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Les huîtres au Sénégal, c’est culturel…

…mais ce ne sont pas les mêmes huîtres que les nôtres.

Ici, nous cultivons la dite Japonaise Cassostrea gigas, là-bas il s’agit de la Cassostrea gazar, une espère autochtone, implantée depuis toujours dans les eaux chaudes du Sénégal, et surtout dans le Sine Saloum.

Hier, dans le quotidien régional de l’Ouest, est paru un article qui m’a fait bondir, voire plus.

Mais je ne dois pas laisser les émotions altérer mon analyse n’est-ce-pas?

Je vais te raconter une histoire, une histoire de gens, d’êtres humains, une histoire presque « de femmes », avec mon admiration et toute mon affection.

Jean Noël

Seinabou est grande, belle, assez sérieuse, le sourire vient après la réflexion, il n’est pas instantané. C’est qu’en tant que femme de l’imam, la plus jeune sans doute, elle a des responsabilités, et puis elle s’occupe aussi des huîtres. C’est à elle qu’on s’adresse, qu’on passe commande, c’est à elle que revient la décision finale, et de discuter quand ça ne va pas.

Niema l’aide beaucoup. Elle, est joyeuse, très, elle rit souvent. Mais son visage est capable de se figer voire de se durcir quand la situation est grave.

Toutes les deux, vivent à Nema bah. Bah, c’est le cours d’eau, en Wolof. Nema est donc près d’un cours d’eau. Un filet, un fleuve, un bras de mer, un bolong aussi. C’est un lieu qui change à l’heur des marées, au son de la pluie, au silence des sécheresses.

Je l’ai vu un matin, et puis des soirs, et même des midis. À la saison des pluies, ou juste après, en saison sèche, ou juste avant. Nema Bah, c’est le village où il manque de tout, mais pas d’enfants. Ils pullulent, joyeux, moqueurs, coureurs, ils piquent un cercle de roue pour le faire avancer dans le sable dur, ils s’amusent avec des branches, à les faire voler  d’un geste savant entre deux doigts comme une sarbacane, à chercher de toucher le pain de singe, en haut du baobab.

Toujours, Niema est là avec son petit cahier et son bic, je soupçonne bic d’avoir des actions au Sénégal, et toujours Seinabou aussi, qui parle vite et grave à Adama qui nous traduit, Adama le guide, l’interprête, le diplomate, l’ami, le frère.

Pendant que Seinabou parle, Niema fait « mm », elle acquiese avec un petit mouvement de tête. Et puis parfois elle se lance aussi dans un fleuve de parole nourri, riche, volubile et rapide, je ne suis plus rien des mots, elle rit soudain, comme de tirer le rideau qui cachait le soleil, c’est beau, ce sourire qui vient dans le rire.

Toutes les deux elles parlent avec leurs tripes.

Ce n’est pas qu’elles parlent d’argent, non, elles parlent de nourriture des enfants, de comment vivre avec rien, il n’y a pas d’eau ni de courant dans ce village, tout se fait au puit et à la pile. La dame de l’Agence Nationale de l’Aquaculture n’en revenait pas de ça, à Dakar, elle ne croyait pas qu’il y avait encore des villages comme ça.

Seinabou voudrait bien que le travail des huîtres rapporte un peu. Elle voudrait bien que cette année elle n’aie pas toutes ses nuits à passer aux champs pour chasser les singes qui viennent manger les récoltes, elle voudrait bien qu’il y ait de l’eau, mais pas trop, sinon c’est l’inondation. Elle voudrait bien avoir assez avec son potager, qu’elle partage avec Niema, pour avoir les traits moins tirés et le corps moins lourd à avancer.

Les huîtres, c’est la cerise. C’est l’aubaine. C’est ce qui reste à manger sur les palétuviers quand il n’y a rien à récolter. C’est comme en occident, avec la pêche à pieds, qui fait un repas d’appoint improvisé, sauf que ce n’est pas pour le dimanche, ni pour s’amuser, ni pour faire joli dans les saladier ou des linguine alle vongole, les huîtres, c’est pour ne pas tomber.

Alors, elle est ravie de faire partie du GIE, le grand groupement que l’association Vilaine et Saloum Sénégal a réussi à monter, le GIE des ostréiculteurs du Sine Saloum, qui donne le droit de participer aux ventes à Dakar, les ventes qui se font aux Almadies, le lieu où existe le seul bassin de purification pour l’agrément à la vente des huîtres crues.

Dans l’histoire il y’a deux associations aujourd’hui : Vilaine et Saloum Sénégal, acteur et interlocuteur local et Arradon Terre du Monde, en France, qui aide, qui réfléchit, qui lance, qui brain storme une fois par mois, et je ne peux pas à ce rythme là. ATM pour les intimes, ce sont des commissions de travail, dont une sur l’ostréiculture, à laquelle nous appartenons et qui a légitimé nos déplacements à Toubacouta.

Après l’apiculture et en parallèle à l’agriculture (le Bissap et l’arachide) est venue l’ostréiculture, comme quelque chose de naturel, dans la suite logique de la gestion de la ressource, celle que la nature nous donne à partager. Partager. Quel beau mot.

Au Sénégal, on partage. Tout. Les soucis, les joies, et les revenus aussi.

Depuis que les ostréicultrices de Nema Bah peuvent vendre leurs huîtres en frais, elles ont le droit d’espérer un meilleur revenu. Pour l’imam, les enfants, le village.

Les huîtres crues, ni Seinabou, ni Niema n’aiment ça. Je n’ai pas encore vu de Sénégalais avaler une huître crue sans faire la grimace. Pourtant elles sont bonnes les Gazar, elles sont croquantes, sucré salé, à mi chemin de la plate et de la creuse. Nous en avons goûté, sous la mangrove, cueillie sur l’arbre par Doudou, celui qui porte son téléphone sous son bonnet, et qui veille aux huîtres de Sandicoli.

Les huîtres crues c’est pour les Toubabs. Ils s’en régalent eux, dans les restaurant de la capitale, dans les hôtels. Ils en mangent comme en France, à Noël. Et puis il y a les asiatiques aussi qui aiment beaucoup. C’est un marché à développer.

Mais c’est loin Dakar, et puis elles ne sont que des femmes, et ce sont les hommes qui gèrent l’argent gagné, là-bas, ils distribuent en fonction de ce qui est arrivé vivant et de ce qui a été vendu. Une histoire de confiance et de tradition. Ça fait mal des fois, la tradition.

Niema, elle mange mieux les huîtres à la sénégalaise, cuites à l’étouffée, puis séchées au soleil. Comme des cacahouètes, ou bien cuisinées avec du riz brisé très épicé, ou encore avec plein d’oignons fondus dans l’huile, pas un plat sans huile.

Adama avait mis un petit sachet d’huîtres ainsi séchées entre les sièges, et on se servait, picorait.

Après l’année de la sécheresse, on a su qu’une part du marché avait été enlevé par un français. Qu’il y avait d’autres huîtres que la Gazar à Dakar. Une autre année, il y avait moins de tourisme, à cause du seul cas d’ébola venu de Gambie. Les années sont aléatoires dans les pays où le climat et les températures ne sont tempérés en rien.

La douzaine d’huîtres fraiches est vendue 1500 francs (CFA). C’est beaucoup mieux que les 150 francs des huîtres séchées, proportionnellement parlant. Mais c’est tellement moins que les 4000 francs la douzaine des huîtres venues de France.

Pour un toubab, 4000 francs ce n’est rien. C’est moins qu’en France. C’est 6€.

Et puis c’est trop cool d’aller en vacances à l’étranger pour manger des huîtres françaises, non? on a l’impression d’être chez soi, propriétaire un peu, partir pour ne pas se perdre, voyager mais en terrain connu.

Un paquet de cigarettes, c’est 700 francs. Pour un sénégalais, 1500 francs, c’est une somme. On n’a pas le droit de jouer avec ça. Avec la vie des gens.

Niema et Seinabou auront vendu moins d’huîtres cette année, parce qu’il y a un français qui s’est installé quelque part près de l’eau, son petit paradis perso. Il a fait venir de France du naissain d’une autre espèce, une espèce qui n’est pas autochtone, alors que la ressource locale ne manque pas, ni même les bras pour travailler.

En France, personne n’ignore plus que les huîtres sont touchées par des maladies. Un herpès virus dit-on pour l’OSHV1, virus mutant.

A t-on pris en compte le risque sanitaire grave d’importer des huîtres potentiellement affaiblies par des maladies?

A t-on réfléchi au mélange de ces huîtres dans, je répète, le SEUL bassin de décantation agrémenté du Sénégal?

Et les emplois? Parlerai-je des emplois, et des conditions de travail?

Ainsi va la vie des humains.

Soumis à la pluie, au soleil, et à la gourmandise d’un rien.

 

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Les huîtres en poches au Sénégal, vaut mieux pas.

 

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La Cassostrea Gazar des villages du Sine Saloum

Une semaine. Quatre jours à Toubacouta. Quatre villages visités.

Trop court.

Nous allons à l’essentiel. Nous savons que le Sénégal a durement supporté la sécheresse de l’an dernier et la désaffection des touristes : 70% à t-on entendu, la faute à un seul cas de virus ébola, un Guinéen qui aurait passé la frontière alors qu’il savait être suspecté d’être malade.

Tout ce tourisme en moins, c’est catastrophique pour le Sénégal.

 Nous prenons notre premier petit déjeuner avec le responsable des Almadies et quelques ostreiculteurs du Saloum, en compagnie du président (Adama Senghor, notre ami) de l’association sénégalaise Vilaine et Saloum, avec laquelle ATM (Arradon Terre du Monde)  travaille en partenariat.

Les Almadies, c’est le seul endroit où les huîtres peuvent passer dans le bassin de dégorgement avant d’être vendues en frais.

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Nous prenons des nouvelles des villages, de la situation globale, des progrès du groupement d’intérêt économique (GIE)  « Ostreiculteurs du Sine Saloum » faits grâce à l’acquisition du camion l’an dernier.

Le GIE qui s’est constitué il y a deux ans, comprend un membre de plus avec le village de Bambougar, excentré de Toubacouta, et n’appartenant pas à la communauté rurale.

L’Agence Nationale de l’Aquaculture, organisme d’Etat, nous reçoit en la présence de son directeur et d’ingénieurs halieutiques et vétérinaires. Nous sommes ravis de savoir que Vilaine et Saloum a pleine crédibilité auprès de ces hautes instances, après la visite d’une de ses membres sur le terrain, deux fois depuis l’été dernier.

Des moyens plus importants que les nôtres, vont être mis en place, pour améliorer la qualité de vie des villages, dont certains n’ont toujours ni eau ni électricité.

La problématique du potentiel des huîtres de palétuviers, dont la ressource était menacée, est totalement prise en compte, et l’ANA annonce vouloir travailler main dans la main avec l’association et l’aide d’expertise de Jean Noël qui a vu juste jusqu’ici.

Nous allons visiter les différents villages, forts de cette aide. C’est agréable d’être pourvoyeurs de bonnes nouvelles.

Surtout quand on constate sur le terrain que l’année de sécheresse a marqué les villages et les visages. Une très importante baisse des revenus, environ 50%, y compris sur la ressource vivrière. La promotion de l’huitre de mangrove prend de plus en plus d’importance.

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Nous commençons par Néma Bah, mercredi, un village où ce sont les femmes qui gèrent l’ostréiculture, et qui ont toujours fait preuve de courage et de volonté. Sans compter leur imagination, leur bon sens, et souvent très à propos.

Elles ont placé les guirlandes à des niveaux plus bas dans l’eau, pour que l’huître y soit immergée plus longtemps et donc qu’elle mange plus, en formant une sorte de berceau entre deux systèmes de perches.

L’ANA est venue en juillet et mars poser des « lanternes » sortes de casier en filet à trois étages, où les huîtres mises une à unes, peuvent profiter au mieux de la ressource en restant immergées tout le temps. Mais comme dans nos eaux, le changement des saisons se distingue par le développement de végétations qui, à terme, peuvent freiner la croissance des huîtres : les organismes se déposent sur les mailles des lanternes et empêchent l’eau d’y passer.

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Ici, nous connaissons le même phénomène, auquel nous pallions en retournant régulièrement les poches.

Là bas, il faut prendre la mesure du peu de moyens, et sortir les lanternes de l’eau le temps d’une marée pour que les organismes se dessèchent et meurent, demande une logistique que seule l’ANA va pouvoir gérer.

Néanmoins, à Néma Bah, tout est possible, parce qu’elles sont douées d’une force collective impressionnante et d’un moral à (presque) toute épreuve.

Le lendemain, jeudi, nous nous levons dans une atmosphère déjà chaude et un soleil bizarrement voilé. C’est le vent du nord, nous dit Moussa. Sauf que le nord du Sénégal c’est la Mauritanie, et le ciel est couvert de sable rose/ocre, et il fera plus de 45°C l’après midi. A l’ombre. Il faut savoir qu’au Sénégal, je ne transpire jamais et je ne bronze pas : presque toujours à l’ombre, et toujours desséchée par ce vent et cette chaleur impitoyables. Notre eau s’évapore.

Nous allons à Soucouta voir Moussa au Centre Multimédia Communautaire, où nous espérons nous connecter. En vain, il n’y a plus de courant. On se rattrape avec un thé.

L’après midi, nous allons à Médina, où nous retrouvons quelques femmes du groupement sur la plage. Toutes les photos faites cet après midi là sont étonnantes. Une couleur jaune recouvre tout.

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Nous voyons sur le site que l’entretien a été moins présent que l’année dernière. La faute à la sécheresse et à la pluri activité que ces femmes ont dû mener de front pour tenter de joindre les deux bouts.

Mais nous constatons ce que nous verrons aussi dans les deux autres villages que nous visiterons après, que la pose des guirlandes a entraîné une repopulation des huîtres de mangroves sur les racines de palétuviers. Partout, du captage, là où on n’en voyait pas jusqu’alors. Le programme est visiblement porteur.

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Les rotations du camion s’organisent bien, et tous les villages ont bénéficié des moindres pertes.

Le vendredi, c’est Sandicoli.

Un village d’hommes cette fois. C’est avec eux que nous avions fait une marée il y a deux ans, dans la mangrove, après avoir traversé un bolong avec de l’eau jusqu’aux aisselles. Et puis surtout, au moment du départ et de la récupération de tous les pêcheurs, le retard d’un seul avait fait qu’on s’était échoués sur un banc de sable avec la pirogue, et qu’on avait passé deux bonnes heures sous le cagnard. On faisait trempette toutes les dix minutes et Jean Noel avait même fait un coup de filet avec les pecheurs en attendant que la marée remonte.

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(remember)

Mon téléphone à rendu l’âme ce jour là, ce qui m’a donné une leçon: le téléphone à pomme, ne supporte pas la chaleur. Cette année encore, je l’ai laissé éteint sauf le soir et le matin.

Bref, à Sandicoli, un seul pêcheur nous accueille. Tous les autres sont au mariage de son propre fils. C’est ainsi, il confie son fils à la belle famille, et il se fait représenter par ses amis en qui il a confiance.

Nous longeons le site en pirogue, le travail est toujours bien fait, et le captage conséquent sur les racines derrière les guirlandes.

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Le dernier jour à Toubacouta, nous partons plus loin, vers Bambougar, un village excentré, difficilement accessible avec des routes peu praticables. Pourtant là, encore un village d’hommes, il existe une tradition de vente des huîtres crues depuis des années. Les guirlandes qu’ils ont placées devant la mangrove, servent aussi de barrière : interdiction à quiconque de pêcher des huîtres de mangrove directement sur les racines sous peine d’amende. Le travail des huîtres est l’activité principale du village et ils ne veulent pas etre pillés.

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Les femmes, elles, continuent la pêche traditionnelle, de vente d’huîtres cuites et séchées.

Le dimanche c’est déjà le départ. Une journée pour atteindre Dakar en comptant l’attente du 3ème bac à Foundioune, et la panne à Mbour.

Je ne te dis rien de plus sur le Sénégal. Parce que c’est… trop « mon » Sénégal.

Effectivement je n’ai rien vu du Sénégal, rien des sites à visiter, rien des hôtels climatisés. Nous avons cette chance de vivre uniquement avec des sénégalais, mieux qu’eux, car nous ne savons pas les privations, mais nous savons leur générosité, nous sommes en confiance et dans le confort qu’ils nous offrent avec leur amitié.

Le retour est toujours un déchirement. Comme dit Adama, « mange aujourd’hui, car tu ne sais pas ce qui te mangera demain »

L’année prochaine nous essaierons de partir deux semaines. Je n’ai pas eu le temps de voir assez Yaya et Astou, ni discuter avec Fatou. Et tout.  

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L’éclipse de la marée !

Les grandes marées de la Ria, c’est comme les éclipses solaires : ça ne descend pas et tu ne vois pas l’éclipse, parce qu’il y a des nuages!

Je fais un raccourci hasardeux et très peu scientifique, mais comme je te l’ai déjà expliqué , nous, les grandes marées, c’est mouais.

Mais quand même, il y a eu de hautes pressions favorables, alors j’ai pu, avec mon téléphone, faire quelques clichés de l’espèce invasive maritime, les pêcheurs à pieds 🙂

On en a compté plus de 130 jeudi 19 mars, et samedi 21 aussi. Sans doute que ça sentait le printemps.

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Les photos sont très moches, mais donnent une idée tout de même, et de l’eau qui part, et du monde qui vient.

Là, c’est pleine mer, vers le Plec.

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Je ne sais pas si l’éclipse solaire avait un effet sur la marée, grande, du même jour. Ça ne doit sans doute pas. Mais ce vendredi 21, il y avait trop de nuages pour que l’on cherche à voir quoi que ce soit, et trop de vent pour qu’on fasse une belle marée, qui soit dit en passant, n’est pas bien descendue, donc.

Sinon, le neuf c’est qu’on va à la rencontre des Conviviums Slow Food samedi prochain, le 28, c’est en Bourgogne, une région que je ne connais pas, de belles rencontres en perspectives; nous allons y voir d’autres produits « Sentinelle » que l’huître de Jean Noël, comme le jambon noir de Bigorre, goûté à Terra Madre en octobre 2014.

Et l’autre excellentissime nouvelle, si j’arrive à obtenir les visas, c’est le départ pour le Sénégal, début avril, missionnés par ATM (Arradon Terre du Monde), nous allons retrouver nos amis Adama, Moussa et leurs familles,entre autres. Une petite semaine, pour voir les évolutions et motiver les troupes (eux comme nous!)

Enfin, et je le mets en dernier et en tout petit, il paraît, que lors du passage du reportage de Thalassa effectué sur la Ria d’Etel il y a un an environ, il paraît donc que nous aurons droit à 3 minutes… C’est bien, 3 minutes prises sur une journée, je ne sais pas du tout ce qui va en sortir!

Oh! des hommes qui travaillent!

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Marcq-en-Baroeul 2014

Voilà.
La saison des foires se termine.
Une fois encore à Marcq en Baroeul et l’association Marcq Madagascar aidée dans la logistique par les pros de la Bouee Bleue, la fête a été réussie.
87 kilos vendus en plus, c’est pas mal pour les années économiques que l’on traverse (6,4 tonnes à la louche dont 4 ouvertes à la main)
Dominique a eu la bonne idée de nous prendre en photo portrait, alors hop, petits montages :

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Mais aucune photo ne peut réellement transmettre les émotions et les échanges qui se sont faits cette année encore.
Et je n’ai gardé aucune preuve de notre dîner en Belgique, dimanche soir, à la clôture de la fête des huîtres, chez un couple flamand, pour aller y revoir notre ami Moussa Mane de Toubacouta du Sénégal qui était reçu pour trois semaines par un couple rwandais!! Un aller retour sur les rotules mais tellement indispensable à honorer quand on sait que Moussa quitte le Sénégal pour la première fois, si proche de nous alors, qu’on ne s’est même pas posé la question!
Le monde est petit, quand les réseaux d’amitié se font de plus en plus grands et larges et qu’on a la sensation inconsciente qu’il se passe des choses qui nous dépassent, plus grandes que nous, auxquelles on participe à notre échelle microscopique.
Et ces soirs là, on se sent aussi petit que plein d’espoir, certains qu’il y a de belles personnes au coin de la rue, là où on ne s’y attend pas, surpris encore, par ce qu’apporte ce métier, ces possibles rencontres merveilleuses, au delà de toute fatigue, de tout renoncement.
Le camion acquis tout récemment par l’union des ostréiculteurs du Sine Saloum à fait sa première tournée, et le pli est pris pour que les prochaines rotations se passent le mieux du monde.
Ils étudient la façon de fabriquer des paniers en feuilles de « je ne sais plus quoi » tressées pour le transport
Et nous avons réitéré la promesse que nous y retournerons.
Marcq en Baroeul, ma première foire sans Michel, la deuxième pour Jean Noël, une fête riche de rencontres et amicale, de quoi vouloir persévérer encore.

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Mission Sénégal, le retour

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Une semaine à Toubacouta, loin des tempêtes bretonnes, pour retrouver les groupements d’ostréiculteurs que nous avions rencontrés l’an dernier, un peu plus tard dans la saison.
Jean Noël avait été missionné en 2013 pour faire une sorte d’expertise et d’état des lieux de l’ostréiculture dans le Sine Saloum.
Beaucoup de gens connaissent l’huître de Casamance, peu celle des mangroves du Sine Saloum, et pourtant.
Nous avions visité 7 villages, rencontrés tous les pêcheurs, enfin surtout pêcheuses car sur les 7 villages, un seul fait travailler des hommes dans la mangrove.
Il s’agissait alors plus de cueillette sur les palétuviers, dont la ressource allait en diminuant. Les sénégalais connaissent le problème de la Casamance et la disparition de la mangrove, et conscients de ce fait, voulaient passer à l’élevage. Au départ, parce qu’ils sont obligés d’aller de plus en plus loin pour pêcher, et aujourd’hui par une prise de conscience profonde de la nécessité de protéger la ressource.

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Ces femmes sur la photo nous attendaient en écossant des arachides avant de nous emmener dans les bolongs voir le travail effectué depuis l’an dernier. C’est un groupe pour lequel nous avions une affection particulière car elles avaient déjà pressenti le travail ostréicole, et avaient, par leur dynamisme et leur courage, une production qui promettait d’être intéressante.

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Nous avons pu constater qu’elles avaient bien vendu leurs huîtres, et bien mis à capter de nouvelles huîtres pour la production suivante. Le travail fourni était conséquent.

Notre problématique en 2013, était de permettre à tous les villages de vendre leurs huîtres « en frais ».
En effet, traditionnellement au Sénégal, les huîtres sont consommées cuites par les locaux, presque jamais crues. Elles sont séchées au soleil après avoir été cuites à l’étouffée, puis transformées, soit mises en bocaux, soit cuisinées avec des oignons par exemple (et c’est très bon aussi).
Le marché de la vente en frais est dix fois plus rémunérateur que le marché en transformation.
Les huîtres sont alors acheminées vers Dakar en camion, au bassin des Almadies, le seul bassin agréé du Sénégal. Là, elles sont stockées, puis vendues essentiellement à des restaurateurs et hôtels où les touristes européens consomment l’huître de la même façon qu’ici en France, crue, et aux même périodes qu’ici également, à Noël essentiellement.

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Un mois et demi après notre retour en avril 2013, la structure commerciale pour permettre à tous les villages de vendre en frais était créée, sous le nom d’Union des Ostréiculteurs du Sine Saloum.
Cette rapidité d’exécution à l’échelle sénégalaise montrait bien leur motivation.

Nous étions donc impatients de voir si les suggestions de Jean Noël avaient été appliquées et surtout de voir si ça fonctionnait! En tant que producteur d’huîtres en France, Jean Noël pouvait craindre, dans un milieu qu’il ne connaît pas (quelle salinité, quel courant…) et pour une huître qu’il ne connaît pas (la cassostrea gazar), de s’être fourvoyé.

Sur un autre site, nous avons pu constater immédiatement que ses craintes pouvaient s’envoler.
Toutes ses recommandations avaient été appliquées avec succès, et le groupe avait vu encore plus loin. Intégrant une donnée importante en ostréiculture, l’anticipation. Ce qui, jusqu’à lors n’était pas le cas, loin sans faut, l’habitude de vivre au jour le jour étant bien ancrée dans la tradition.
Ainsi, avec la plus value de la vente d’huîtres, elles avaient pu acheter des perches pour continuer de mettre des guirlandes et augmenter la production, sans appauvrir la mangrove.
L’activité ostréicole est devenue la principale pour ce groupement et elles envisagent de continuer de travailler de manière collective tout en mettant en place une production personnelle.

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D’autres villages que nous avons vus cette semaine n’avaient pas avancé autant.

Le constat était évident : là où les groupes avaient travaillé de manière collective avec un partage du travail et des tâches (dans le village le plus avancé, quand une femme ne peut pas travailler pour des raisons familiales, elle est remplacée), il y a réussite. Là où le travail est inexistant, c’est visiblement du à des dissensions internes au groupement, dissensions qui se sont exprimées devant nous, et peu de progrès.

Comme l’an dernier, à chaque réunion avec les villages, les choses ont été mises à plat. Les problèmes ont été évoqués et des pistes de solution trouvées.
Une réunion de l’union a été tenue, permettant à tous les responsables ostréicoles des villages de se rencontrer.
La décision prise de programmer des rencontres directement sur les sites. La première visite se fera sur un site qui fonctionne bien, pour que celles qui ne sont pas encore à ce stade puissent voir et comprendre comment faire. Les progrès en un an ont été énormes, et il est permis de croire que les retards vont se combler rapidement.

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Maintenant il reste un problème de taille. Le transport.
Les conditions actuelles font qu’entre le moment où les huîtres sont pêchées et celui où elles arrivent à Dakar pour être vendues il peut y avoir jusqu’à 40% de mortalités.
Nous avions cette donnée l’an dernier, nous en avons les raisons exactes cette année (pas de paniers pour le transport, un transport aléatoire, trop d’huîtres livrées etc…)
La seule solution pour permette de diminuer cette perte nette en revenus, est de trouver un camion fiable, qui ne tombe pas en panne, et qui peut au minimum doubler le nombre de ses rotations jusqu’au bassin des Almadies.

L’association Arradon Terres du Monde à laquelle nous appartenons et qui a intégré l’association Vilaine et Saloum de laquelle est parti ce projet ostréicole, accompagne activement notre volonté de trouver et de financer ce camion.
Néanmoins, il manque des euros, environ 4000, pour permettre cet achat.

Un camion pour l’Union des Ostréiculteurs du Sine Saloum voilà qui pourrait être le leitmotiv de cette année pour nous !

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N’hésitez pas à nous contacter si vous voulez donner, à l’association ATM qui gérera les fonds et l’achat du camion avec Vilaine et Saloum Sénégal. Je vais me renseigner pour savoir s’il est possible d’avoir un avantage fiscal sur ce don.

Autant dire que ces villages, ces habitants et nos amis sénégalais nous touchent au cœur et que nous sommes très très motivés pour les aider.
Et puis comme ça, on y retournera…

Et une petite vidéo

Sous les palétuviers, des huîtres aussi

C'est juste ma photo préférée. Les couleurs tu vois.
C’est juste ma photo préférée. La couleur du sourire, tu vois.

(on peut cliquer sur les photos pour les agrandir)

Oui, je sais, un mois et demi plus tard et toujours rien sur le Sénégal…

Mais voilà, on ne s’absente pas trois semaines impunément, il y a eu un travail monstre depuis, si, et peu de temps libre, vrai.

Un rapport d’une trentaine de pages, écrit sur place au jour le jour, réécrit plus joli la semaine dernière, de quoi ne rien oublier de notre séjour à Toubacouta, et sa communauté rurale de sept villages où nous avons travaillé.

7 villages, ça tombe bien, autant que de jours dans la semaine, et c’est presque à ce rythme que nous avons organisé la mission qui nous incombait, enfin, à Jean-Noël : « (…)expertiser l’état de développement du projet d’élevage d’huîtres site par site (…) établira un diagnostic et délivrera ses conseils professionnels tant sur les techniques que sur les mises en oeuvre ».

Première semaine, visite sur les sites, deuxième semaine, réunions bilans de ces visites, troisième semaine, programme de proposition d’actions dans chaque village. Je schématise, mais en gros c’est ça. On a pas chômé.

Des huîtres naturelles de la mangrove captées sur les racines de palétuvier.
Des huîtres naturelles de la mangrove captées sur les racines de palétuvier.

Voilà à quoi ça ressemble, directement dans la mangrove, des Cassostrea Gazar. Beau non?

Huître pêchée dans la mangrove et détroquée sur place.
Huître pêchée dans la mangrove et détroquée sur place.
L'huître ouverte, révèle un goût sucré-salé délicieux
L’huître ouverte, révèle un goût sucré-salé délicieux

Un jour, nous avons vécu une aventure, genre « les naufragés ».

Il faut savoir que nous avons été vraiment très soignés par la famille d’Adama Senghor, le président sénégalais de l’association Vilaine et Saloum. Les Sénégalais en général, Adama et nos amis Moussa Mane et Ibou Diame, sont particulièrement accueillants et chaleureux. Tous sont membres de l’association.

Ce n’est pas avec eux, l’aventure. Avec eux c’était confort, avec leurs femmes aussi, qui nous ont choyés.

Il était prévu qu’on aille à une réunion sur le terrain à Sandicouli. Nous y sommes allés, mais en raison d’une commande d’huîtres en frais pour Dakar, les pêcheurs étaient partis faire « la marée » dans la mangrove.

On traverse le bolong, contre courant, de l'eau jusqu'aux aisselles
On traverse le bolong, contre courant, de l’eau jusqu’aux aisselles

On les a rejoint bien sûr.

C’est cet après-midi là que j’ai connu les limites d’Apple (45°C, ça fait fondre les pommes), et que nous avons appris mille choses sur cette cueillette.

Doudou me montre le paquet qu'il vient de cueillir
Doudou me montre le paquet qu’il vient de cueillir

Il faut imaginer l’entrelac des racines, les huîtres coupantes, la vase… le bonheur du pêcheur, qui au bout d’un dur labeur de deux heures, a pêché une bassine.

Ils rammassent les huîtres dans le T-shirt, avant de le vider dans la bassine
Ils ramassent les huîtres dans le T-shirt, avant de le vider dans la bassine

Dans le silence de la mangrove, parfois on entend un oiseau, ou le bruit de l’eau dans nos pas, les voix des hommes résonnent comme un contrepoint à la cueillette muette.

La bassine, même pleine, flotte. La retenir le temps de cueillir un paquet
La bassine, même pleine, flotte. La retenir le temps de cueillir un paquet

L’eau est chaude, le ciel écrasant, il est midi passé. Le boubou prévu pour la réunion flotte dans l’eau, je prends des photos, le temps sénégalais est précieux dans l’art de savoir le prendre.

Tu le vois, toi, le pêcheur?
Tu le vois, toi, le pêcheur?

Au bout de deux heures, les dix bassines des dix pêcheurs étaient pleines, c’était l’heure de rentrer.

Mais voilà qu’il en manque un. On attend, on appelle « uh, uh », il arrive au bout d’un certain temps.

La pirogue descend le bolong pour nous prendre, mais voilà.

La pirogue qui flotte presque. On l'aide un peu.
La pirogue qui flotte presque. On l’aide un peu.

Un banc de sable bien connu d’eux nous prend en traître et nous échoue. La marée est trop descendue,  elle n’a même pas encore fini son cycle. Nous attendons sa vraie fin, puis qu’elle remonte. Deux heures encore.

Nous sommes assis dans l’eau sous l’ombre des palétuviers, c’est le plein après-midi, on a terminé notre bouteille d’eau depuis longtemps.

Mais ce jour là, naufragés des bolongs, nous avons ressenti le Sénégal, le travail des pêcheurs, le temps des sénégalais, si particulier à nous les toubabs. Amoul solo!

Moussa Mane
Moussa Mane
Adama Senghor
Adama Senghor
Jean-Noël Yvon
Jean-Noël Yvon

Nous avons aussi rencontré des femmes extraordinaires. La majorité des ostréiculteurs sont trices au Sénégal.

Celles du village de Nema Bah, par exemple. Un tourbillon énergique de bonne humeur et de fierté du travail bien fait. Elles sont belles et courageuses (comme les sénégalaises en général d’ailleurs, belles, belles, belles, avis personnel qui n’engage que moi).

Les femmes de Nema Bah, belles.
Les femmes de Nema Bah, belles.
Belle et fière. Elle peut.
Belle et fière. Elle peut.

À Nema Bah, elles ont eu de bonnes idées, de l’initiative, et le résultat est là.

Beaucoup d'enfants à Nema , qui adorent se faire photographier
Beaucoup d’enfants à Nema , qui adorent se faire photographier

Nema Bah, le village avec le plus d’enfants.

Le thé au centre de transformation
Le thé au centre de transformation

Au Sénégal, la façon traditionnelle de manger l’huître, c’est cuite.

Elles les mettent dans un chaudron, font cuire à l’étouffée les paquets d’huîtres, puis les décoquillent et les font un peu sécher, avant de les mettre en sachet ou en bocaux stérilisés, tout dépend de l’étape finale de commercialisation.

Cuisson à l'étouffée
Cuisson à l’étouffée

Mais, la cueillette avait le fort inconvénient de dépeupler la mangrove de sa ressource, et même, la faisait reculer : le bois qui servait à cuire les huîtres était prélevé directement dans la mangrove.

Alors, depuis quelques années, un programme d’élevage a été mis en place par l’association.

Le pourquoi du comment de notre présence là-bas.

Jean-Noël a permis de comprendre certains processus de la vie de l’huître, sa façon de se nourrir, de grossir etc…

Quelques tables servent de support de captage
Quelques tables servent de support de captage
Ici, des huîtres en guirlandes avec un travail d'entretien à faire
Ici, des huîtres en guirlandes avec un travail d’entretien à faire

Nous avons l’envie d’y retourner, déguster à nouveau le thé sénégalais, discuter encore et encore de différence de culture avec nos amis, très ouverts, même à ce qui peut les choquer de nos habitudes d’européens toubabs.

Le futur ne manque pas d’avenir comme disait Philippe Meyer!

Oh, j’oubliais : le petit coin de paradis, Sipo!

Les enfants de Sipo jouent
Les enfants de Sipo jouent
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Une plage comme on en voit que dans les films

En route pour les huîtres de palétuviers

Le départ est proche. Quelques jours à peine.

Depuis l’été dernier, nous rêvons à ce projet qui fait suite à une action déjà mise en place dans le delta du Saloum, à Toubacouta au Sénégal.

C’est l’association « Vilaine et Saloum » qui a contacté Jean-Noël Yvon, en tant que professionnel ostréicole, pour juger sur place des possibilités de mise en place d’une méthode d’élevage de l’huître, dans un pays où la tradition est la cueillette de l’huître dans la mangrove, sur les racines de palétuviers.

Je ne connais rien à l’histoire de cette huître, pour le moment j’ai juste un lien vers un article (clic) qui explique ce qu’elle est, et comment elle est consommée, séchée ou bouillie.

Nous savons juste que la cueillette puis la consommation de l’huître séchée, utilise le bois de la mangrove, lui-même support de croissance de l’huître, mangrove qui s’appauvrit puisqu’il est le bois de chauffe de cette technique de consommation.

Notre objectif?

Passer de la cueillette à l’élevage, tout en ayant nous-même une connaissance des risques d’une surconsommation future, comme les maladies, je vous parlerai des mortalités d’huîtres un jour, c’est un sujet brûlant.

Aucune valise n’est prête, juste une petite liste de ce que nous ne devons pas oublier… Les vaccins contre la fièvre jaune faits et les cachets anti paludisme prêts.

Pas de photos aujourd’hui.

Ah si, une petite tout de même, il faut que je vous dise que la formation marin-ouvrier est en cours, mes deux premiers modules validés, je peux techniquement conduire le chaland avec l’autorisation du patron !

Si, si.

lymarée

 

Le jeu, c’est de me trouver, rien à gagner!