il est un peu de mauvaise foi. Parce que si on ne « voit » pas les huîtres, de prime abord, ces huîtres semées au sol, quand on marche dessus, il est impossible de ne pas s’en rendre compte, c’est comme un tapis de cailloux.

Il existe une technique imparable pour ne pas ignorer la présence de parcs : le balisage.

Là, en revanche, je veux bien croire qu’un étranger (extérieur à la Bretagne donc 😉 ) ne sache pas, à pleine mer, ce que signifient ces grandes perches qui strient la mer comme un code barre espacé.

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Pour nous, elles marquent l’emplacement des tables, l’endroit où le chaland peu passer sans que le moteur ne déchire les poches, elles longent le chenal.

Vous allez me dire, que les pêcheurs à pieds ne pêchent pas à pleine mer.

C’est exact Callahan, mais à basse mer on les voit tout aussi bien, ces balises. Elles sont placées aux angles des rangées de tables, si tu regardais façon vue aérienne, ce serait comme de multiples rectangles en parallèle, qui longent la côte, épousent sa forme.

Ici, dans la Ria d’Etel, deux côtes se font face avec, entre elles, le chenal. Dans le chenal, il y a toujours de l’eau, même à basse mer, on y met donc pas de parcs, et c’est la voie de navigation principale.

Les balises se présentent de différentes façon, en bambou, en bois de châtaignier, fines, épaisses, hautes, basses…

Chez nous, il y a un banc de sable (Photo du haut), endroit privilégié de pêche aux coques (rigadots) et palourdes. Le dimanche, en semaine parfois, en période de vacances toujours, un nombre impressionnant de pêcheurs se présente. C’est très rare qu’un égaré vienne sur les parcs, parce que ce banc de sable est bien connu des gens d’ici, ils savent là où ils peuvent aller. Mais il arrive très souvent que d’autres endroits en bords de côte attirent des pêcheurs peu soucieux de respecter le travail des ostréiculteurs, et qui piétinent les huîtres, si ce n’est pour les pêcher.

Ces huîtres au sol n’y sont pas venues naturellement, elles n’ont pas de jambes les huîtres et sont trop lourdes pour que le courant les pousse en quantité sur de longues distances. Donc, c’est qu’elles sont en élevage, elles seront levées comme on fauche le blé, et vendues : notre production, notre travail, notre salaire.

Comme c’est à marée basse que ces pêcheurs indélicats viennent se servir, et qu’à marée basse nous sommes là aussi, à travailler sur les parcs, nous avons la désagréable tache de prévenir que l’endroit n’est pas accessible au public.

C’est désagréable quand on doit le faire souvent.

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Ici, les petits points noir sur la vase qui entourent la poche d’eau, sont des balises. il n’y a pas de tables, mais des huîtres au sol.

La lecture d’un paysage marin n’est pas donnée à tout le monde quand on est pas habitué. Si vous me mettez en montagne, je serais perdue, plus aucun repère. Même la neige m’est étrangère.

Mais je n’aurais pas idée d’aller dans un endroit aussi éloigné de ma « culture » de mon environnement, sans prendre un minimum de précautions, de renseignements si je veux en savoir plus, de peur de faire des impairs.

Pour résumer, ces balises délimitent les parcs et la zone de pêche se fait à l’extérieur, à plus de 15 m des limites de concessions.

La plupart du temps, les endroits de pêche sont répertoriés, il faut demander à la mairie ou l’office de tourisme local pour y avoir accès, si vous n’êtes pas accompagnés d’un autochtone.

Ce site (clic) et ce document pdf » regles de pêche » expliquent mieux en détails les espèces, les tailles, la nécessité de remettre les rochers, cailloux et autres comme on les a trouvé : ils sont l’habitat d’espèces marines, à ne pas déranger…

Il existe des pêcheurs professionnels, munis d’une licence de pêche, qui peuvent commercialiser leur pêche. Nous leur achetons des huîtres de roche parfois, que nous travaillons ensuite.

Le pêcheur occasionnel n’a pas les mêmes droits.

Pour une bonne entente, pour un respect commun de notre environnement, n’hésitez pas à demander avant de faire…

Et maintenant, nous vous souhaitons de faire de bonnes pêches, surtout en cette période de grandes marées,rien de meilleur que des palourdes farcies à déguster dehors sous le soleil d’été!


ImageLà, je triche : c’est un matin d’hiver.

 

Le nettoyage des parcs

Un parc ostréicole qu’est ce que c’est?

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C’est une zone où la marée découvre le sable, ou la vase, l’estran. C’est aussi le domaine publique maritime : les ostréiculteurs sont locataires de l’Etat, ils exploitent une concession. Ils ne sont pas propriétaires, mais locataires par baux de 30 ans à renouveler.

Pour ce faire, ils doivent avoir les compétences nécessaires, validées par des diplômes, des stages. Je commence le parcours, je reviendrai donc dessus plus tard.

Sur l’estran, les tables qui supportent les poches dans lesquelles sont élevées les huîtres.

Pour qu’un parc soit correctement exploité, il faut l’entretenir. Le sol doit être propre, dur, nivelé. Il va sans dire qu’avec l’influence des courants, de la houle, des vagues, le sol bouge continuellement. Jean-Noël a des outils pour entretenir ses parcs, comme un agriculteur. Avec le chaland, il dispose d’une force de traction qui permet de passer la herse ou la barre avec les chaines.

La herse, comme pour les paysans, est une sorte de grand râteau, lourd, avec deux volets mobiles. Elle griffe le sol et travaille en coordination avec les volets qui créent la dépression qui soulève la vase, les huîtres de sol, le goémon, les coquillages… Ce qui est léger va partir avec le courant, ce qui est lourd va se reposer au sol. Ce travail permet de mettre en suspension les nutriments qui sont la nourriture directe de l’huître, et les sels minéraux qui eux nourrissent le plancton. De plus, ça évite le dépôt de végétation, qui accumulée, fini par entrer en putréfaction et produire du sulfure, ce qui n’est pas digeste, nous sommes d’accord?

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La barre et les chaines, elles, nivellent le sol. Le courant et les marées forment ce qu’on voit souvent sur les plages, ces petites vagues de sable, ici de vase, qui peuvent devenir buttes et créer des trous d’eau. Les buttes : les huîtres ne vont pas se contenter de rester sur la pente, elles vont se mettre dans le trou. Pour l’élevage des huîtres de sol, il faut imaginer que les huîtres ne doivent pas être noyées sous la vase, ni s’amasser en tas, ce qui dans les deux cas, freine, voire interrompt leur développement.

Les huîtres élevées en poches, nécessitent aussi d’avoir un support propre : Les tables.

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C’est ce travail que nous faisons ponctuellement depuis janvier, quand la marée nous le permet. Une table c’est une structure en fer à béton, longue de 3 m, large de 80 cm, haute de 50 à 80 cm. 3 barres de fer posées sur des pieds recourbés.

Forcément, au traitement de l’eau salée, les tables s’usent, rouillent, sont corrodées à l’usage. Elles se déforment, se tordent, se cassent. Parfois un caoutchouc peut parer à l’usage du temps en remettant de ci de là une barre en place, mais à un moment donné, il faut se rendre à l’évidence, il faut changer les tables.

Je ne sais pas le compte exact des tables que nous avons désapées du sol, puis portées sur le chaland pour en faire des tas de ferraille qui partiront avec un ferrailleur, on parlera alors en tonnage, et plus en nombre de tables, tant les morceaux sont nombreux et pourris.

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On se munit de gants, à vrai dire on a toujours ou presque des gants, de nos cuissardes ou de la cotte (la cotte de maille en caoutchouc qui remonte jusqu’à la poitrine), et on y va : porter les tables, mettre les plus détruites, celles qui tombent en morceaux dans nos mains, ensemble, pour en faire des piles qui iront chez le ferrailleur, et garder celles qui tiennent encore pour les replacer en lignes plus ou moins droites, en fonction aussi de la courbe de la côte.

C’est un travail de forçat : les tables sont lourdes de rouille accumulée, de goémon, parfois de coquillages. Faire une pile de 8 tables, pas plus car la dernière faut la lever haut, et bizarrement en fin de marée, j’ai toujours l’impression que tout est plus lourd.

Ensuite le treuil du chaland agrippe l’araignée qu’on a fixée autour de la pile, et on embarque au maximum 3 piles (pas plus de place sur le pont, la 3e d’ailleurs est à l’extérieur, tenue par le treuil). Le tracteur les récupère à la côte.

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Refaire les parcs, des lignes, mettre les tables de 80 en bord de chenal (si la marée ne descend pas trop, elles seront plus accessibles que les tables de 50), et le plus basses à la côte.

Les jours où les parcs ont été à sec, sont rares. On a alors pour mission de trainer les pieds au sol pour vérifier qu’il ne reste aucun bout de ferraille, c’est dangereux, très coupant, les pointes acérés et rouillées n’ont pas peur d’une épaisse couche de caoutchouc : mon pied s’en souvient. Bien que le public n’aie pas le droit de marcher sur les parcs, il s’agit aussi de notre sécurité au travail.

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Depuis 4 jours, la marée ne descend pas, mais il fait beau. L’autre soir, au soleil couchant, on a fait une mini marée pour placer des tables, à l’aveuglette pour moi car l’eau n’était pas claire, et dépassait les tables d’une trentaine de cm. J’avais de l’eau jusqu’au ventre, j’attends avec impatience que la marée descende suffisamment pour voir le résultat de nos déplacements de tables!

Maintenant, il reste à garnir toutes ces rangées de poches.