Archives pour la catégorie L’ostréiculture

Un peu d’histoire ostréicole

Au début, tout au début…

Mon hypothèse est la suivante : l’homme n’a pas mangé d’huîtres avant d’avoir découvert le feu.

Sinon, quelle idée saugrenue que de s’amuser à ouvrir un caillou.

Peut-être qu’un homme préhistorique un jour a voulu faire son barbecue de mammouth, a entassé quelques pierres pour y installer le brasier, et accidentellement quelques cailloux de la plage se sont incrustés, s’ouvrant sous l’effet de la chaleur.

L’huître chaude était née.

Trêve de plaisanterie, l’huître est consommée depuis le début des temps, on en a la preuve par fossiles interposés.

Et puis les grecs. Ils ont inventé Dionysos, les banquets et les vertus aphrodisiaques de l’huître. Et le couvercle de l’huître servait de bulletin de vote : on y inscrivait le nom de la personne qu’ils voulaient bannir de la cité. D’où le terme ostracisme du grec « ostracon » qui veut dire coquille.

On ne dit pas s’ils en faisaient des castagnettes.

Et puis les romains. Eux se délectaient d’huîtres plates. Ils lui ont donné le doux nom de « callibléphares » c’est à dire « Belles Paupières », fermées les paupières. Sergius Orata (140-91 av.JC) crée les premiers parcs à huîtres.

À l’époque médiévale, l’huître est à la fois le plat du pauvre qui, avec l’accès à la côte, va pêcher l’huître sur les bancs naturels, et plat des riches qui s’en régalent en ragoût, dit-on.

En plein siècle des Lumières, Casanova n’en finit pas d’en consommer, jusqu’à douze douzaines au petit déjeuner, dit-on toujours.

(c’est fou ce qu’on trouve sur l’histoire de l’huître quand on cherche un peu).

François Vatel s’en suicida de dépit de ne pas voir arriver ses bourriches sur la table de Louis XIV.

Mme de Sévigné : « Voici ce que j’apprends en entrant ici (à Chantilly, vendredi soir 24 avril 1671), dont je ne puis me remettre et qui fait que je ne sais plus ce que je vous mande, oyant que ce matin, à huit heures, la marée n’était pas encore arrivée, Vatel n’a pu soutenir l’affront dont il a cru qu’il allait être accablé, et, en un mot, il s’est poignardé. Vous pouvez penser l’horrible désordre qu’un si horrible accident a causé dans cette fête ; songez que la marée est peut-être arrivée comme il expirait. Je n’en sais point davantage présentement ; je pense que vous trouverez que c’est assez. Je ne doute que la confusion n’ait été grande : c’est une chose fâcheuse à une fête de cinquante mille écus. »

Tiens, même les peintres se sont repus de l’huître en peinture :

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Jean-François de Troy « Le déjeuner d’huîtres »

Bref, le succès fou de ce mollusque bivalve fini par épuiser les bancs naturels où il est pêché.

Si les Chinois avaient déjà fait du captage d’huîtres dans un temps fort fort lointain, l’ostréiculture dite moderne n’est pas un vieux métier.

Le double effet pas du tout cool de la surpêche et d’une météo trop rigoureuse (gelées), a fait réagir des chercheurs et biologistes pour la reconstitution des gisements et la mise en place d’un captage artificiel.

Le biologiste Jacques-Marie-Cyprien-Victor Coste, membre de l’Académie des sciences,  a accéléré et synthétisé l’ensemble des recherches. Avec Ferdinand-François De Bon, chef de service de la marine à Saint-Servan (En 1853 a inventé un « plancher collecteur » pour naissain d’huîtres plates) ils ont posé les premiers collecteurs français, donnant naissance en 1858, à l’ostréiculture.

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Plancher collecteur de Ferdinand de Bon

Ce plancher décrit par Victor Coste fût imaginé par F. de Bon pour recueillir le naissain d’huître plate.

Et pendant ce temps là, sur la Ria…

Sur la Ria, le temps semble parfois immobile.

À marée haute, la surface liquide étend son drap scintillant jusqu’à la côte. Il y a 150 ans, le paysage devait être le même, large et protégé des pins maritimes, l’eau argentée ou vert émeraude selon les caprices du soleil.

Pourtant, à marée basse, on peut deviner que le temps s’écoule, aussi vite que sous le pont Lorois.

À la côte, des vestiges du passé apparaissent, squelettes de bois d’anciens bateaux de pêche, d’anciens chalands à fond creux, parfois même un chaland plastifié sur le bord d’une rive, ponton plat devenu ponton de loisir qui permet d’accéder à l’eau sans poser les pieds sur la vase.

Sur les bords du chenal, les tables des ostréiculteurs témoignent de l’activité de la rivière, moins intensive aujourd’hui qu’elle n’a pu l’être il y a quelques années encore.

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Quand naît l’ostréiculture moderne, des nombreux facteurs se mélangent, permettant à l’ostréiculture de connaître un fort développement dans la ria d’Etel.

La famille de Jean-Noël Yvon est parmi l’une des premières à avoir développé l’ostréiculture sur la rivière d’Etel, aber, ria, estuaire, où l’eau douce et de mer se mélangent pour donner vie au plancton nourricier de l’huître, l’huître qui a toujours existé avant même sa culture, sur les bancs naturels, protégés, qu’on appelle aussi bancs amodiés.

Un arrêté du 29 novembre 1862 écrit : « la pêche aux huîtres est autorisée au râteau le 5,9 et 20 décembre sur le banc de Bescatigue, le 24 du même mois sur les herbiers de Coët Courso et de l´ours, et à la drague les 19 et 20 mars 1863 sur les bancs d´Istrec et de Riec de la Rivière d´Etel ».

Ou encore :

21 novembre 1895 : Autorisation donnée à Vincent Tonnerre, de Groix, d’établir un parc à huîtres sur la rive gauche de la rivière d´Etel longeant la rive droite du chenal Ster-er-Istrec au sud et à la suite du parc 545 (parc 1132).

Pour comprendre, je dois remonter aux grand-pères de Jean-Noël, venus de l’île de Groix.

Jean Yvon et Emilien Tonnerre sont arrivés de Groix à Locoal-Mendon, vers 1920. Plusieurs versions existent sur la venue des grecs à Locoal-Mendon.

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Un Dundée de Groix, photo de famille. (pêche à la sardine)

Premièrement le contexte groisillon en général qui, de l’activité sardinière passe à celle du thon, et la transition entre la pêche à voile et à vapeur.

Dans les années 1850, la transition entre la pêche à voile et à vapeur, ainsi que la raréfaction des bancs de sardines autour de l’île, a laissé un certain nombre de marins sac à terre, même si « la grande pêche » (pêche au thon) remplace peu à peu celle de la sardine jusqu’à faire la fortune et la réputation de Groix, avec Port-Tudy devenu un port thonier important jusqu’en 1940.

L’abbé Laurent Marie NOEL décrit en octobre 1891 la flotte groisillonne en termes élogieux: «Notre pays doit sa prospérité au grand nombre et à la solidité de ses bateaux pontés.
Le poisson disparaît peu à peu de la côte. A peine en reste-t-il assez pour suffire aux besoins d’une cinquantaine de familles. La sardine elle-même, qui naguère encore était notre principal gagne-pain, a déserté nos parages, ou bien se vend à des prix dérisoires, ou bien n’est pas du moule qui convient aux conserves et, dans ce dernier cas, trouve difficilement des acheteurs.
Aussi, les pêcheurs du voisinage qui, à cause de l’exiguïté de leurs embarcations, sont obligés de se tenir tout près des côtes, semblent réduits à ne pas avoir de quoi vivre. Je connais certains ports où la plus affreuse misère va régner, l’hiver prochain. L’avenir est à qui pourra, sans danger, affronter la haute mer. C’est en pleine mer, en effet, que le thon se pêche et qu’on fait la drague. Le thon et la drague, voilà deux sources de richesse, deux mines d’un prix inestimable. Il y a déjà bon nombre d’années que nos marins groisillons les exploitent et en retirent de beaux profits. Ils sont admirablement montés pour cela » (Histoire de l’île de Groix ).

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Un thonier de Groix avec sans doute un membre de la famille, mais pas d’identification possible aujourd’hui.

« À partir de la première guerre mondiale, la politique favorable au développement du chalutage à vapeur, ajoutée aux bouleversements apportés par l’évolution des modes de propulsion, accélère la décadence de la pêche à la voile. Il en résulte une transformation de la structure sociale groisillonne, en particulier, de nombreux jeunes doivent désormais chercher un embarquement dans les ports du continent et notamment celui de Lorient – Kéroman, en plein développement.

La guerre est terminée, certes, mais la flottille de Groix a durement souffert entre 1914 et 1920. Et l’âge d’or de la Belle Epoque, avec sa monnaie solide, s’est bien enfui.

 » Il convient de jeter un coup d’œil sur les dépenses de matériel pour s’apercevoir de suite qu’elles atteignent des proportions inquiétantes; la voilure, par exemple, qui coûtait 1,8 F le mètre en 1913 se vendait 7 F en 1919, c’est-à-dire avec une majoration de 400 % ; de même le cordage passait de 1,4 à 8 F le kilo, soit une majoration de 600 %. La même remarque s’applique à la peinture dont la hausse va jusqu’à 500 % étant donné que le kilo passe de 1,4 en 1913 à 7 F en 1919. Le coaltar se vend actuellement le quadruple de son prix d’avant-guerre et il en est de même pour tout le matériel indispensable à l’entretien des embarcations.  » C.I.M., 16 mars 1920

 Or, aucun bateau neuf n’a été construit depuis 1914. » (Histoire de l’île de groix)

Deuxièmement, un contexte particulier, puisqu’on dit dans la famille, que ce serait un recteur de Groix qui serait originaire de Locoal ou qui y aurait vécu, qui aurait conseillé d’aller voir sur le continent ce nouveau métier en train de naître, une opportunité à saisir pour ceux qui le peuvent.

On entend aussi parler de la tempête de 1920 (15 septembre, 27 morts ou disparus) qui a découragé les marins de leur métier, les décidant à quitter l’île.

À Locoal, les groisillons sont appelés les « Grecs« *. Ils sont nombreux à s’installer sur la presqu’île du Verdon, que les « natifs » appellent alors « les colonies ».

Visiblement l’implantation des Groisillons et autres venus d’ailleurs sur la commune ne s’est pas toujours faite sans heurts. L’espace qui serait occupé par l’élevage des huîtres, empiète sur le droit du goémonier.

Ainsi ce témoignage : « Monsieur Gaudin, propriétaire à La Forest attire l’attention de Monsieur le Maire sur l’envahissement des côtes dépendantes du territoire de la commune par les concessionnaires de parcs à huîtres. Le conseil, après en avoir délibéré, estimant que les demandes trop nombreuses de parcs annihilent pour la commune son droit si précieux au goémon de la côte, décide qu’il y a lieu de protester contre les demandes nouvelles de concessions » (1899, Locoal)

Ou encore :

« ces dernières (les parcs à huîtres) ne peuvent manquer de porter un préjudice considérable à tous les habitants de la commune en les privant de toutes les ressources que leur procurait le littoral, nécessaires pour l´exploitation des terres… les propriétés riveraines ont une valeur double des autres car les fermiers ont sous la main les engrais marins, réputés à juste titre les meilleurs pour l’agriculture et lui à eux seuls constituent toute la richesse fertilisante de ce pays » (1864, Locmariaquer)

La pêche des huîtres était traditionnelle, à pieds au bord de la côte, en bateau dans les eaux plus profondes. Elle était pêchée, ou draguée sur les bancs naturels, la ressource riche.

Dès 1871, on trouve des demandes de concessions. Les métiers de ces demandeurs sont précisés, capitaine au long cours, maître au cabotage, négociant, cultivateur. La Crass Ostre Edulis, est cultivée sur des sols durcis et sablés à mains d’hommes et chalands en bois creux.

5 mai 1899 : Autorisation donnée à Vincent Tonnerre, de Groix, et à Benoît Thomas d´établir un parc à huîtres de 25 ares sur la rive gauche de la rivière d’Etel longeant la rive droite du chenal Ster-er-Istrec au nord du parc 1195 (parc 1256) et un autre de 15 ares à Vincent Tonnerre à 28 mètres de la chaussée du Plec (parc 1257).

16 mars 1899 : Autorisation donnée à Vincent Tonnerre, de Groix, d’établir un parc à huîtres de 75 ares sur la rive gauche de la rivière d’Etel au nord et sur la côte ouest de la presqu’île du Plec (parc 1250).

*Tu ne sais pas pourquoi on appelle les Groisillons des Grecs? 

Il paraît qu’à Groix, on est caféinomanes. Un peu comme partout en Bretagne d’ailleurs, mais à Groix on voyage alors on partage. Le café était bu dans une cafetière, si, si, mais cafetière en breton ça se traduit  « greg » et se prononce « grec ». On appelle cette cafetière la Grecque! (même dans le Finistère on avait ces cafetières là…)

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Suite au prochain numéro…( l’huître plate de la ria)

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Les travaux d’été

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J’ai en cours de rédaction un article sur l’histoire de l’huître en ria d’Etel, mais dans la masse d’informations que j’ai trouvée, il me manque un témoignage oral important que je n’ai pas eu le temps de collecter encore.

En attendant, il y a tant de choses à dire sur ce métier, que je ne peux résister à la tentation de vous soumettre un article sur ce qu’on fait l’été, période de temps calme pour l’ostréiculteur en huîtres naturelles ( Ben oui, les huîtres en laitance nous ne les travaillons que très peu, nous n’en vendons qu’au détail comme ça, aléatoirement à ceux qui viennent au chantier)

  • La remise en ordre du matériel chantier

Ça c’est une chose que l’on fait en continu.

Les pannes de machine en saison sont très handicapantes. Le matériel est soumis à des contraintes de salinité et d’humidité qui l’usent assez vite, même s’il est sensé tenir la route.

Ces dernières années, l’ostréiculture étant ce qu’elle est, Jean-Noël n’investissait pas dans le matériel, par manque de trésorerie mais aussi car il ne savait pas l’avenir de la profession.

Cet été, la chaine de triage a été entièrement revue : pas de tri d’huîtres pendant 3 semaines.

Les bâtiments ont été nettoyés de fond en comble, le ménage fait, y compris sur les abords extérieurs du chantier, les terre-plein, là où sont stockées les poches et les mannes.

Nous avons pris des vacances.

Vi.

  • L’entretien des parcs sur tables

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La laitance des huîtres les rendent fragiles, mais il y a tout de même des impondérables : la chaleur estivale fait pousser de la végétation marine, des mousses et autres éponges, qui se fixent sur les huîtres au sol, et sur les poches sur table.

Les parcs sont recouverts de vert, un joli vert ma foi, mais ce limon bouche les mailles, empêche le courant de circuler à l’intérieur des poches et donc l’huître de se nourrir.

Il faut tourner les poches.

Ce geste dont le dos sait ce qu’il coûte, permet au limon de se retrouver sans lumière, meurt, et se détache de la poche.

Mais l’envers de la poche mis à l’air, est recouvert de mousses, multicolores, à l’aspect peu ragoutant de prime abord (visqueux) mais magnifique quand on a le nez dessus, avec des motifs dont j’ignorais l’existence, des imprimés naturels dont la haute couture a du s’inspirer, peut-être.

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Ce travail nécessaire, nous l’avons fait à chaque marée depuis la mi-août, alors que les huîtres délaitaient. Il faut décrocher la poche des deux côtés, la tourner debout sur son côté pour éviter d’en porter le poids (entre 12 et 15 kg la poche, voire plus avec la végétation).

Nous sommes munis d’un bâton que nous tapons sur la poche pour en décoller les mousses quand elles sont trop nombreuses (sinon le soleil suffira à les dessécher et les faire tomber), et pour défaire les paquets d’huîtres qui, à force du courant, se sont amalgamés dans les coins, formant masse de bêtes imbriquées les unes dans les autres, ce qui les empêche de se développer à leur aise.

Ensuite nous reposons la poche, les mousses sur le dessus, et nous raccrochons.

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Un matin, à deux, nous avons tourné plus de 900 poches (Photo dessus) sur le parc de la pointe. 3 heures de marée, les grands coefficients d’août permettant de garder plus longtemps plus bas le niveau d’eau.

Autant dire que la pause café se mérite.

  • L’entretien des parcs au sol

L’autre marée plaisante, est celle qu’on appelle la « marée râteau/fourche ». Un travail de bagnard, un truc qui t’assèche la peau même en plein soleil, qui te coupe le souffle, les bras, les jambes.

Koikess?

Les huîtres semées au sol sont d’abord levées avec la drague. Cet engin qui est fixé au treuil dont le moteur fait un boucan de tous les diables, et au mât de charge. C’est d’ailleurs à ce seul usage que les chalands ont un mât et des bras.

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Jean-Noël, quand il drague, passe des heures sur l’eau, en flot (marée montante) et fait des bandes avec le chaland sur le »carré d’huîtres » semées. Il remonte régulièrement la drague, pleine d’huîtres quand elle a bien travaillé, et les vide dans le container posé sur le ponton.

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Mais la drague ne ramasse pas tout.

Il reste les huîtres dites « éparses » sur le sol.

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C’est là que le râteau monchérimonamour, intervient.

Nous raclons le sol, en demi cercle autour de nos pieds, nous faisons un petit tas des huîtres que nous avons décollées de la vase, mais aussi du limon et de toute la végétation qui s’est développée sur l’huître. Tout ça pour dire qu’on ne récupère pas une huître propre et légère à chaque fois, non, nous ramassons son poids de vase avec.

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Une fois plein de petits tas formés, la fourche madoucemajolie intervient.

Elle pèse une tonne la fourche. Je suis une fille c’est pour ça que je peux le dire, les hommes eux ne se plaignent jamais, c’est vrai.

Bref, tu glisses la fourche sous le tas, tu essaies de ne pas aller trop profond pour ne pas enfourcher ton bonheur de vase, et tu vides ta fourchettée dans la manne posée à côté.

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Tu regardes de temps en temps le chaland échoué pour l’occasion puisque les grands coefficients font descendre la marée très bas, et tu surveilles la vitesse de remontée des eaux, c’est là que tu sais combien de temps il te reste. Cette marée montante (le flot) les femmes qui pêchaient la palourdes dans l’ancien temps, l’appelaient « la voleuse » car elle prenait sur leur temps de travail…

Quand l’eau fait de nouveau flotter le bateau, les mannes ont elles aussi le fond à flot.

Là, tu vas pouvoir un peu laver les huîtres, d’un mouvement de balancier de la manne, l’eau bouillonne dans les huîtres qui se nettoient un peu de leur vase. On choisi ensuite en général d’être à deux pour porter la manne sur le pont du chaland que j’aurais préalablement tiré jusqu’aux mannes pour éviter d’avoir à trop marcher chargée de poids.

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Jean-Noël est à deux aussi, Jean et Noël a t-on l’habitude de dire.

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Les marées râteau/fourche de 3 heures nous laissent un peu sur le flanc, mais quelle n’est pas notre satisfaction de voir le chaland chargé d’une grosse cinquantaine de mannes.

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Les huîtres ainsi levées, seront également triées et remise en poches ensuite, soit pour terminer leur croissance pour les plus petites d’entre elles, soit pour être stockées sur parc en attendant de les vendre.

Les photos de la marée râteau fourche sont de ce matin : petit coefficient, petite marée (2 heures), j’ai pris l’APN avec moi, je voulais vous montrer.

Plein de photos en attendant l’article avec plein de mots…

Retour sur une crise annoncée

« En 1997, un vote au conseil National de la Conchyliculture (CNC) autorise la mise en culture des triploïdes en milieu ouvert sans essai préalable en milieu fermé. Nous  n’étions que deux sur une bonne vingtaine à voter contre et nous savions déjà que la prochaine crise ostréicole serait gravissime.

À l’époque, mon cheval de bataille était le bassin versant littoral de la Ria d’Etel. Cette aventure magnifique pour la qualité de l’eau avec les agriculteurs m’avait déjà fait comprendre qu’il ne faut pas aller contre la nature car elle nous le renvoie vite à la figure.

Vache folle, tremblante du mouton, fièvre porcine, grippe aviaire, les exemples sont de nombreux retour de bâton à la folie humaine.

De nombreux professionnels s’engouffrent dans l’aubaine productiviste, d’abord pour commercialiser des huîtres non laiteuse l’été, parfois nommées huîtres de quatre saisons, puis pour profiter de la croissance plus rapide de l’huître triploïde (deux ans au lieu de trois).

C’est le début de la surproduction avec le développement des écloseries.

Le naissain naturel suffisait à fournir le marché, le naissain d’écloseries ira jusqu’à fournir autant que le naissain naturel, soit deux fois trop.

De 1997 à 2007 des mortalités de plus en plus importantes sont constatées chaque année sur les naissains (une huître qui a entre 8 et 14 mois). Aucune piste ne permet de trouver une solution scientifique. À défaut, le virus OSHV1 est mis en avant bien qu’il soit connu depuis 1982.

En 2007, le dernier brevet d’IFREMER est mis en place sur la production de tétraploïdes, nécessaires pour obtenir des triploïdes.

En 2007/2008, la production atteint son apogée avec une capacité de 240 000 tonnes alors que le marché ne peut en absorber que 140 000. La profession va droit dans le mur. La surproduction entraîne un engorgement des marchés, des parcs, une pression forte sur la biodiversité, et bien entendu, une chute des cours. Le prix de négoce en gros est le même qu’en 1971/1972, début de la production des huîtres japonaises.

En 2008, mortalités fulgurantes au printemps. En 3 semaines, la moitié de la production d’huîtres d’un an disparaît en Méditerranée, Atlantique et Manche, qui pourtant n’ont pas la même salinité, ni les mêmes températures, ni la même biodiversité. Des cas similaires ont déjà existé au Japon, en Corée et aux Etats-Unis, et ce depuis les années 60 avec la première production de triploïdes au Japon pour les huîtres perlières.

Depuis, Japon et Corée sont revenus à des productions naturelles avec de fortes mesures environnementales sur les bassins versants de productions ostréicoles.

La production a très fortement chuté aux Etats-Unis, qui ont fourni le premier brevet français pour les triploïdes avant celui d’Ifremer. La profession s’émeut et réclame des aides.

Ces mortalités ont suffit à maintenir les cours, la majorité de la profession pense qu’il s’agit d’un cas exceptionnel; la vie productiviste reprend son cours.

Après six mois de dépression lourde, je prends le taureau par les cornes pour mettre de l’ordre dans ma vie. (NDLR : la vie de Jean-noël et sa profession sont intimement liés).

Je sais que nous sommes dans la crise programmée en 1997 avec l’avènement des triploïdes. Je réalise un audit de mon entreprise avec pour objectif la réduction de la dette à zéro en 3 ans.

2009 : Deuxième épisode de mortalités fulgurantes, après une année de captage tardif. Le naissain était petit, les mortalités s’échelonnent entre 50 et 100%!

Il y a toujours assez d’huîtres adultes après les années de surproduction, 2006, 2007, 2008. Les cours remontent. Les dossiers de calamités agricoles se multiplient, avec visiblement de la triche manifeste dans certains cas. Les services fiscaux vont tenter de réduire ces risques.

C’est aussi le début de la guerre pro et anti-triplo, ou plus exactement, on réveille l’artillerie lourde dans les deux camps.

Dans mon entreprise, je stoppe l’activité des marchés, non rentables depuis plusieurs années. C’est un déchirement dans l’entreprise familiale pour tenter de sauver l’activité.

L’avenir s’envisage à un an maximum.

Je prends la décision d’acheter des huîtres captées sur les bancs naturel pour trouver des huîtres plus résistantes.

Ifremer reconnaît que les triploïdes ne sont pas à 100% stériles. Mais elle entame avec la profession un programme de recherche d’huîtres résistantes à base de triploïdes!!!

Au fait, un nom est mis en avant sur le responsable de ces mortalités : OSHV1micron var, pour « variant » de OSHV1, à ne pas confondre avec « mutant » !

2010 : rebelote! Sur les forums, les menaces d’armes nucléaires prolifèrent. Sur les parcs c’est la désolation. La production adulte chute fortement, les cours se relèvent mais la profession voudrait retrouver son niveau de production d’antan avec surproduction et chute des cours. Le nombre de collecteurs mis à l’eau est multiplié par 3 pour compenser les mortalités.

Je vends un de mes deux parcs de captage, mon choix n’est pas le même que celui de la majorité. Les niveaux de dossiers de calamités atteignent des sommets.

Certaines entreprises ferment. D’autres parlent de diversification. En Bretagne sud, les prévisions parlent de 30% d’entreprises à disparaître et une perte de 60% de main-d’œuvre qualifiée qui  ne reviendra plus dans ce métier. Encore une richesse qui s’en va.

2011/2012 rien à signaler. Rien de bon en tout cas. Toujours les mortalités, les calamités, les lamentations, les espoirs sur la recherche d’une huître résistante. Les prix continuent de monter et la clientèle peu fortunée disparaît.

Les entreprises qui ont anticipé la crise vont économiquement mieux. L’ostréiculture va produire 80 000tonnes au lieu des 140 000 avant crise et peine à les vendre, un comble !

Il n’y a pas de discours officiel cohérent, chacun tire la charrette dans son sens. L’individualisme de l’ostréiculture donne sa pleine mesure. Le nombre de collecteurs mis à l’eau est multiplié par 7 ou 8, ce qui permet de nourrir l’infection virale.

Les triploïdes sont élevées proches des bancs naturels de reproduction. Comme elles ne sont pas toutes stériles, quid du brassage des larves?

Fin 2011, l’échouage du TK Bremen à Erdeven, provoque une mini marée noire, 12 ans après celle plus gigantesque de l’Erika. Les ostréiculteurs de la Ria d’Etel seront traumatisés et pas indemnisés.

Pour la première fois, en 2012, une forte mortalité estivale des huîtres adultes triploïdes. Elles avaient pourtant été élaborées pour être travaillées l’été!

J’affine ma production à base d’huîtres naturelles. Pas de mortalités à signaler. Je continue à prendre un peu de naissain naturel pour compléter la production mais il subit des ponctions mortifères en 1ere et 2ème années.

J’arrive au bout de mon programme de réduction de la dette. J’envisage « mon » avenir avec beaucoup plus de sérénité.

2013 : On prend les mêmes et on recommence.

Le naissain triploïde se vend moins bien mais les écloseries se multiplient et s’agrandissent. Créées à coup de subventions, financées en fonctionnement par les calamités agricoles : vive la crise!

Cet été donc, retour des mortalités de naissain d’abord puis d’adultes triploïdes. La profession s’inquiète : il est temps. Le projet de moratoire sur l’élevage des la triploïde a été enterré fin 2012. Nous ne savons pas s’il y a risque d’infection des adultes naturelles.

Pour l’instant aucune casse significative à constater.

Nous avons remis l’entreprise à niveau, en matériel après 5 ans d’entretien minimum. 70% des parcs en surélevés ont été nettoyés et préparés pour 10 ans. La production en cours devrait égaler celle de l’an passé à un niveau très proche de 2008.

Toute ma carrière j’ai été persuadé de faire fortune l’année prochaine. Un ostréiculteur est un joueur qui jette ses économies à l’eau.

Je continue donc à jouer, serein. Sachant qu’il y aura des hauts et des bas »

Le faux tremblement de terre ostréicole

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Le mot de Jean-Noël sur ce qui devient une polémique, mais n’ose pas dire le fond du problème.

« Les médias titrent : « Les ostréiculteurs aux prises avec une surmortalité des huîtres adultes » (Libération, 3 août) « Vibrio aestuarianus, menace pour les huîtres » (Ouest-France, 3 août) « Bassin d’Arcachon : la triploïde au coeur » (Sud-Ouest, 27 juillet) « Huîtres : une mortalité inédite et inquiétante » (Sud-Ouest, 25 juillet)…

En réalité, le phénomène n’est pas nouveau . 60% des triploïdes adultes « prévues à l’origine » pour être commercialisées l’été, meurent, sous la présence d’un vibrio aestuarianus, pour être précis, qui s’agite sous certaines conditions climatiques.

Ces huîtres non rustiques sont plus fragiles par disparition des caractères de résistance au profit de la croissance en « supprimant » la période de reproduction. Je mets supprimant entre guillemets car en réalité, jusqu’à plus de 30% de ces triploïdes arrivent en laitance* l’été.

Rappelons nous le bon sens des anciens qui préconisaient de ne pas consommer les huîtres les mois sans R.

En ayant perdu ce bon sens au profit de la croissance économique, nous avons engendré des naissains* de laboratoire, non adaptés aux conditions exceptionnelles que présente parfois la nature.

D’où ces mortalités et dossiers de subventions pour calamités agricoles !

Dans ce domaine , les plus doués au bureau gagnent de l’argent aux dépends des plus doués en production ! »

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Qu’est-ce qu’une triploïde ?

Le bébé huître (naissain), est issu du croisement d’une huître diploïde (normale donc, comme vous et moi, 2 paires de chromosomes), et d’une tétraploïde (4 paires de chromosomes). Cette tétraploïde est produite par choc chimique sous brevet d’IFREMER. Ce brevet tombe dans le domaine public en 2015 et pourrait passer aux mains d’autres laboratoires privés…

La triploïde, issue de ce croisement, a 3 paires de chromosomes et donc est sensé ne pas se reproduire. Elle serait stérile.

Elles sont plus facilement commercialisables l’été, du fait qu’elles ne présentent pas de laitance*, cet aspect que prend l’huître naturelle en période de reproduction, et qui, de goût et de texture différents des autres périodes de l’année, la rend moins attractive au consommateur.

La triploïde présente un autre avantage au producteur : plutôt que de perdre son énergie à se reproduire, elle la met en croissance, ce qui réduit d’autant sa période de production de trois à deux ans, ce qui a (coïncidence ? ) engendré la surproduction qui a précédé la mortalité des juvéniles (huîtres de moins de deux ans) en 2008.

Peut-on différencier une huître naturelle d’une huître triploïde ?

Oui, mais au microscope ! Un professionnel aguerri pourra parfois la différencier au coup d’oeil (présence d’un talon recourbé vers le haut en forme de bec d’oiseau). Seule une traçabilité et un affichage (non obligatoire) peuvent le faire.

Qu’est-ce qu’une huître « bio » ?

Selon Bruxelles, il faut avoir une traçabilité jusqu’aux père et mère de l’huître, donc une traçabilité possible uniquement sur les huîtres de laboratoire ; Un comble : les huîtres nées en mer ne seraient donc pas « bio » selon les critères de Bruxelles !!

Y a t-il un danger pour le consommateur ?

Le seul danger connu est de consommer un produit qui ne serait pas frais, voire moribond. Seule la responsabilité de l’ostréiculteur, son savoir-faire et son éthique, peuvent garantir l’intégrité de son produit.

Parle t-on d’OGM pour les huîtres ?

Non, car il n’y a pas de manipulation du génome, seulement un changement de paires de chromosomes. D’après Bruxelles, la triploïde n’est donc pas un OGM.

Néanmoins, de nombreux scientifiques parlent d’Organisme Génétiquement Maltraité.

Pourquoi les mois sans R ?

Le bon sens des anciens…

À l’époque, il n’y avait ni chambre froide ni transport frigorifique, donc il existait un risque en période chaude. La chaleur entraîne parfois en mer, des « blooms phytoplanctoniques » d’espèces induisant des malaises gastriques très temporaires chez les consommateurs.

Pendant cette période, nous nous consacrons à l’entretien des bâtiments, du matériel, des navires, et seul le travail sur les parcs n’entraînant pas de risque de mortalité. En période chaude et de reproduction, les huîtres sont aussi plus fragiles, on les bichonne sur une à deux heures maximum, le temps de la basse mer.

Il existe des méthodes naturelles pour provoquer la délaitance des huîtres, mais ce n’est pas sans risque de mortalité.

Notre commerce se fait de mi-septembre à fin avril voire mi-mai si le printemps est très frais, ce qui a été le cas cette année.

 

PS: Ah oui, Jean-Noël me rappelle de préciser que nous n’avons pas de casse sur les huîtres adultes…

Voilà, ce qu’il fallait dire nous semble t-il. De nombreuses questions peuvent se poser, n’hésitez pas à donner votre point de vue…

La vie de l’huître 2 : la pousse

En janvier, nous avons posé les tubes (Voir ici, clic).

On peut s’attendre à une mortalité importante sur ces jeunes, très jeunes huîtres. Le naissain meurt entre 40 et 90%. C’est un pari sur l’avenir.

Je vais choquer si je dis qu’on est pas forcément contre cette mortalité… S’il n’y a pas de mortalité, avec la surenchère actuelle de pose de coupelles de captage, il y aura encore surproduction et qui dit surproduction dit surdensité, et qui dit surdensité dit : maladies.

Comme l’épizootie de 2008, où le naissain de 18 mois a souffert des mortalités. 90% de perte dans beaucoup d’entreprises.

Alors voilà, nous sommes convaincus que seule une production raisonnable, traditionnelle, comme l’élevage extensif dans le monde agricole, et non pas intensif, peut permettre de survivre.

Jean-Noël a l’habitude de dire : s’il y a trop d’huîtres sur un parc, il n’y a pas assez à manger pour chacune d’elle.

L’huître se nourrit de l’eau qu’elle filtre, n’oublions pas.

Bref, je suis allée voir, au retour du Sénégal, comment se portaient les mini bestioles sur leurs tubes.

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de la taille de la moitié de l’ongle de mon petit doigt, elle est passée à la taille de l’ongle de l’index

Sur cette photo, on voit trois huîtres collées entre elles. Le léger liseré blanc est ce qu’on appelle « la pousse ». C’est la coquille de l’huître en formation.

Dans les poches, les huîtres de 18 mois en pousse, font un bruit de grelot quand on tourne délicatement la poche. Cette pousse est précieuse, on manipule très précautionneusement l’animal.

Coupante comme un rasoir, la pousse est très fragile.

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L’hiver a été long.

L’eau de pluie abondante.

La chaleur, euh qué chaleur?

Bref, comme en hibernation, on attendait impatiemment le réveil de la nature. L’eau plus froide de deux degrés que les normes de saison, ont reculé le moment où la vie devait reprendre son cours. Les huîtres aurait du commencer leur laitance en mai. Cette période qui marque le début du cycle de reproduction, qui rend les huîtres laiteuses. On ne mange d’huîtres que les mois en « R » disent les anciens, ils avaient raison.

Nous évitons de bousculer les huîtres pendant cette période, elles sont aussi fragiles.

Nous commercialisons beaucoup moins, voire pas du tout.

Sur les parcs, le paysage change.

La végétation marine s’installe.

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On voit que, fin mai, la pousse croît.

On constate aussi, que l’huître donne l’impression de se décoller du tube.

Elle monte, en corolle quasiment, elle adhère au tube sur une toute petite surface, qu’on appellera « talon » quand elle sera adulte. Ce talon garde souvent la marque du support. Parfois, on devine un coquillage, un caillou, le dessin d’une coupelle.

La pousse dans les poches à travers les mailles
La pousse dans les poches à travers les mailles

Dans les poches, du 18 mois, qui chante.

La pousse se voit bien aussi. C’est une vision qui fait plaisir, on aime se promener entre les tables et voir les huîtres grandir.

La végétation, l'eau qui se réchauffe, et surtout la lumière. Photosynthèse, plancton... vie.
La végétation, l’eau qui se réchauffe, et surtout la lumière. Photosynthèse, plancton… vie.

Le printemps, c’est dans les jardins, mais aussi en mer.

Cette végétation est inoffensive mais il est préférable de retourner les poches, pour éviter la prolifération des mousses qui bouchent les mailles, empêchent l’eau de passer, et permettent le dépôt de vase.

Un peu de couleur dans toute cette grisaille de printemps maussade, ça fait du bien, non?

En route pour les huîtres de palétuviers

Le départ est proche. Quelques jours à peine.

Depuis l’été dernier, nous rêvons à ce projet qui fait suite à une action déjà mise en place dans le delta du Saloum, à Toubacouta au Sénégal.

C’est l’association « Vilaine et Saloum » qui a contacté Jean-Noël Yvon, en tant que professionnel ostréicole, pour juger sur place des possibilités de mise en place d’une méthode d’élevage de l’huître, dans un pays où la tradition est la cueillette de l’huître dans la mangrove, sur les racines de palétuviers.

Je ne connais rien à l’histoire de cette huître, pour le moment j’ai juste un lien vers un article (clic) qui explique ce qu’elle est, et comment elle est consommée, séchée ou bouillie.

Nous savons juste que la cueillette puis la consommation de l’huître séchée, utilise le bois de la mangrove, lui-même support de croissance de l’huître, mangrove qui s’appauvrit puisqu’il est le bois de chauffe de cette technique de consommation.

Notre objectif?

Passer de la cueillette à l’élevage, tout en ayant nous-même une connaissance des risques d’une surconsommation future, comme les maladies, je vous parlerai des mortalités d’huîtres un jour, c’est un sujet brûlant.

Aucune valise n’est prête, juste une petite liste de ce que nous ne devons pas oublier… Les vaccins contre la fièvre jaune faits et les cachets anti paludisme prêts.

Pas de photos aujourd’hui.

Ah si, une petite tout de même, il faut que je vous dise que la formation marin-ouvrier est en cours, mes deux premiers modules validés, je peux techniquement conduire le chaland avec l’autorisation du patron !

Si, si.

lymarée

 

Le jeu, c’est de me trouver, rien à gagner!

La vie de l’huître 1 : la pose des tubes

« On a reçu mille tubes ».

Bien. Je n’avais qu’une vague idée de ce que sont mille tubes. J’en ai vu des secs, des cassés, des bons à jeter, à jeter d’ailleurs, mais je ne savais pas ce que ça voulait dire. Jusqu’ici, je suis le travail de l’huître à partir du naissain de 18 mois, qu’on nous livre de Charente. Pourquoi la Charente? Parce que ce sont des endroits qui contrairement à ici captent beaucoup les larves d’huîtres. En fait même, ils ont du mal à rendre des huîtres à terme, elles cessent de pousser, mais en revanche le naissain lui, pullule, à condition bien sûr qu’ils soit traité dans de bonnes conditions.

Nous n’avons par exemple, jamais jamais jamais de naissain d’écloserie.

Bref, les tubes.

Ils se présentent en palette, évidemment, plein de tubes d’environ 1 m de long, 2 cm de diamètre. Ils sont couverts d’huîtres d’un an. De toutes petites huîtres, plus petites que l’ongle de mon petit doigt. Elles se sont fixées sur ce support, et vont, nous l’espérons, croître sur les parcs.

Mais pour ce faire, plusieurs étapes sont nécessaires, et je me propose de vous faire suivre la vie de ce naissain, d’aujourd’hui à dans 18 ou 24 mois, quand elles seront commercialisables.

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Opération défagottage

Les tubes sont livrés en fagots de 20. Il faut les mettre un à un, et 5 par 5 en tant pour tant. La manipulation est délicate, il est impératif de ne pas blesser l’huître, ni la décoller du tube, donc moultes précautions.  Jean-Noël travaille mains nues, mais il a des gants naturels aux mains, ça ne compte pas. L’huître est coupante comme un rasoir. On défait les paquets, on pose les tubes sur le chaland et on va vers les tables. Elles sont juste devant le chantier, on descend du chaland, on est 4. L’eau affleure les cuissardes, une partie des tables est invisible.

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Les tubes sont déposés sur les tables, il va falloir les fixer pour qu’ils ne s’en aillent pas avec la marée. Ce sont des tubes plastiques, creux, légers. Chacun a sa bobine de ficelle bleue, assortie au ciel ce jour là. Un léger vent nous rappelle que nous sommes en janvier, le 30.

L’eau de mer est chargée des eaux de pluie, elle n’est pas transparente comme on aime. Alors, nous travaillons à l’aveuglette. Pliés en deux au-dessus des tables, nous passons la ficelle sous les montants pour faire un tour autour des tubes. J’ai l’impression de faire un droit fil sur un ourlet, à la place de mon aiguille, un couteau. Finalement, j’enlève mes gants,ils sont gonflés par l’eau et m’empêchent de sentir et même d’attraper la ficelle. Je me souviens alors qu’il sera nécessaire de faire mon rappel tétanos.

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Hyacinthe est plus fort que moi pour faire des noeuds avec les gants

Nous voilà trempés jusqu’aux coudes, vestes, pulls itou, mais ce n’est pas grave, l’eau n’est pas si froide que quelques jours avant, et puis le soleil c’est agréable. Nous parvenons à poser les mille tubes, sans être trop sûrs de savoir si on a fait comme il faut, tant on ne voyait rien sous l’eau. Hyacinthe est allé vérifier plus tard un jour où la marée est descendue, nous n’étions pas là, et oui, le travail a été bien fait.

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La rangée de tables aux mille tubes

Et après ça, devinez : on a pris un bon café bien chaud.

Et devinez encore? On a pas encore pu aller voir comment c’était.

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 Tu peux voir le vent, le ciel, l’eau trouble. La marée remonte il est temps de faire de même, le chantier est juste au fond, le rectangle blanc, on est pas loin.

Ce sont des photos téléphone, je ne vais pas travailler avec mon Apn. Pas toujours.