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Question Orale au Sénat sur les Triploïdes, L’étiquetage, et autres… Ce 24 mars!

Cet après-midi, 17:00/17:30, intervention de Joël Labbé, Europe Ecologie Les Verts, qui nous soutient dans la démarche de l’étiquetage et donc de la transparence vis-à-vis du consom’acteur..

Vous pouvez suivre ce lien pour assister au débat en direct.

Tous les partis vont s’exprimer, ça va être intéressant je pense (j’espère).

Vous pouvez aussi lire le Journal Officiel du Sénat ou bien Cultures Marines mars 2015 puis encore d’autres articles parus comme celui du Figaro et enfin celui du Cuisine et Vins de France pour vous faire une idée du problème, si vous n’en n’avez pas encore assez de ce que vous lisez ici!!

PARIS

Vent Debout

C’était couru d’avance.

Notre position appelle des réactions, surtout en cette période troublée de l’ostréiculture.

Au sein de la profession, les positions se cristallisent.

Nous apprenons que certains « gros » écloseurs, qui existent à l’origine pour produire du naissain et donc vendre du naissain, se mettent à faire du demi-élevage. Pourquoi? Surproduction de naissain d’écloserie!

De même, des écloseurs se mettent à faire de la vente en paniers…

Cela aura pour conséquence évidente de mettre les petites entreprises en péril, car les prix ont chutés et il y a trop de marchandise sur le marché. Elles ne trouveront personne pour acheter leurs huîtres.

Les consommateurs posent des questions à ceux qui font les ventes sur les marchés : est-ce une huître naturelle? Est-ce une huître d’écloserie? Est-ce une triploïde? Le producteur a parfois du mal à répondre.

Je précise que 10% environ des huîtres d’écloserie ne sont pas des triploïdes.

Le marché de vente en gros n’est pas reparti, il faut attendre que les bassins soient vidés.

La France a produit l’an dernier environ 80000 tonnes d’huîtres, la consommation des huîtres a été de 110000 tonnes environ, la différence se faisant sur l’importation d’huîtres d’Irlande et de Jersey…

Il reste plein d’huîtres à vendre…

À la dernière réunion professionnelle à laquelle nous avons assisté, il n’y a pas eu de débat, on parle de tout sauf de ce qui est important.

L’ostréiculture autruche.

J’ai pris des notes sur ma tablette comme je le fais à chaque fois, mais cette fois ci, on a eu peur que j’enregistre ce qui s’est dit. On me somme de ne plus prendre de notes.

Que dire?

Rien, c’est tellement absurde.

Nous sommes allés au Sénat, nous affichons notre point de vue, et Jean-Noël a décidé qu’il ne pouvait plus être vice-président d’un syndicat duquel il ne peut pas défendre toutes les positions.

Hier, il a posé sa démission de vice-présidence. Ce qui lui donne toute liberté pour continuer de dire ce qu’il pense.

Ah oui, il paraît que ce que j’écris ici est scandaleux.

Oui, c’est absolument scandaleux ce qui se passe dans le monde ostréicole, je suis bien d’accord. Raison de plus pour en parler non? DSC_0006

(Il n’y a pas de fumée sans feu).

Vers un étiquetage obligatoire?

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(Faire du tourisme aussi)

Il se passe des choses dans le monde ostréicole.

Dois-je donner un état général du marché ostréicole? vite fait alors :

Un marché de production qui chute, une demande qui baisse (ceci pouvant expliquer cela), une information qui parvient par bribes au consommateur de plus en plus acteur… Une perte de confiance envers les producteurs, car la transparence met du temps à se mettre en place, qui se traduit par un doute, un doute qui fait reculer l’amateur d’huîtres qui préfère s’abstenir plutôt que de se tromper…

Cette situation nous fait remettre en cause le fonctionnement de l’entreprise et notre volonté de mettre plus d’huîtres en paniers (plutôt que de les vendre à des courtiers) s’en trouve renforcée. Dès que possible, ici même, nous essaierons de mettre en place une vente en ligne de nos huîtres, l’obstacle majeur étant le coût du transport!

Des reportages passent en boucle, où l’on entend des choses qui pour moi, sont ahurissantes : ainsi, le virus serait transmis par l’huître naturelle, née en mer, aux huîtres triploïdes, qui elles, sont exemptes de virus à l’origine!

Je m’en suis retournée d ‘effroi!

Bien sûr ce virus, présent depuis longtemps en mer, est présent sur l’huître naturelle, qui elle, résiste, l’huître rustique, au patrimoine génétique encore riche, menacée par la triploïde, huître à croissance rapide et aux caractères génétiques appauvris, qui se trouve bien dépourvue quand on la place en pleine mer… Choc bien trop puissant pour cette pauvre petite huître de laboratoire, créée à partir de sélection d’huîtres « anormales », la tétraploïde, qui dans la nature ne survivait pas, sélection naturelle oblige (tu sais, la loi du plus fort?).

Ainsi, on voudrait nous faire croire que l’avenir de l’huître passe par celle ci, celle qu’on appelle nous familièrement « la triplo », celle qui se veut conforme, uniforme, égale en toute saison, puisqu’on la nomme joliment huître des quatre saisons.

Sauf que voilà, de petits soucis commencent à se faire savoir : la triplo, soi disant stérile, se reproduit jusqu’à 50% (derniers chiffres fournis par un laboratoire indépendant de Caen)!

Que va t-il rester de la « vraie » huître, celle qui naît en mer, forme sa coquille tranquillement sur son rocher, avant d’être patiemment cueillie par un pêcheur certifié, élevée ensuite avec amour sur des parcs où l’on surveille sa croissance, où on la laisse se reproduire en été sans la déranger?

Toi, consommateur, amateur, acteur, si tu as le choix entre une huître de laboratoire, nourrie aux antibiotiques dès ses premiers jours, qui devient adulte en deux ans, et une huître de pleine mer, à la coquille plus dure, à la chair aussi ferme, qui pousse en trois ou quatre ans et se gorge des nutriments et du plancton que la nature lui fournit, que choisis tu?

Mazette, te voilà bien embêté, car après tout, sur l’étal du marché, tu ne sais pas ce que tu as sous les yeux!

Rien ne t’informe de l’origine de l’huître.

Tu as juste la certitude du lieu où elle a passé ses derniers quinze jours avant d’être emballée.

Oui, tu ne savais pas? Certaines « Marennes Oléron » (je n’ose pas te dire le pourcentage) sont élevées en Bretagne et en Normandie, les trois quart de leur vie.

Cela s’explique, je ne jette pas la pierre à tout le monde : il y a des zones propices au captage et d’autres à la croissance.

Et puis grâce à l’aide d’une certaine logique économique, le producteur fait ses choix.

Une association à laquelle nous adhérons, Ostréiculteurs Traditionnels (70 adhérents sur les plus de 3000 unités commerciales…), met en place depuis des années une volonté de transparence, qui peut-être un jour, grâce à l’appui de certains hommes ou femmes politiques informés et consciencieux, sera un fait.

Ainsi donc, mercredi dernier, nous étions au Sénat.

Si. L’ostréiculteur voyage pendant que son huître se renforce sur les parcs.

PARIS

C’est Joël Labbé, d’EELV, sénateur dans le Morbihan qui a pris à coeur de soutenir le projet de l’association : étiqueter les huîtres, à savoir, différencier sur la bourriche, la provenance des huîtres, d’écloseries ou nées en mer. On ne parle pas encore de triploïdes, mais sait on jamais?

Ainsi, nous avons assisté à une conférence de presse (enfin, j’ai assisté, Jean Noël a participé) avec Joël Labbé, Benoît Le Joubioux, président d’OT, Julian Pondaven, directeur de Cohérence, Christian De Longcamp, ostréiculteur de Normandie, Angelika Herman ostréicultrice de la Teste de Buch, et Yvonnig Jegat d’Arradon. Dans l’assistance il y avait également Yannick Stéphan, le chargé d’affaires juridiques et du coup scientifiques (j’ai appris des trucs)(que j’ai oubliés en partie), Alain Molen de la Teste également, et Patrice Gazo tout pareil. Y’avait de l’accent au Sénat!

Joël Labbé a présenté le sujet qu’il connaît bien. Je suis d’ailleurs impressionnée de la capacité de certains à gérer des sujets extrêmement différents dans la même journée sans perdre le nord.

Benoît a parlé de l’association et de son objet : la mise en valeur des huîtres nées en mer.

Chacun a ensuite abordé un domaine différent, en recentrant sur la nécessité d’un étiquetage clair pour le consommateur qui doit savoir ce qu’il mange !

Un colloque est prévu au Sénat à la mi-juin, une table ronde où tous auront la parole, les partisans comme les détracteurs, pour avancer.

Il y a déjà un étiquetage obligatoire entre le poisson d’élevage et le poisson sauvage, c’est le même objectif que poursuit Ostréiculteurs Traditionnels.

Les questions se sont faites nombreuses parmi les journalistes, dont certains paraissaient effarés de l’ampleur du problème.

Catherine Flohic aussi était là, éditrice, directrice, rédactrice de la maison Argol, ce qui permet d’annoncer d’ailleurs bientôt la sortie de son livre qu’elle consacre aux huîtres, sans langue de bois, abordé par toutes les parties, ce qui promet d’être intéressant!

A part ça, on ne pouvait pas aller à paris sans rencontrer Poiscaille, qui nous a proposé une dégustation dans une rue du 10eme, et un bar « La petite chaufferie ». Moment de rencontres et de discussions passionnantes, c’est toujours le cas quand le producteur et le consommateur peuvent échanger!

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Mes articles me paraissent toujours trop longs et pourtant je résume le plus possible…

N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions!

Envoyé Spécial, la suite « Meurtres en série chez les huîtres »

http://www.france2.fr/emissions/envoye-special-la-suite/diffusions/11-01-2014_161308

Bon. L’émission est passée. En dehors du fait que Jean-Noël et Benoît Le Joubioux apparaissent moins de deux minutes, qu’avons nous pensé de ce reportage? Que peut-on en déduire?

Ce qui est dit est vrai :

  • Mortalité des petites huîtres, le naissain, depuis 2008. Autant sur les huîtres triploïdes que naturelles. Le virus OSHV1, l’herpès de l’huître sévit encore.
  • Mortalité estivale des huîtres marchandes en 2013. Estivale dit-on, donc huîtres vendues l’été, donc huîtres triploïdes, n’est-ce pas?

La mortalité des huîtres adultes est due à une bactérie, identifiée elle aussi, la vibrio aesterianus. Contre cette bactérie, ni antibiotiques, ni vaccin.

Un article du Monde cet été précisait encore que ce sont surtout les huîtres triploïdes qui sont touchées par cette bactérie. Or, depuis, on ne fait plus cette précision, sans doute pour ne pas stigmatiser plus la profession déjà durement éprouvée.

La seule solution officiellement proposée par les chercheurs et une majorité de la profession ostréicole est la création d’une huître résistante. Vous vous doutez bien que nous n’approuvons pas. Une huître résistante à UNE maladie, c’est croire qu’il n’en n’existe pas d’autres.

Dans le reportage, deux passages en écloserie, sur l’île de Ré.

Qu’est-ce qu’une écloserie? L’endroit où sont crées les huîtres triploïdes, celles à qui on a ajouté un chromosome pour les rendre stériles : ce qui permet de ne pas avoir de période de laitance l’été (la reproduction) et d’avoir une huître qui pousse (grandit) plus vite puisque son énergie est mise non pas sur la reproduction mais sur la croissance. L’ostréiculteur de Marennes-Oléron, le seul à dire clairement qu’il produit des triploïdes, le confirme : c’est plus facile, plus rapide, et moins gourmand en main d’oeuvre.

L’écloseur interrogé annonce que son entreprise est plus florissante que jamais. Bien sûr : les ostréiculteurs lui achètent en nombre des huîtres pour compenser la mortalité constatée sur les parcs, achats garantis par les indemnités dites de calamités agricoles.

Dans la mesure où les mortalités sont indemnisées, pourquoi s’inquiéter de la qualité de ce qu’on produit et de l’impact sur le milieu?

Cet écloseur ajoute encore : « les trois quart de ce que nous mangeons sont triploïde, les légumes sont triploïdes, les saumons sont triploïdes… ». Mais est-on sûrs que l’on mange bien? n’y a t’il pas également des problèmes dans l’alimentation courante, des allergies, des nouvelles maladies également? Ce n’est pas parce qu’on produit de n’importe quoi qu’on est obligé d’accepter de manger n’importe quoi! (je reste sobre dans mes termes, ce ne sont pas ceux-là qui me viennent en bouche!).

Il explique ensuite comment il sélectionne les huîtres pour en fabriquer une qui soit résistante au virus. Son taux de réussite est très bon, pour ce virus là. Mais la nature est riche de virus à déployer si on la malmène. À quand le prochain?

Néanmoins, quid des mortalités sur les huîtres marchandes, celles qui peuvent être vendues, été comme hiver?

Un chercheur explique qu’un des facteurs de la mortalité encore exceptionnelle de cet été, serait le climat. Effectivement, un printemps froid, a pu décaler le rythme de l’huître. Mais n’allez pas me dire qu’en 150 ans d’ostréiculture, il n’y a pas déjà eu de circonstances exceptionnelles au niveau du climat?

Quoi d’autre alors?

Là, nous allons chez un ostréiculteur du Golfe du Morbihan qui comme beaucoup a des parcs de captage en Charente, et des parcs de demi-élevage vers Paimpol. L’huître est une grande voyageuse.

Le stress. Voilà qui est une des cause donnée à l’herpès virus.

Ici, nos huîtres ne voyagent que pour aller chez le client, le consommateur, vous.

Si notre naissain n’est pas issu de nos parcs, car le captage en Ria n’est pas aussi bon qu’on le voudrait, il provient des pêcheurs à pieds de la région, et une petite partie d’un ostréiculteur de Port des Barques à qui nous achetons le 18 mois naturel depuis des années.

Nous évitons de cogner les huîtres, de les faire souffrir. Ça se voit tout de suite quand une huître est fatiguée.

Une biologiste en Normandie constate : « l’effet de bombe » des transferts d’un parc ou d’un bassin à un autre.

Jean-Noël et Benoit n’ont qu’une petite part dans ce reportage, ils sont une minorité parmi les ostréiculteurs, et ne travaillent pas comme la majorité. À la 22’57 minute :

  • Ne pas mélanger les triploïdes et les naturelles (diploïdes), confiner la triploïde, séparer les lots pour voir d’où vient vraiment le problème (un virus se propage contrairement à une bactérie, c’est pourquoi il n’est pas anormal que le naissain naturel soit touché par l’herpès comme la triplo)
  • La surproduction est pour nous une des causes principales des mortalités : la nature ne peut pas absorber la totalité de ce que les ostréiculteurs ont cherché à lui faire avaler. Rappelons qu’en 2008, la profession pouvait vendre 240 000 tonnes, alors que le marché n’en absorbait que 140 000. Donc, de toute façon, sans les mortalités, la profession allait quand même droit à la faillite.

Les huîtres d’écloserie ont amené cette surproduction.

Depuis 2008, Jean-Noël a changé ses méthodes de travail. Et nous en avons les effets positifs aujourd’hui.

Oserions nous dire que nous n’avons eu de mortalité estivale que « normale » chez une huître?

Oserions nous dire que jamais nos huîtres ne se sont si bien porté?

Il n’y a pas de leçons à donner, juste constater.

Nous avons beaucoup apprécié l’intervention d’Isabelle Autissier en fin de reportage, avec la sensation qu’elle valide à peu près tout notre discours.

N’hésitez pas à regarder le reportage, à nous poser des questions, à aller plus loin dans la réflexion.

Je ne sais plus qui avait dit un jour « Nous sommes ce que nous mangeons ». Un consommateur averti en vaut deux!

« Nous sommes ce que nous mangeons » Jane Goodall

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Retour sur une crise annoncée

« En 1997, un vote au conseil National de la Conchyliculture (CNC) autorise la mise en culture des triploïdes en milieu ouvert sans essai préalable en milieu fermé. Nous  n’étions que deux sur une bonne vingtaine à voter contre et nous savions déjà que la prochaine crise ostréicole serait gravissime.

À l’époque, mon cheval de bataille était le bassin versant littoral de la Ria d’Etel. Cette aventure magnifique pour la qualité de l’eau avec les agriculteurs m’avait déjà fait comprendre qu’il ne faut pas aller contre la nature car elle nous le renvoie vite à la figure.

Vache folle, tremblante du mouton, fièvre porcine, grippe aviaire, les exemples sont de nombreux retour de bâton à la folie humaine.

De nombreux professionnels s’engouffrent dans l’aubaine productiviste, d’abord pour commercialiser des huîtres non laiteuse l’été, parfois nommées huîtres de quatre saisons, puis pour profiter de la croissance plus rapide de l’huître triploïde (deux ans au lieu de trois).

C’est le début de la surproduction avec le développement des écloseries.

Le naissain naturel suffisait à fournir le marché, le naissain d’écloseries ira jusqu’à fournir autant que le naissain naturel, soit deux fois trop.

De 1997 à 2007 des mortalités de plus en plus importantes sont constatées chaque année sur les naissains (une huître qui a entre 8 et 14 mois). Aucune piste ne permet de trouver une solution scientifique. À défaut, le virus OSHV1 est mis en avant bien qu’il soit connu depuis 1982.

En 2007, le dernier brevet d’IFREMER est mis en place sur la production de tétraploïdes, nécessaires pour obtenir des triploïdes.

En 2007/2008, la production atteint son apogée avec une capacité de 240 000 tonnes alors que le marché ne peut en absorber que 140 000. La profession va droit dans le mur. La surproduction entraîne un engorgement des marchés, des parcs, une pression forte sur la biodiversité, et bien entendu, une chute des cours. Le prix de négoce en gros est le même qu’en 1971/1972, début de la production des huîtres japonaises.

En 2008, mortalités fulgurantes au printemps. En 3 semaines, la moitié de la production d’huîtres d’un an disparaît en Méditerranée, Atlantique et Manche, qui pourtant n’ont pas la même salinité, ni les mêmes températures, ni la même biodiversité. Des cas similaires ont déjà existé au Japon, en Corée et aux Etats-Unis, et ce depuis les années 60 avec la première production de triploïdes au Japon pour les huîtres perlières.

Depuis, Japon et Corée sont revenus à des productions naturelles avec de fortes mesures environnementales sur les bassins versants de productions ostréicoles.

La production a très fortement chuté aux Etats-Unis, qui ont fourni le premier brevet français pour les triploïdes avant celui d’Ifremer. La profession s’émeut et réclame des aides.

Ces mortalités ont suffit à maintenir les cours, la majorité de la profession pense qu’il s’agit d’un cas exceptionnel; la vie productiviste reprend son cours.

Après six mois de dépression lourde, je prends le taureau par les cornes pour mettre de l’ordre dans ma vie. (NDLR : la vie de Jean-noël et sa profession sont intimement liés).

Je sais que nous sommes dans la crise programmée en 1997 avec l’avènement des triploïdes. Je réalise un audit de mon entreprise avec pour objectif la réduction de la dette à zéro en 3 ans.

2009 : Deuxième épisode de mortalités fulgurantes, après une année de captage tardif. Le naissain était petit, les mortalités s’échelonnent entre 50 et 100%!

Il y a toujours assez d’huîtres adultes après les années de surproduction, 2006, 2007, 2008. Les cours remontent. Les dossiers de calamités agricoles se multiplient, avec visiblement de la triche manifeste dans certains cas. Les services fiscaux vont tenter de réduire ces risques.

C’est aussi le début de la guerre pro et anti-triplo, ou plus exactement, on réveille l’artillerie lourde dans les deux camps.

Dans mon entreprise, je stoppe l’activité des marchés, non rentables depuis plusieurs années. C’est un déchirement dans l’entreprise familiale pour tenter de sauver l’activité.

L’avenir s’envisage à un an maximum.

Je prends la décision d’acheter des huîtres captées sur les bancs naturel pour trouver des huîtres plus résistantes.

Ifremer reconnaît que les triploïdes ne sont pas à 100% stériles. Mais elle entame avec la profession un programme de recherche d’huîtres résistantes à base de triploïdes!!!

Au fait, un nom est mis en avant sur le responsable de ces mortalités : OSHV1micron var, pour « variant » de OSHV1, à ne pas confondre avec « mutant » !

2010 : rebelote! Sur les forums, les menaces d’armes nucléaires prolifèrent. Sur les parcs c’est la désolation. La production adulte chute fortement, les cours se relèvent mais la profession voudrait retrouver son niveau de production d’antan avec surproduction et chute des cours. Le nombre de collecteurs mis à l’eau est multiplié par 3 pour compenser les mortalités.

Je vends un de mes deux parcs de captage, mon choix n’est pas le même que celui de la majorité. Les niveaux de dossiers de calamités atteignent des sommets.

Certaines entreprises ferment. D’autres parlent de diversification. En Bretagne sud, les prévisions parlent de 30% d’entreprises à disparaître et une perte de 60% de main-d’œuvre qualifiée qui  ne reviendra plus dans ce métier. Encore une richesse qui s’en va.

2011/2012 rien à signaler. Rien de bon en tout cas. Toujours les mortalités, les calamités, les lamentations, les espoirs sur la recherche d’une huître résistante. Les prix continuent de monter et la clientèle peu fortunée disparaît.

Les entreprises qui ont anticipé la crise vont économiquement mieux. L’ostréiculture va produire 80 000tonnes au lieu des 140 000 avant crise et peine à les vendre, un comble !

Il n’y a pas de discours officiel cohérent, chacun tire la charrette dans son sens. L’individualisme de l’ostréiculture donne sa pleine mesure. Le nombre de collecteurs mis à l’eau est multiplié par 7 ou 8, ce qui permet de nourrir l’infection virale.

Les triploïdes sont élevées proches des bancs naturels de reproduction. Comme elles ne sont pas toutes stériles, quid du brassage des larves?

Fin 2011, l’échouage du TK Bremen à Erdeven, provoque une mini marée noire, 12 ans après celle plus gigantesque de l’Erika. Les ostréiculteurs de la Ria d’Etel seront traumatisés et pas indemnisés.

Pour la première fois, en 2012, une forte mortalité estivale des huîtres adultes triploïdes. Elles avaient pourtant été élaborées pour être travaillées l’été!

J’affine ma production à base d’huîtres naturelles. Pas de mortalités à signaler. Je continue à prendre un peu de naissain naturel pour compléter la production mais il subit des ponctions mortifères en 1ere et 2ème années.

J’arrive au bout de mon programme de réduction de la dette. J’envisage « mon » avenir avec beaucoup plus de sérénité.

2013 : On prend les mêmes et on recommence.

Le naissain triploïde se vend moins bien mais les écloseries se multiplient et s’agrandissent. Créées à coup de subventions, financées en fonctionnement par les calamités agricoles : vive la crise!

Cet été donc, retour des mortalités de naissain d’abord puis d’adultes triploïdes. La profession s’inquiète : il est temps. Le projet de moratoire sur l’élevage des la triploïde a été enterré fin 2012. Nous ne savons pas s’il y a risque d’infection des adultes naturelles.

Pour l’instant aucune casse significative à constater.

Nous avons remis l’entreprise à niveau, en matériel après 5 ans d’entretien minimum. 70% des parcs en surélevés ont été nettoyés et préparés pour 10 ans. La production en cours devrait égaler celle de l’an passé à un niveau très proche de 2008.

Toute ma carrière j’ai été persuadé de faire fortune l’année prochaine. Un ostréiculteur est un joueur qui jette ses économies à l’eau.

Je continue donc à jouer, serein. Sachant qu’il y aura des hauts et des bas »