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Les marées qui ne descendent pas

En Bretagne comme ailleurs, il y a des marées. Deux fois par jour, la mer descend puis remonte. Les marées bretonnes ne ressemblent en rien à celles du bassin méditerranéen, puisque l’eau peut découvrir sur plusieurs centaines de mètres en Bretagne, un marnage de 5 mètres sur la côte atlantique (hauteur d’eau entre 2 marées).

La Ria d’Etel, ou la rivière d’Etel, est un cas à part.

Parfois, ici, nous ne voyons pas la mer descendre, comme si la lune n’y pouvait rien, même lors des grandes marées.

On appelle Ria cette entrée de la mer dans les terres, comme les abers du Finistère ou les rias Espagnoles. On peut visualiser la ria comme une grande feuille de chêne crénelée, une indenture, faite de nombreuses presqu’îles, avec au premier tiers, le pont Lorois qui relie les deux rives. Spectacle formidable que de regarder sous le pont et de voir les courants se battre contre les rochers, imaginer la force des éléments.

À la base de la feuille de chêne, Etel, et sa barre.

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L’entrée de la Ria d’Etel, la base de la feuille de chêne

De nombreux touristes m’ont demandé où était la barre, si on pouvait la voir. Elle est représentée sur les cartes sous la forme d’un banc de sable. Ce qu’elle est, mais banc de sable sous-marin, qui se déplace, se gonfle et décroît au gré des vents et des courants. Ainsi, on ne peut pas la « voir », mais la deviner parfois, avec un soleil adéquat, ou au dessin des vagues qui la chevauchent.

La barre d’Etel influence considérablement les variations des marées de la Rivière d’Etel. J’emploie cette fois le mot rivière, car c’est aussi l’eau des terres qui se jette dans la mer. La ria est douce et salée, ce qui permet la production des huitres d’ailleurs, l’eau douce apportant les nutriments nécessaires à la vie en mer, la nourriture des huîtres.

Depuis deux mois environ, nous subissons une série de mauvais temps, pluies et coups de vents successifs, ce qui a une conséquence immédiate : la marée ne descend pas.

Pourquoi?

La pluie gonfle les cours d’eau qui se déversent dans la ria, le bouchon que forme la barre à l’entrée de l’entonnoir qu’est la ria, bloque son débit, ainsi que les vents qui, tant qu’ils sont d’ouest, poussent vers le fond de la ria toute cette eau qui ne s’évacue plus. Image

Les tables découvrant à l’automne

Les huîtres sont élevées au sol ou en poches, sur des tables, longues bandes qui longent la côte. Il y a les tables placées en haut et en bas. « Les tables du bas, les tables du haut ». Pour travailler les huîtres, tourner les poches, les lever (aller les chercher pour les mettre à terre), ou les poser sur les tables, il faut pouvoir au moins les voir, et donc que la marée descende. Nous travaillons depuis deux mois presque uniquement sur les tables du haut, accessibles à hauteur de cuissardes, et encore les jambes courtes font le plein d’eau de mer si on ne se méfie pas (si, si). Il nous arrive de juste pouvoir simplement lancer les poches à partir du chaland sur les tables sous l’eau, à nous d’y revenir dès que possible pour les fixer aux tables.

Les huîtres élevées au sol, elles, peuvent être draguées. Il faut là, une certaine hauteur d’eau, le treuil vrombit alors sur le chaland, le filet croche les huîtres au sol, et les remonte sur le pont où on les vide dans les containers. Ces huîtres sont ensuite affinées en bassin, après qu’on les a calibrées et mises en mannes. (Le calibrage c’est ranger par ordre de taille). C’est le travail à terre que l’on fait au tapis. Les huîtres qui ne sont pas arrivées à terme, « elles ne sont pas rendues », seront ressemées ou remises en poches sur table pour achever leur croissance.

Ainsi donc, le métier d’ostréiculteur en ria d’Etel est totalement dépendant des éléments. Chaque jour nous réserve des surprises, à nous d’adapter le travail en fonction de ce que nous dit le ciel, les changements de programmes sont quotidiens, à vrai dire on ne s’ennuie pas.

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