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La pêche à pieds, les pieds hors des parcs!

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Les pêcheurs d’été sur la banc de sable l’an dernier

Voilà le moment venu de faire une mise au point sur la pêche à pieds.

Pourquoi?

Parce qu’il fait beau, parce que l’été tout le monde voudrait pêcher, parce que la pêche à pieds répond à des réglementations que personne n’est sensé ignorer, mais parfois…

Techniquement parlant, nous, les ostréiculteurs, on aime pas trop voir les gens s’approcher des parcs jusqu’à y marcher résolument. Nous savons que c’est par ignorance la plupart du temps, que monsieur ou madame Lambda imagine que la mer est à tout le monde.

Oui.

Mais.

Laisse t-on un marcheur sachant marcher circuler dans un champ de blé, si beau certes, quand le vent fait frissonner ses épis en douces vagues? L’agriculteur raisonnable vous regardera d’un oeil noir…

Les exploitations ostréicoles sont effectivement sur « lamerquiestàtoutlemonde » mais également sur ce qu’on appelle le Domaine Public Maritime. L’ostréiculteur n’est pas propriétaire de cet espace, il en est concessionnaire, il paye un « loyer » à l’Etat.

Bref.

Sur les parcs comme sous les palétuviers, des huîtres.

Le problème, c’est qu’on ne les « voit » pas forcément.

« Oh, je n’avais pas vu que j’étais sur un parc ». Quand c’est quelqu’un du coin qui nous dit ça, on sait qu’il est un peu de mauvaise foi. Parce que si on ne « voit » pas les huîtres, de prime abord, ces huîtres semées au sol, quand on marche dessus, il est impossible de ne pas s’en rendre compte, c’est comme un tapis de cailloux.

Il existe une technique imparable pour ne pas ignorer la présence de parcs : le balisage.

Là, en revanche, je veux bien croire qu’un étranger (extérieur à la Bretagne donc 😉 ) ne sache pas, à pleine mer, ce que signifient ces grandes perches qui strient la mer comme un code barre espacé.

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Pour nous, elles marquent l’emplacement des tables, l’endroit où le chaland peu passer sans que le moteur ne déchire les poches, elles longent le chenal.

Vous allez me dire, que les pêcheurs à pieds ne pêchent pas à pleine mer.

C’est exact Callahan, mais à basse mer on les voit tout aussi bien, ces balises. Elles sont placées aux angles des rangées de tables, si tu regardais façon vue aérienne, ce serait comme de multiples rectangles en parallèle, qui longent la côte, épousent sa forme.

Ici, dans la Ria d’Etel, deux côtes se font face avec, entre elles, le chenal. Dans le chenal, il y a toujours de l’eau, même à basse mer, on y met donc pas de parcs, et c’est la voie de navigation principale.

Les balises se présentent de différentes façon, en bambou, en bois de châtaignier, fines, épaisses, hautes, basses…

Chez nous, il y a un banc de sable (Photo du haut), endroit privilégié de pêche aux coques (rigadots) et palourdes. Le dimanche, en semaine parfois, en période de vacances toujours, un nombre impressionnant de pêcheurs se présente. C’est très rare qu’un égaré vienne sur les parcs, parce que ce banc de sable est bien connu des gens d’ici, ils savent là où ils peuvent aller. Mais il arrive très souvent que d’autres endroits en bords de côte attirent des pêcheurs peu soucieux de respecter le travail des ostréiculteurs, et qui piétinent les huîtres, si ce n’est pour les pêcher.

Ces huîtres au sol n’y sont pas venues naturellement, elles n’ont pas de jambes les huîtres et sont trop lourdes pour que le courant les pousse en quantité sur de longues distances. Donc, c’est qu’elles sont en élevage, elles seront levées comme on fauche le blé, et vendues : notre production, notre travail, notre salaire.

Comme c’est à marée basse que ces pêcheurs indélicats viennent se servir, et qu’à marée basse nous sommes là aussi, à travailler sur les parcs, nous avons la désagréable tache de prévenir que l’endroit n’est pas accessible au public.

C’est désagréable quand on doit le faire souvent.

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Ici, les petits points noir sur la vase qui entourent la poche d’eau, sont des balises. il n’y a pas de tables, mais des huîtres au sol.

La lecture d’un paysage marin n’est pas donnée à tout le monde quand on est pas habitué. Si vous me mettez en montagne, je serais perdue, plus aucun repère. Même la neige m’est étrangère.

Mais je n’aurais pas idée d’aller dans un endroit aussi éloigné de ma « culture » de mon environnement, sans prendre un minimum de précautions, de renseignements si je veux en savoir plus, de peur de faire des impairs.

Pour résumer, ces balises délimitent les parcs et la zone de pêche se fait à l’extérieur, à plus de 15 m des limites de concessions.

La plupart du temps, les endroits de pêche sont répertoriés, il faut demander à la mairie ou l’office de tourisme local pour y avoir accès, si vous n’êtes pas accompagnés d’un autochtone.

Ce site (clic) et ce document pdf » regles de pêche » expliquent mieux en détails les espèces, les tailles, la nécessité de remettre les rochers, cailloux et autres comme on les a trouvé : ils sont l’habitat d’espèces marines, à ne pas déranger…

Il existe des pêcheurs professionnels, munis d’une licence de pêche, qui peuvent commercialiser leur pêche. Nous leur achetons des huîtres de roche parfois, que nous travaillons ensuite.

Le pêcheur occasionnel n’a pas les mêmes droits.

Pour une bonne entente, pour un respect commun de notre environnement, n’hésitez pas à demander avant de faire…

Et maintenant, nous vous souhaitons de faire de bonnes pêches, surtout en cette période de grandes marées,rien de meilleur que des palourdes farcies à déguster dehors sous le soleil d’été!


ImageLà, je triche : c’est un matin d’hiver.