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Le printemps des huitres, des artistes et de nature et progrès …

…Où comment trouver un interminable titre!

Bien que ce soir, peu d’éléments météorologiques me rapprochent de l’idée du printemps, il se trouve pourtant que nous y sommes, en plein, et c’est le naissain qui nous l’a dit!

En effet, notre fournisseur officiel d’huîtres de captage naturel (les huîtres naissent en mer, libres et égales en droit…) nous a téléphoné avant la « maline » où les conditions de coefficient allaient permettre de « lever » les collecteurs.

Crédit photo : Laurence, que je remercie beaucoup

Je parle une langue étrangère et je fais exprès. Il est parfois nécessaire de plonger dans un vocabulaire spécifique pour aider à comprendre comment les choses se font, tous les mots ont leur importance.

La « maline » c’est la marée, en Charentes, de fort coefficient. Ce temps où il est permis d’aller en mer, s’approcher des tables où sont posés les collecteurs. Laurence m’a transmis des photos, à ma demande, car nous n’utilisons plus nos parcs de captage, et nous confions cette tache à Franck depuis plus de 20 ans.

Photo de Laurence toujours. Franck dépose délicatement le collecteur dans la lasse, en évitant les coups, pour ne pas perdre de naissain au passage. On ne jette rien, c’est précieux, c’est vivant.

Je n’ai jamais fait de marée de ce type. J’ai aidé à poser des tubes, une saison où il nous avait pris d’en mettre, j’en avais parlé ici, mais notre région n’est pas une zone de captage fiable pour les huîtres creuses, à cause des trop fortes variations de températures.

Je trouve que c’est une très belle photo, et très parlante. Merci m’dame.

En revanche, en Charentes, c’est zone de captage à bloc. À vrai dire, chaque zone a son utilité, puisque quasiment toutes les huîtres « remontent » en Bretagne ou Normandie pour y passer la plus grande partie de leur vie en « grossissement » car inversement, au sud de la Loire, il est difficile de faire grandir les huîtres…

C’est pourquoi en Ria d’Etel il y a beaucoup de Charentais ou Arcachonnais qui s’installent.

Bref.

Quand Franck a levé le naissain, il le détroque, ou le décolle de son support. À ce stade, nous sommes sur la route, avec le fourgon, pour le rejoindre à sa « cabane » où nous allons charger les précieuses petites huîtres, dont la taille s’étalonne entre l’ongle de mon petit doigt et la longueur d’une phalange.

La cabane de Franck, les couleurs de Laurence!
Chez Franck, les poches font le mur.

Au chantier (en Bretagne on dit chantier pour le cabane de Charentes), les poches à petites mailles ont été triées et mises de côté et seront prêtes à recevoir le naissain, qui sera mis en poche le lendemain matin très tôt.

Oh! une photo de lever de soleil !
C’est beau non? toutes ces petites huîtres, captées l’été dernier à Port-des-Barques.

Le but est que les huîtres ne passent pas plus d’un battement de marée hors de l’eau, ainsi elles ne souffriront pas et continueront leur développement, presque boostées par le changement d’eau. La compatibilité entre cette zone charentaise et nos eaux de la Ria est depuis longtemps constatée.

Le naissin est là, tout frais, tout prêt.

Les jours de naissain ne sont pas nombreux. Deux. Deux journées dans l’année pour mettre en place un nombre incalculable de petites huîtres. Autant dire qu’il ne faut pas se louper.

D’ailleurs, tout le monde le sait dans la famille et tous les bras se rendent disponibles dès potron-minet pour mettre en poche les cailloux précieux. Avant la marée de la mi-journée, les poches sont prêtes, mises sur le chaland et on se dépêche de mettre les cuissardes, voire la cotte, pour avoir le temps de toutes les poser. C’est un contre-la-montre pour le bien-être des petites bêtes.

Celui qui a la malchance de nous rendre visite l’un de ces deux jours là risque d’être vite expédié, poliment si possible, mais vraiment nous ne sommes pas disponibles, c’est trop important.

C’est pourtant ce qui s’est passé, (la visite d’un ami)…car entre les deux jours de naissain il s’est passé une semaine, et un événement qui pour moi a eu son importance, le Printemps des Artistes de la commune, qui a regroupé plus de 80 artistes, professionnels et amateurs, et on en a vu passer du monde! Je remercie grandement ceux qui ont fait le trajet pour venir voir les photos que j’exposais, aux côtés des sculpture en métal d’Hélène, qui en ont ébahi plus d’un! et à l’ami venu voir les photos après l’expo, je présente mes excuses… (et en plus il a choisi une série que j’aime particulièrement ‘Rêve »)

Si tu veux voir ce qui s’est présenté ce jour là en photos, j’ai créé un site juste exprès : http://www.photostifenn.com

Ceci étant dit, il me reste à vous dire l’autre chose la plus importante et attendue depuis un moment :

Le Cahier des charges ostréicole de Nature et Progrès a fini d’être vu, revu et re revu, et est enfin validé! À vrai dire nous avons fait partie des premiers » enquêtés » (la mention est participative, sur enquête faite par un professionnel du métier, quelques consommateurs volontaires et engagés, un membre de l’association).

Je ne « divulgâcherai » pas le résultat de cette enquête car j’attends le récépissé de la Fédération… Et comme ils sont débordés…

Mais bon, tu te doutes peut-être du résultat?

Oh, un escalier ! (Montpeyroux, balade en Auvergne où nous avons fait un tour

Ceci est une photo d’un village remarquable en Auvergne : Montpeyroux.

Pourquoi l’Auvergne? Parce que nous y avons fait un saut, le jour de mai où il a neigé, pour participer à une conférence/débat à la foire bio Pollen; Dimanche 5 mai, le film « L’huitre triploïde, authentiquement artificielle » a été diffusé et nous avons causé à ce sujet face à une audience stupéfaite et très intéressée de ce sujet.

Je ne conseillerai jamais assez de partager ce film, édifiant, qui me scotche à chaque fois que je le vois, tant par ce que j’y entend que par les images, magnifiques.

Voilà.

J’ai rédigé ce billet à cheval sur plusieurs semaines, à califourchon sur plusieurs projets d’écriture et de photos, j’espère que ma monture courageuse va tenir bon, parce que vu la connexion de canasson malingre que nous avons ici, je dois aller en « ville » pour écrire.

Tcho.

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Le monde dans une goutte d’eau


Petite mer de Gâvres, un jour de février

Les vacances pédagogiques. Ce n’est pas tous les jours que je propose aux enfants de participer à une animation autour d’un sujet scientifique. Il se trouve que mon fils, en troisième a été particulièrement intéressé par son stage de découverte de 3 jours qu’il a effectué à l‘Observatoire du Plancton au Port-Louis, commune sise en Bretagne Sud, n’est-ce pas, connue pour sa citadelle et son musée de la Compagnie des Indes.

Ce n’est pas tous les jours non plus qu’on a la chance de rencontrer des gens aussi passionnants que passionnés comme Pierre Mollo, le fondateur du dit Observatoire.

Surtout qu’il est très occupé le monsieur, dans le monde entier, du Japon à l’Afrique ou l’inverse, tant le plancton est un sujet que l’on se doit de ne plus ignorer. Ambassadeur de la population microscopique marine, autodidacte, enseignant chercheur, de fait, il se dévoue totalement au plancton. Il partage ses connaissances librementou ici ou par et là.

L’Observatoire est une association qui fonctionne avec des subventions, des partenaires, et la participation aux différents ateliers qu’elle propose, sur site, ou mobiles, puisque le plancton s’étudie partout où il y a de l’eau, qu’elle soit douce ou salée.

Il n’y a guère qu’au robinet, en bouteille d’eau minérale, ou à la piscine qu’on n’en trouvera pas. Ce qui laisse le champ à de larges explorations.

Alors, même pas peur, j’ai embarqué les enfants et deux copines d’une de mes filles et hop!

Jérôme nous a accueillis, avec quelques autres visiteurs pour faire la découverte de la goutte d’eau.

Il faisait presque beau, une lumière d’hiver douce, lumineuse par moment, un petit vent frais aux abords de la cale sur la petite mer de Gâvres (entre Gâvres et Port-Louis).

Le filet à plancton est plongé dans l’eau. À son extrémité, un bocal.

Jérôme a plongé dans l’eau le filet à plancton avec une maille à 300 microns, de mémoire, pour prélever environ un litre d’eau, qui plus tard sera filtrée pour concentrer dans une goutte, le maximum d’informations.

La récolte dans le collecteur
Les heureux curieux

Le bocal est retourné à l’Observatoire où, très pédagogiquement, Jérôme a enquêté pour savoir l’étendue de nos microscopiques connaissances sur le plancton. Je savais, grâce à mes cours de biologie au lycée maritime et aquacole d’Etel, que « plancton » vient du grec πλαγκτός / planktós : errant, instable. De fait, il ne peut pas lutter contre le courant.

Deux types de plancton, en eau douce comme dans l’eau salée, le phytoplancton, végétal et le zooplancton, animal.

Les huîtres se nourrissent de phytoplancton. (Oui, il fallait bien que ce billet ait un rapport avec l’huître, tout de même)

Et bim! le monde de la goutte d’eau se révèle à toi

Le contenu du collecteur filtré à nouveau (20 micron cette fois), Jérôme a prélevé une goutte, posée sur une lamelle, sous l’oeil du microscope qui a grossi 300 fois son contenu. Et tout un tas de petites figures, machins, trucs et bidules très chouettes sont apparus sous nos yeux émerveillés.

C’est là que ça se complique car je n’ai pris aucune note, et ma mémoire de poisson rouge n’a pas tout retenu bien sûr.

Jolies formes géométriques des Diatomées
Noctiluca scintillans, un prédateur…mon préféré, bioluminescent…

Et tous ont pu avoir accès à une goutte d’eau et au monde qui la compose.

Permettre à chacun d’observer au microscope

Ce billet n’a pas d’autre vocation que de vous donner envie de vous informer sur le plancton. Il est le poumon de notre planète (la surface de nos mers et océans, ainsi que les cours d’eau terrestres représentent bien plus que nos forêts continentales), il est le témoin de la qualité d’eau, les espèces qui le composent (des dizaines de milliers connues pour l’instant ) peuvent dire si un coquillage est propre à la consommation ou pas.

Dans ces gouttes d’eau, il n’y a pas que du plancton, il y a aussi des débris végétaux, inoffensifs, mais en plus ou moins grand nombre en fonction des zones de récolte, des microplastiques.

L’Observatoire du Plancton est essentiel pour transmettre et partager les connaissances sur notre milieu, les conséquences des activités humaines sur la biosphère.

La vie naît du plancton. On ne devrait pas l’oublier.

Toutes les erreurs et imprécisions de ce billet sont de mon fait, je préfère ne pas en dire plus au cazou 🙂

Merci Jérôme, Antoine, Claudine, Jean-Pierre, salariés, bénévoles et engagés.. Merci surtout à toi Pierro, pas une semaine sans que ton prénom ne soit cité à la maison!

Yvan Tonnerre

Les murs du chantier dans lequel nous travaillons, ont été érigés dans les années 50. Yvan a façonné de ses mains les briques montées patiemment jour après jour. Derrière ce bâtiment, à la côte, il y avait un jardin. Le jardin jouxtait la maison en pierres qui a été vendue depuis, où ont été élevés Ivan et Emilianne, sa petite sœur. 

Jean Noel, le fils d’Emilianne a construit sa maison dans le jardin qu’il a racheté à ses parents. 

Listrec, c’est un lieu familial, où chaque caillou peut raconter une histoire. 

Yvan, Ostreiculteur, parrain de Jean Noel, et grand frère très aimé de sa sœur, a dû quitter Listrec, arracher son coeur, et se poser ailleurs avec sa famille, question de survie. 

Le frère et la sœur ont continué à se voir, toute leur vie durant. Yvan est revenu parfois à Listrec, chez sa sœur, et rarement, voire jamais jusqu’au jardin de son enfance, ni dans le bâtiment qu’il avait construit. Il est des douleurs qui façonnent un homme. 

Je connaissais assez peu Yvan et sa famille, sa femme et ses quatre filles. Quelques cafés pris ensemble le long du Belon, là où un Ostreiculteur déraciné pouvait trouver une place et un travail, du bonheur aussi. 

Il était très grand, élancé comme un roseau qui ne casse pas, fier et fort. À chaque fois que je l’ai vu, une étincelle dans les yeux et ce sourire en coin qui n’en disait pas moins. 

Yvan avait construit une Plate pour aller pêcher sur le Belon, et comme à tous les bateaux il faut un nom, il l’a prénommé MiAnne, du prénom de sa sœur. 

Yvan était parti de Listrec, mais jamais il n’a été oublié. 

Un jour, nous avons discuté Jean Noel et moi, de la possibilité de renommer l’entreprise : Yvon Tonnerre. Les imbroglios juridiques nous ont freinés. 

Le 30 décembre, le grand coeur de cet homme a cessé de battre, d’usure et de vieillesse, à 91 ans. 

Aujourd’hui, Yvan va faire son dernier voyage vers Listrec, et plus rien ne pourra lui faire quitter sa rivière. 

Où Biocoop se révèle à la hauteur (vraiment)

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Avant-hier après la pluie

Où comment on s’aperçoit que Biocoop prend vraiment soin de ses producteurs.

J’ai écrit un long billet hier, mais c’était pas encore ça.

Nous avons eu un rendez-vous téléphonique avec Biocoop hier matin, qui nous a été proposé la semaine dernière, on avait répondu oui, pourquoi pas, un peu désabusés, pas très optimistes.

L’incertitude, ça plombe.

Le rendez-vous nous a un peu scotchés, on ne s’attendait pas à leurs propositions.

Nos deux interlocuteurs se sont à nouveau excusés de cette « bourde » commise involontairement.

A toute chose malheur est bon, dit-on, il se pourrait que pour compenser la perte des volumes, nous puissions commercialiser nos huîtres sur une plus longue période dans les boutiques biocoop partenaires.

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Hier matin la journée commençait bien

Il faut savoir que chaque boutique est indépendante et peut avoir des fournisseurs en direct. A Noël, la centrale d’achat met au catalogue des produits comme les nôtres qui sont livrés aux plate formes puis redistribués. Nous ne savons pas quelles boutiques ont nos huîtres. Sauf quand un consommateur nous appelle!

Ainsi donc, vous qui réclamiez parfois des huîtres à Pâques, il se pourrait que ce soit possible cette année. Cétipabo?

Bien sûr, c’est une gageure, une incertitude, on ne sait pas s’il y aura assez de demandes!

Mais c’est un début de solution.

Si, en revanche, ça ne fonctionne pas, Biocoop s’engage à compenser financièrement notre perte de chiffre d’affaire. C’est là qu’on est restés muets. Ça n’est pas rien, une telle proposition, nous sommes dans l’obligation de respecter la démarche!

Ils nous ont un peu réexpliqué le système de sélection de fournisseurs également. Ainsi, l’ostréiculteur choisi pour nous remplacer dans le sud a passé tous les tests de sélection, il correspond à tous les critères de la charte Biocoop. C’est rassurant.

Nous avons retrouvé une certaine forme de sérénité, à un coup de fil près!

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Ce matin, un gris doux, qui va se lever, sans doute. 

 

 

 

 

 

 

Label or not label, oh, la belle huître!

A Dunkerque cette année, on a eu les Quatre Saisons

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Commencer cet article alors que j’ai mal aux yeux d’avoir lu et tenté de tout comprendre du journal officiel de l’Union européenne, ne va pas être simple.

Au départ, il était une fois, on a voulu se renseigner sur le label AB (Agriculture Biologique).

Tu vois bien qu’on est tendance, on essaie de suivre la mode, puisque tout le monde fait du AB pourquoi pas nous?

En théorie, on a pas grand chose à faire de plus. En lisant un peu les textes, on pourrait faire moins, même.

On s’imagine comme toi et moi, avec ta conscience. En situation d’aller faire ses petites courses, ou bien les grandes, celles des familles nombreuses.

Tu as le choix du marché.

On va extrapoler et dire que c’est possible le samedi ou le dimanche, si tu es en activité, ou bien une fois par semaine dans ton AMAP, ou ton producteur préféré.

Avant la foule, le calme et les lumières qui brillent.

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Si tu es réaliste, tu n’as pas le temps matériel de faire plus de deux fois la semaine, des courses alimentaires.

Si, en plus, tes fournisseurs sont éparpillés, avec un peu de chance dans la même commune, mais on sait bien que souvent ça n’est pas le cas, tu vas te diriger vers une épicerie bio, au mieux, au grand super marché, au pire.

Moi, je vais au supermarché, je t’avoue, j’ai 4 enfants, un job un peu chronophage, et franchement, quand j’ai le temps de faire le marché c’est en vacances, même s’il m’arrive d’aller chercher un panier de légumes et d’autres bonnes choses chez mon maraîcher pas trop loin, parfois, quand je n’ai pas raté le jour ou l’heure.

Alors, comme je suis une mère de famille aimante, qui culpabilise de ne pas passer deux heures par jour à mitonner, je rentabilise mes choix.

Enfin j’essaie.

Ma bonne conscience, elle passe par le label AB ou autre IGP AOC etc… Les trois ensemble pourquoi pas.

Le choix n’est pas simple, entre une bonne huître et une bonne huître.

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Bon, ok, j’ai l’oeil qui frise quand j’embarque les bananes du Brésil, et l’ananas du Costa Rica. Genre, ouais mais le coût carbone quand même…

Mère aimante mais pas parfaite.

Ce matin, je suis allée faire le plein, et bing pour le coût des céréales. Parce que les enfants adorent les céréales, et que je ne sais pas si je suis assez réveillée le matin pour beurrer leurs mille tartines. Et que, on dit à la télé que les céréales pas bio, c’est pas bien.

Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit à la télé, mais je suis particulièrement influençable quand il s’agit de nourriture, ce qui fait grandir, tenir debout, et au fond, prévient des maladies.

Exit les céréales pas bio. Ça tombe bien pour le budget que j’arrête de fumer.

Bref, tout ça pour dire, qu’on se dit qu’un petit label AB sur nos huîtres, ça ferait joli.

Ça donnerait bonne conscience à celui qui hésite entre deux maux.

Ça évite même de réfléchir, puisqu’on a réfléchi pour toi.

Sauf que.

J’ai un gros défaut.

Je suis incapable de donner mon avis sur un sujet dont je ne connais pas les tenants et aboutissants. D’où ce blog d’ailleurs tiens. Fallait d’abord que j’essaie d’être ostréicultrice avant d’en parler.

Alors j’ai cherché sur le net, demandé au Comité Régional de la Conchyliculture quoiquestce, et j’en ai une conclusion toute réfléchie :

Le label AB pour les huîtres, c’est le bazar.

Et le bazar c’est Dunkerque et sans bazar, ce serait triste. Dunkerque n’est pas triste.

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On a pas le droit de ça, mais un peu quand même, et on doit faire ça, mais dans un cas exceptionnel, on peut ne pas… etc… etc…

Je n’arrive pas à avoir de chiffre exact, par exemple, combien de poches à l’hectare?

On est très largement en dessous de la préconisation du schéma des structures, mais j’eusse aimé lire quelque chose en ce sens dans le JO.

Et puis, il y a cette petite phrase qui me dérange :

« Dans le cas de l’huître creuse, crassostrea gigas, la préférence est accordée aux stocks élevés de façon sélective afin de réduire la reproduction dans la nature ». C’est à dire, puisqu’il y a sélection, qu’on parle des huîtres fabriquées et nées en écloseries!

Oups.

et ceux qui nous accompagnent, courageux! Il en manque trois. Devine.

Alors voilà, en attendant que ça change, si ça change, nous n’aurons pas le label AB sur nos paniers.

Comment pourrait-on, en effet, préférer se fournir en huître d’écloseries quand on est nous?

Pour que tu t’amuses à ton tour, cher lecteur, je te mets le lien vers mes sources :

ICI (page 9) et puis LA ou encore PAR LA

Ceci dit, pour ne pas que tu penses que nous ne sommes affiliés à rien, nos valeurs s’affichent dans deux réseaux qui nous tiennent à coeur.

Ostréiculteurs Traditionnels et Slow Food.

Les « OT » comme on dit, sont 90, c’est peu. Néanmoins, ils permettent de se poser les bonnes questions et oeuvrent au sénat par exemple, avec Joël Labbé pour la mise en place d’un étiquetage des huîtres et différencier celles d’écloseries de celles nées en mer. Juste pour informer le consommateur.

Slow Food, c’est mondial, mais encore peu connu en France. Nous avons la chance d’être allés deux fois au salon de Terra madre, même si nous n’avons pu le faire cette année. Faire partie de l’Arche du goût et entrer dans le projet de l’Alliance des chefs, c’est croire que l’espèce humaine n’a pas tout perdu de son bon sens, et finira par marcher sur ses deux pieds.

Nous, on va courir maintenant, la saison est bien commencée et nous nous préparons pour la Belgique en fin de semaine, Nieuwpoort où nous devenons des Oesterbeurs!!

A bientôt !

Rendez vous à Nieuwpoort à partir de vendredi 21 sous la criée!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ostréicultrice!

Tu as la quarantaine, tu n’as presque jamais rien fait de tes dix doigts, enfin rien qui soit rémunérateur, tu reconnais la proue de la poupe et le bâbord de tribord, mais, tu n’as jamais mangé d’huîtres, tu imagines tout et surtout n’importe quoi sur ces petites bêtes, mais, pour une raison chère à ton coeur, tu te jettes les deux pieds dans la vase et la tête dans l’eau froide.

Ostréicultrice, tu deviendras!

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La raison première est ton besoin de comprendre comment ça marche. Un peu comme la magie de faire du pain, ou de voir pousser une fleur, ou voler un papillon.

Ça commence comme ça, cet entrain qui te pousse, cette folie douce parfois brutale, cet excès des tempéraments, des émotions, des sensations, le ressenti brut d’être toi-même dans un milieu inconnu, qui donc, par ignorance, peut faire peur ou paraître hostile.

Un peu de bla bla pour commencer, ça fait longtemps hein?

Bref, depuis mai, je suis entrée dans le club officiel et un peu « clos » des ostréiculteurs.

J’ai le droit d’exploiter des parcs.

Dans le temps, l’ancien, le très très lointain, sans doute qu’un quidam passant à la côte pouvait, par amour, inconscience ou folie, se faire séduire et devenir ostréiculteur.

Maintenant, ce n’est plus le cas. N’importe qui peut s’attacher à exercer ce métier, mais les règles à suivre sont strictes et réglementées. Il y a des étapes à franchir, peu importe par quel bout tu les attaque.

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À mon très grand âge, j’ai eu la chance de bénéficier de formations (payantes, mais si ton patron cotise à un organisme de formation elles peuvent être tout ou partie remboursées) dans un lycée qui les propose, pas loin de chez moi en plus, à Etel : le Lycée maritime et aquacole.

À chacune des formations que j’ai suivies, il y avait des candidats de tout l’Ouest. Certains ont trouvé à louer, d’autres préféraient faire jusqu’à une heure de route pour venir en cours…

Quand j’ai commencé à travailler dans l’entreprise en tant que salariée, s’est posé le choix du régime social.

Tout le monde peut s’inscrire à la MSA (Mutuelle Sociale Agricole) sur simple visite médicale.

Mais le régime encore plus intéressant est celui de la marine, l’ENIM (Etablissement National des Invalides de la Marine), à la fois pour le patron (cotisations forfaitaires) et pour le salarié (meilleure retraite à ce jour).

Seulement voilà, pour y entrer, il faut déjà passer des « diplômes » à savoir le « marin ouvrier ».  (16 heures pour le niveau 1, 27 pour le niveau 2).

Là, tu deviens matelot. Mais tu n’es pas obligé de porter le pompon, juste la VFI!

Ça, je l’ai passé en 2013.

Devenir marin, comme mes grands pères et arrière grands pères, presque sans faire exprès!

C’est pas pour autant que tu te sens légitime. Un peu comme quand tu viens d’obtenir ton permis, ça ne veut pas dire que tu sais conduire. Tu connais le code de la route, soit, mais si tu ne pratiques pas, tu oublies! Et les manoeuvres délicates, restent des manoeuvres délicates!

Sachant qu’en mer, il faut toujours savoir se dépatouiller, le milieu est particulièrement aléatoire…

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Une fois que tu as obtenu le marin ouvrier niveau deux, en plus d’avoir le droit d’être à l’Enim, ça veut aussi dire que tu peux conduire un navire de jour, de moins de 24 mètres (23 c’est déjà pas mal), sous la direction du chef d’exploitation (tu as le patron à bord, quoi).

Forte de cette expérience, et dans la bonne ambiance des formations « adultes » (des fois, tu te poses quand même la question), en 2014, j’ai tenté le « Patron 1 », ce qui est un morceau un peu plus ardu, surtout quand il faut apprendre les calculs de marée (et que tu hais tous les calculs) et les problèmes de carte marines (mais là, c’est assez sympa). Bon, tu en as pour 116 heures. Faut pas que ça tombe en décembre.

Tu apprends donc à faire le point, et ce qu’est, entre autre, un arbre à cames. Tu dois savoir réagir en cas d’incident ou accident (rédiger un rapport) et, comme tu sais déjà sauver un homme à la mer et accoster, c’est tout simple (gniark gniark).

J’ai eu des profs très sympas, qui ont su rendre digeste le plus indigeste. Ce sont souvent d’anciens professionnels de la mer qui t’enseignent leur métier, ce qui permet de raconter pas mal d’anecdotes qui rendent le cours vivant. Et puis, je te dis, l’ambiance…

OCEAN COQUELICOTS

En 2015, je ne me sentais plus d’apprendre quoique ce soit. Cette année a été compliquée pour moi, et je n’avais plus envie de mouliner mes neurones.

Alors, j’ai attendu 2016, pour, enfin, passer LA formation qui donne accès aux concessions, qu’on appelle ainsi, car si tu me lis depuis un temps tu le sais, les parcs que nous exploitons sont à l’Etat. Ils font partie du DPM (Domaine Public Maritime) et sont soumis à des règles dont celle ci : la formation Cultures Marines de 280 heures dont 70 en entreprise.

Alors là, mon coco, tu fais de la biologie et encore de la biologie mais aussi, miam, de la comptabilité!

Tout, tu sauras tout sur l’anatomie des huîtres, des moules, des coques, des palourdes, tu mangeras même des algues (les algues c’est vraiment un domaine ultra très très complexe), tu connaitras toutes les maladies qui atteignent nos petits poissons…

Et le plancton! Ah, le plancton! un sujet intarissable avec un vocabulaire qui te fais enfin croire que tu sais parler latin, skeletonema costatum, noctiluca, dinoflagellées, chrysophycées…

Ou bien, tu sauras tout sur le biotope, la biocénose, ce que veut dire pélagique, benthique, zostère, slikke! Tu marches dans la slikke, le sais tu?

Notre prof avait une patience incroyable, parce que franchement, parfois, on était dissipés, largués!

Tu sauras tout et encore plus, sur un bilan, un compte de résultat, tout un tas de notions qui te font bénir le comptable de l’entreprise parce que tu peux compter sur lui pour le faire à ta place !! (ça c’est juste pour moi, hein, toujours avec ces problèmes de chiffritude)

J’ai vu battre le coeur d’une huître, si, et je l’ai même refais devant des primaires ébahis plus tard…

On a vu une huître filtrer le colorant alimentaire :

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J’ai, aussi, mangé à la cantine :

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Mais on s’est baladés plus d’une fois

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Un ensemble de choses, qui somme toutes, ont rendu la contrainte agréable ou presque.

Pour résumer (enfin) devenir ostréiculteur quand tu n’es pas né dedans, c’est possible, même si tu ne t’appelles pas Obélix!

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Une crise agricole, faire un choix? 

Depuis quelques temps, nous avons pris une autre route. Nous sommes presque « spectateurs » de l’actualité : la crise agricole.

Crise : du grec « krisis » qui signifie « trier » comme séparer le bon grain de l’ivraie. Soit, faire un choix, prendre une décision. 

Nous avons pris notre décision, nous ne sommes pas en « crise ». 

Néanmoins, nous y réfléchissons souvent, tant les parallèles avec la crise ostréicole sont forts.

Notre système de production et de commercialisation, bon an mal an, tient la route. C’est un fait. Par cela, nous entendons que nous parvenons à vivre de notre travail, à tâtons parfois, mais sans excès d’aucune sorte.

Ainsi, nous avons envie de réagir à ce qui se passe ici en Bretagne et partout en France.

L’histoire se répète, encore et encore. Les leçons du passé tombent, hélas, dans l’oubli.

Lundi 15 février, une nouvelle manifestation d’agriculteurs de la FDSEA s’organise. Des ostréiculteurs solidaires, se joignent à eux dans leurs revendications sur les prix. Ils demandent simplement, une rémunération de leur travail, qui leur permette de survivre, voire de vivre. Ils manifestent accessoirement sur l’excès des réglementations qui les empêchent de produire plus (trop).

Nous assistons aux mêmes causes ayant les mêmes conséquences :  la surproduction entraîne des problèmes sanitaires qui sont traités par l’industrie chimique* pour conduire à produire plus (« un producteur pur, veut toujours produire plus »), alors qu’il n’y a pas de marchés.

D’où une baisse des prix et une augmentation des coûts de production.

Pourquoi est-ce si difficile de comprendre que la seule solution est de respecter la nature ?(elle réagit immédiatement aux surdensités comme à la surproduction, avec l’apparition de nouvelles maladies).

Respecter la nature c’est : diminuer la production (donc réduire les risques sanitaires) , ce qui, mécaniquement, diminuera les surcoûts de production, avec pour conséquence, la remontée des prix à un niveau raisonnable et acceptable.

Nous ne pouvons pas être solidaires de cette politique productiviste (travailler plus pour gagner moins?)

Les producteurs ont pourtant du pouvoir : ils peuvent influer sur le marché par une politique de réduction de la production. L’industrie agro alimentaire  devra alors réagir rapidement, pour ne pas perdre la rentabilité, donc des dividendes pour les actionnaires.

Il nous arrive de rêver que des agriculteurs, qui de toute façon n’ont plus rien à perdre, stoppent leur production mettons, un mois durant : les conséquences? ils se détachent des lobbies agro alimentaires qui les tiennent à la gorge, en étant à la fois les fournisseurs, les banquiers et les clients. Ils retrouvent une certaine forme d’indépendance et de libre choix, et inversent le rapport de force.

Question (juste pour continuer le raisonnement) : si une majorité d’agriculteurs  dépose le bilan que se passe t-il?

*INRA et Ifremer