Archives pour la catégorie L’ostréiculture

Les travaux d’été

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J’ai en cours de rédaction un article sur l’histoire de l’huître en ria d’Etel, mais dans la masse d’informations que j’ai trouvée, il me manque un témoignage oral important que je n’ai pas eu le temps de collecter encore.

En attendant, il y a tant de choses à dire sur ce métier, que je ne peux résister à la tentation de vous soumettre un article sur ce qu’on fait l’été, période de temps calme pour l’ostréiculteur en huîtres naturelles ( Ben oui, les huîtres en laitance nous ne les travaillons que très peu, nous n’en vendons qu’au détail comme ça, aléatoirement à ceux qui viennent au chantier)

  • La remise en ordre du matériel chantier

Ça c’est une chose que l’on fait en continu.

Les pannes de machine en saison sont très handicapantes. Le matériel est soumis à des contraintes de salinité et d’humidité qui l’usent assez vite, même s’il est sensé tenir la route.

Ces dernières années, l’ostréiculture étant ce qu’elle est, Jean-Noël n’investissait pas dans le matériel, par manque de trésorerie mais aussi car il ne savait pas l’avenir de la profession.

Cet été, la chaine de triage a été entièrement revue : pas de tri d’huîtres pendant 3 semaines.

Les bâtiments ont été nettoyés de fond en comble, le ménage fait, y compris sur les abords extérieurs du chantier, les terre-plein, là où sont stockées les poches et les mannes.

Nous avons pris des vacances.

Vi.

  • L’entretien des parcs sur tables

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La laitance des huîtres les rendent fragiles, mais il y a tout de même des impondérables : la chaleur estivale fait pousser de la végétation marine, des mousses et autres éponges, qui se fixent sur les huîtres au sol, et sur les poches sur table.

Les parcs sont recouverts de vert, un joli vert ma foi, mais ce limon bouche les mailles, empêche le courant de circuler à l’intérieur des poches et donc l’huître de se nourrir.

Il faut tourner les poches.

Ce geste dont le dos sait ce qu’il coûte, permet au limon de se retrouver sans lumière, meurt, et se détache de la poche.

Mais l’envers de la poche mis à l’air, est recouvert de mousses, multicolores, à l’aspect peu ragoutant de prime abord (visqueux) mais magnifique quand on a le nez dessus, avec des motifs dont j’ignorais l’existence, des imprimés naturels dont la haute couture a du s’inspirer, peut-être.

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Ce travail nécessaire, nous l’avons fait à chaque marée depuis la mi-août, alors que les huîtres délaitaient. Il faut décrocher la poche des deux côtés, la tourner debout sur son côté pour éviter d’en porter le poids (entre 12 et 15 kg la poche, voire plus avec la végétation).

Nous sommes munis d’un bâton que nous tapons sur la poche pour en décoller les mousses quand elles sont trop nombreuses (sinon le soleil suffira à les dessécher et les faire tomber), et pour défaire les paquets d’huîtres qui, à force du courant, se sont amalgamés dans les coins, formant masse de bêtes imbriquées les unes dans les autres, ce qui les empêche de se développer à leur aise.

Ensuite nous reposons la poche, les mousses sur le dessus, et nous raccrochons.

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Un matin, à deux, nous avons tourné plus de 900 poches (Photo dessus) sur le parc de la pointe. 3 heures de marée, les grands coefficients d’août permettant de garder plus longtemps plus bas le niveau d’eau.

Autant dire que la pause café se mérite.

  • L’entretien des parcs au sol

L’autre marée plaisante, est celle qu’on appelle la « marée râteau/fourche ». Un travail de bagnard, un truc qui t’assèche la peau même en plein soleil, qui te coupe le souffle, les bras, les jambes.

Koikess?

Les huîtres semées au sol sont d’abord levées avec la drague. Cet engin qui est fixé au treuil dont le moteur fait un boucan de tous les diables, et au mât de charge. C’est d’ailleurs à ce seul usage que les chalands ont un mât et des bras.

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Jean-Noël, quand il drague, passe des heures sur l’eau, en flot (marée montante) et fait des bandes avec le chaland sur le »carré d’huîtres » semées. Il remonte régulièrement la drague, pleine d’huîtres quand elle a bien travaillé, et les vide dans le container posé sur le ponton.

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Mais la drague ne ramasse pas tout.

Il reste les huîtres dites « éparses » sur le sol.

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C’est là que le râteau monchérimonamour, intervient.

Nous raclons le sol, en demi cercle autour de nos pieds, nous faisons un petit tas des huîtres que nous avons décollées de la vase, mais aussi du limon et de toute la végétation qui s’est développée sur l’huître. Tout ça pour dire qu’on ne récupère pas une huître propre et légère à chaque fois, non, nous ramassons son poids de vase avec.

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Une fois plein de petits tas formés, la fourche madoucemajolie intervient.

Elle pèse une tonne la fourche. Je suis une fille c’est pour ça que je peux le dire, les hommes eux ne se plaignent jamais, c’est vrai.

Bref, tu glisses la fourche sous le tas, tu essaies de ne pas aller trop profond pour ne pas enfourcher ton bonheur de vase, et tu vides ta fourchettée dans la manne posée à côté.

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Tu regardes de temps en temps le chaland échoué pour l’occasion puisque les grands coefficients font descendre la marée très bas, et tu surveilles la vitesse de remontée des eaux, c’est là que tu sais combien de temps il te reste. Cette marée montante (le flot) les femmes qui pêchaient la palourdes dans l’ancien temps, l’appelaient « la voleuse » car elle prenait sur leur temps de travail…

Quand l’eau fait de nouveau flotter le bateau, les mannes ont elles aussi le fond à flot.

Là, tu vas pouvoir un peu laver les huîtres, d’un mouvement de balancier de la manne, l’eau bouillonne dans les huîtres qui se nettoient un peu de leur vase. On choisi ensuite en général d’être à deux pour porter la manne sur le pont du chaland que j’aurais préalablement tiré jusqu’aux mannes pour éviter d’avoir à trop marcher chargée de poids.

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Jean-Noël est à deux aussi, Jean et Noël a t-on l’habitude de dire.

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Les marées râteau/fourche de 3 heures nous laissent un peu sur le flanc, mais quelle n’est pas notre satisfaction de voir le chaland chargé d’une grosse cinquantaine de mannes.

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Les huîtres ainsi levées, seront également triées et remise en poches ensuite, soit pour terminer leur croissance pour les plus petites d’entre elles, soit pour être stockées sur parc en attendant de les vendre.

Les photos de la marée râteau fourche sont de ce matin : petit coefficient, petite marée (2 heures), j’ai pris l’APN avec moi, je voulais vous montrer.

Plein de photos en attendant l’article avec plein de mots…

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Retour sur une crise annoncée

« En 1997, un vote au conseil National de la Conchyliculture (CNC) autorise la mise en culture des triploïdes en milieu ouvert sans essai préalable en milieu fermé. Nous  n’étions que deux sur une bonne vingtaine à voter contre et nous savions déjà que la prochaine crise ostréicole serait gravissime.

À l’époque, mon cheval de bataille était le bassin versant littoral de la Ria d’Etel. Cette aventure magnifique pour la qualité de l’eau avec les agriculteurs m’avait déjà fait comprendre qu’il ne faut pas aller contre la nature car elle nous le renvoie vite à la figure.

Vache folle, tremblante du mouton, fièvre porcine, grippe aviaire, les exemples sont de nombreux retour de bâton à la folie humaine.

De nombreux professionnels s’engouffrent dans l’aubaine productiviste, d’abord pour commercialiser des huîtres non laiteuse l’été, parfois nommées huîtres de quatre saisons, puis pour profiter de la croissance plus rapide de l’huître triploïde (deux ans au lieu de trois).

C’est le début de la surproduction avec le développement des écloseries.

Le naissain naturel suffisait à fournir le marché, le naissain d’écloseries ira jusqu’à fournir autant que le naissain naturel, soit deux fois trop.

De 1997 à 2007 des mortalités de plus en plus importantes sont constatées chaque année sur les naissains (une huître qui a entre 8 et 14 mois). Aucune piste ne permet de trouver une solution scientifique. À défaut, le virus OSHV1 est mis en avant bien qu’il soit connu depuis 1982.

En 2007, le dernier brevet d’IFREMER est mis en place sur la production de tétraploïdes, nécessaires pour obtenir des triploïdes.

En 2007/2008, la production atteint son apogée avec une capacité de 240 000 tonnes alors que le marché ne peut en absorber que 140 000. La profession va droit dans le mur. La surproduction entraîne un engorgement des marchés, des parcs, une pression forte sur la biodiversité, et bien entendu, une chute des cours. Le prix de négoce en gros est le même qu’en 1971/1972, début de la production des huîtres japonaises.

En 2008, mortalités fulgurantes au printemps. En 3 semaines, la moitié de la production d’huîtres d’un an disparaît en Méditerranée, Atlantique et Manche, qui pourtant n’ont pas la même salinité, ni les mêmes températures, ni la même biodiversité. Des cas similaires ont déjà existé au Japon, en Corée et aux Etats-Unis, et ce depuis les années 60 avec la première production de triploïdes au Japon pour les huîtres perlières.

Depuis, Japon et Corée sont revenus à des productions naturelles avec de fortes mesures environnementales sur les bassins versants de productions ostréicoles.

La production a très fortement chuté aux Etats-Unis, qui ont fourni le premier brevet français pour les triploïdes avant celui d’Ifremer. La profession s’émeut et réclame des aides.

Ces mortalités ont suffit à maintenir les cours, la majorité de la profession pense qu’il s’agit d’un cas exceptionnel; la vie productiviste reprend son cours.

Après six mois de dépression lourde, je prends le taureau par les cornes pour mettre de l’ordre dans ma vie. (NDLR : la vie de Jean-noël et sa profession sont intimement liés).

Je sais que nous sommes dans la crise programmée en 1997 avec l’avènement des triploïdes. Je réalise un audit de mon entreprise avec pour objectif la réduction de la dette à zéro en 3 ans.

2009 : Deuxième épisode de mortalités fulgurantes, après une année de captage tardif. Le naissain était petit, les mortalités s’échelonnent entre 50 et 100%!

Il y a toujours assez d’huîtres adultes après les années de surproduction, 2006, 2007, 2008. Les cours remontent. Les dossiers de calamités agricoles se multiplient, avec visiblement de la triche manifeste dans certains cas. Les services fiscaux vont tenter de réduire ces risques.

C’est aussi le début de la guerre pro et anti-triplo, ou plus exactement, on réveille l’artillerie lourde dans les deux camps.

Dans mon entreprise, je stoppe l’activité des marchés, non rentables depuis plusieurs années. C’est un déchirement dans l’entreprise familiale pour tenter de sauver l’activité.

L’avenir s’envisage à un an maximum.

Je prends la décision d’acheter des huîtres captées sur les bancs naturel pour trouver des huîtres plus résistantes.

Ifremer reconnaît que les triploïdes ne sont pas à 100% stériles. Mais elle entame avec la profession un programme de recherche d’huîtres résistantes à base de triploïdes!!!

Au fait, un nom est mis en avant sur le responsable de ces mortalités : OSHV1micron var, pour « variant » de OSHV1, à ne pas confondre avec « mutant » !

2010 : rebelote! Sur les forums, les menaces d’armes nucléaires prolifèrent. Sur les parcs c’est la désolation. La production adulte chute fortement, les cours se relèvent mais la profession voudrait retrouver son niveau de production d’antan avec surproduction et chute des cours. Le nombre de collecteurs mis à l’eau est multiplié par 3 pour compenser les mortalités.

Je vends un de mes deux parcs de captage, mon choix n’est pas le même que celui de la majorité. Les niveaux de dossiers de calamités atteignent des sommets.

Certaines entreprises ferment. D’autres parlent de diversification. En Bretagne sud, les prévisions parlent de 30% d’entreprises à disparaître et une perte de 60% de main-d’œuvre qualifiée qui  ne reviendra plus dans ce métier. Encore une richesse qui s’en va.

2011/2012 rien à signaler. Rien de bon en tout cas. Toujours les mortalités, les calamités, les lamentations, les espoirs sur la recherche d’une huître résistante. Les prix continuent de monter et la clientèle peu fortunée disparaît.

Les entreprises qui ont anticipé la crise vont économiquement mieux. L’ostréiculture va produire 80 000tonnes au lieu des 140 000 avant crise et peine à les vendre, un comble !

Il n’y a pas de discours officiel cohérent, chacun tire la charrette dans son sens. L’individualisme de l’ostréiculture donne sa pleine mesure. Le nombre de collecteurs mis à l’eau est multiplié par 7 ou 8, ce qui permet de nourrir l’infection virale.

Les triploïdes sont élevées proches des bancs naturels de reproduction. Comme elles ne sont pas toutes stériles, quid du brassage des larves?

Fin 2011, l’échouage du TK Bremen à Erdeven, provoque une mini marée noire, 12 ans après celle plus gigantesque de l’Erika. Les ostréiculteurs de la Ria d’Etel seront traumatisés et pas indemnisés.

Pour la première fois, en 2012, une forte mortalité estivale des huîtres adultes triploïdes. Elles avaient pourtant été élaborées pour être travaillées l’été!

J’affine ma production à base d’huîtres naturelles. Pas de mortalités à signaler. Je continue à prendre un peu de naissain naturel pour compléter la production mais il subit des ponctions mortifères en 1ere et 2ème années.

J’arrive au bout de mon programme de réduction de la dette. J’envisage « mon » avenir avec beaucoup plus de sérénité.

2013 : On prend les mêmes et on recommence.

Le naissain triploïde se vend moins bien mais les écloseries se multiplient et s’agrandissent. Créées à coup de subventions, financées en fonctionnement par les calamités agricoles : vive la crise!

Cet été donc, retour des mortalités de naissain d’abord puis d’adultes triploïdes. La profession s’inquiète : il est temps. Le projet de moratoire sur l’élevage des la triploïde a été enterré fin 2012. Nous ne savons pas s’il y a risque d’infection des adultes naturelles.

Pour l’instant aucune casse significative à constater.

Nous avons remis l’entreprise à niveau, en matériel après 5 ans d’entretien minimum. 70% des parcs en surélevés ont été nettoyés et préparés pour 10 ans. La production en cours devrait égaler celle de l’an passé à un niveau très proche de 2008.

Toute ma carrière j’ai été persuadé de faire fortune l’année prochaine. Un ostréiculteur est un joueur qui jette ses économies à l’eau.

Je continue donc à jouer, serein. Sachant qu’il y aura des hauts et des bas »

Le faux tremblement de terre ostréicole

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Le mot de Jean-Noël sur ce qui devient une polémique, mais n’ose pas dire le fond du problème.

« Les médias titrent : « Les ostréiculteurs aux prises avec une surmortalité des huîtres adultes » (Libération, 3 août) « Vibrio aestuarianus, menace pour les huîtres » (Ouest-France, 3 août) « Bassin d’Arcachon : la triploïde au coeur » (Sud-Ouest, 27 juillet) « Huîtres : une mortalité inédite et inquiétante » (Sud-Ouest, 25 juillet)…

En réalité, le phénomène n’est pas nouveau . 60% des triploïdes adultes « prévues à l’origine » pour être commercialisées l’été, meurent, sous la présence d’un vibrio aestuarianus, pour être précis, qui s’agite sous certaines conditions climatiques.

Ces huîtres non rustiques sont plus fragiles par disparition des caractères de résistance au profit de la croissance en « supprimant » la période de reproduction. Je mets supprimant entre guillemets car en réalité, jusqu’à plus de 30% de ces triploïdes arrivent en laitance* l’été.

Rappelons nous le bon sens des anciens qui préconisaient de ne pas consommer les huîtres les mois sans R.

En ayant perdu ce bon sens au profit de la croissance économique, nous avons engendré des naissains* de laboratoire, non adaptés aux conditions exceptionnelles que présente parfois la nature.

D’où ces mortalités et dossiers de subventions pour calamités agricoles !

Dans ce domaine , les plus doués au bureau gagnent de l’argent aux dépends des plus doués en production ! »

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Qu’est-ce qu’une triploïde ?

Le bébé huître (naissain), est issu du croisement d’une huître diploïde (normale donc, comme vous et moi, 2 paires de chromosomes), et d’une tétraploïde (4 paires de chromosomes). Cette tétraploïde est produite par choc chimique sous brevet d’IFREMER. Ce brevet tombe dans le domaine public en 2015 et pourrait passer aux mains d’autres laboratoires privés…

La triploïde, issue de ce croisement, a 3 paires de chromosomes et donc est sensé ne pas se reproduire. Elle serait stérile.

Elles sont plus facilement commercialisables l’été, du fait qu’elles ne présentent pas de laitance*, cet aspect que prend l’huître naturelle en période de reproduction, et qui, de goût et de texture différents des autres périodes de l’année, la rend moins attractive au consommateur.

La triploïde présente un autre avantage au producteur : plutôt que de perdre son énergie à se reproduire, elle la met en croissance, ce qui réduit d’autant sa période de production de trois à deux ans, ce qui a (coïncidence ? ) engendré la surproduction qui a précédé la mortalité des juvéniles (huîtres de moins de deux ans) en 2008.

Peut-on différencier une huître naturelle d’une huître triploïde ?

Oui, mais au microscope ! Un professionnel aguerri pourra parfois la différencier au coup d’oeil (présence d’un talon recourbé vers le haut en forme de bec d’oiseau). Seule une traçabilité et un affichage (non obligatoire) peuvent le faire.

Qu’est-ce qu’une huître « bio » ?

Selon Bruxelles, il faut avoir une traçabilité jusqu’aux père et mère de l’huître, donc une traçabilité possible uniquement sur les huîtres de laboratoire ; Un comble : les huîtres nées en mer ne seraient donc pas « bio » selon les critères de Bruxelles !!

Y a t-il un danger pour le consommateur ?

Le seul danger connu est de consommer un produit qui ne serait pas frais, voire moribond. Seule la responsabilité de l’ostréiculteur, son savoir-faire et son éthique, peuvent garantir l’intégrité de son produit.

Parle t-on d’OGM pour les huîtres ?

Non, car il n’y a pas de manipulation du génome, seulement un changement de paires de chromosomes. D’après Bruxelles, la triploïde n’est donc pas un OGM.

Néanmoins, de nombreux scientifiques parlent d’Organisme Génétiquement Maltraité.

Pourquoi les mois sans R ?

Le bon sens des anciens…

À l’époque, il n’y avait ni chambre froide ni transport frigorifique, donc il existait un risque en période chaude. La chaleur entraîne parfois en mer, des « blooms phytoplanctoniques » d’espèces induisant des malaises gastriques très temporaires chez les consommateurs.

Pendant cette période, nous nous consacrons à l’entretien des bâtiments, du matériel, des navires, et seul le travail sur les parcs n’entraînant pas de risque de mortalité. En période chaude et de reproduction, les huîtres sont aussi plus fragiles, on les bichonne sur une à deux heures maximum, le temps de la basse mer.

Il existe des méthodes naturelles pour provoquer la délaitance des huîtres, mais ce n’est pas sans risque de mortalité.

Notre commerce se fait de mi-septembre à fin avril voire mi-mai si le printemps est très frais, ce qui a été le cas cette année.

 

PS: Ah oui, Jean-Noël me rappelle de préciser que nous n’avons pas de casse sur les huîtres adultes…

Voilà, ce qu’il fallait dire nous semble t-il. De nombreuses questions peuvent se poser, n’hésitez pas à donner votre point de vue…

La vie de l’huître 2 : la pousse

En janvier, nous avons posé les tubes (Voir ici, clic).

On peut s’attendre à une mortalité importante sur ces jeunes, très jeunes huîtres. Le naissain meurt entre 40 et 90%. C’est un pari sur l’avenir.

Je vais choquer si je dis qu’on est pas forcément contre cette mortalité… S’il n’y a pas de mortalité, avec la surenchère actuelle de pose de coupelles de captage, il y aura encore surproduction et qui dit surproduction dit surdensité, et qui dit surdensité dit : maladies.

Comme l’épizootie de 2008, où le naissain de 18 mois a souffert des mortalités. 90% de perte dans beaucoup d’entreprises.

Alors voilà, nous sommes convaincus que seule une production raisonnable, traditionnelle, comme l’élevage extensif dans le monde agricole, et non pas intensif, peut permettre de survivre.

Jean-Noël a l’habitude de dire : s’il y a trop d’huîtres sur un parc, il n’y a pas assez à manger pour chacune d’elle.

L’huître se nourrit de l’eau qu’elle filtre, n’oublions pas.

Bref, je suis allée voir, au retour du Sénégal, comment se portaient les mini bestioles sur leurs tubes.

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de la taille de la moitié de l’ongle de mon petit doigt, elle est passée à la taille de l’ongle de l’index

Sur cette photo, on voit trois huîtres collées entre elles. Le léger liseré blanc est ce qu’on appelle « la pousse ». C’est la coquille de l’huître en formation.

Dans les poches, les huîtres de 18 mois en pousse, font un bruit de grelot quand on tourne délicatement la poche. Cette pousse est précieuse, on manipule très précautionneusement l’animal.

Coupante comme un rasoir, la pousse est très fragile.

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L’hiver a été long.

L’eau de pluie abondante.

La chaleur, euh qué chaleur?

Bref, comme en hibernation, on attendait impatiemment le réveil de la nature. L’eau plus froide de deux degrés que les normes de saison, ont reculé le moment où la vie devait reprendre son cours. Les huîtres aurait du commencer leur laitance en mai. Cette période qui marque le début du cycle de reproduction, qui rend les huîtres laiteuses. On ne mange d’huîtres que les mois en « R » disent les anciens, ils avaient raison.

Nous évitons de bousculer les huîtres pendant cette période, elles sont aussi fragiles.

Nous commercialisons beaucoup moins, voire pas du tout.

Sur les parcs, le paysage change.

La végétation marine s’installe.

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On voit que, fin mai, la pousse croît.

On constate aussi, que l’huître donne l’impression de se décoller du tube.

Elle monte, en corolle quasiment, elle adhère au tube sur une toute petite surface, qu’on appellera « talon » quand elle sera adulte. Ce talon garde souvent la marque du support. Parfois, on devine un coquillage, un caillou, le dessin d’une coupelle.

La pousse dans les poches à travers les mailles
La pousse dans les poches à travers les mailles

Dans les poches, du 18 mois, qui chante.

La pousse se voit bien aussi. C’est une vision qui fait plaisir, on aime se promener entre les tables et voir les huîtres grandir.

La végétation, l'eau qui se réchauffe, et surtout la lumière. Photosynthèse, plancton... vie.
La végétation, l’eau qui se réchauffe, et surtout la lumière. Photosynthèse, plancton… vie.

Le printemps, c’est dans les jardins, mais aussi en mer.

Cette végétation est inoffensive mais il est préférable de retourner les poches, pour éviter la prolifération des mousses qui bouchent les mailles, empêchent l’eau de passer, et permettent le dépôt de vase.

Un peu de couleur dans toute cette grisaille de printemps maussade, ça fait du bien, non?

En route pour les huîtres de palétuviers

Le départ est proche. Quelques jours à peine.

Depuis l’été dernier, nous rêvons à ce projet qui fait suite à une action déjà mise en place dans le delta du Saloum, à Toubacouta au Sénégal.

C’est l’association « Vilaine et Saloum » qui a contacté Jean-Noël Yvon, en tant que professionnel ostréicole, pour juger sur place des possibilités de mise en place d’une méthode d’élevage de l’huître, dans un pays où la tradition est la cueillette de l’huître dans la mangrove, sur les racines de palétuviers.

Je ne connais rien à l’histoire de cette huître, pour le moment j’ai juste un lien vers un article (clic) qui explique ce qu’elle est, et comment elle est consommée, séchée ou bouillie.

Nous savons juste que la cueillette puis la consommation de l’huître séchée, utilise le bois de la mangrove, lui-même support de croissance de l’huître, mangrove qui s’appauvrit puisqu’il est le bois de chauffe de cette technique de consommation.

Notre objectif?

Passer de la cueillette à l’élevage, tout en ayant nous-même une connaissance des risques d’une surconsommation future, comme les maladies, je vous parlerai des mortalités d’huîtres un jour, c’est un sujet brûlant.

Aucune valise n’est prête, juste une petite liste de ce que nous ne devons pas oublier… Les vaccins contre la fièvre jaune faits et les cachets anti paludisme prêts.

Pas de photos aujourd’hui.

Ah si, une petite tout de même, il faut que je vous dise que la formation marin-ouvrier est en cours, mes deux premiers modules validés, je peux techniquement conduire le chaland avec l’autorisation du patron !

Si, si.

lymarée

 

Le jeu, c’est de me trouver, rien à gagner!

La vie de l’huître 1 : la pose des tubes

« On a reçu mille tubes ».

Bien. Je n’avais qu’une vague idée de ce que sont mille tubes. J’en ai vu des secs, des cassés, des bons à jeter, à jeter d’ailleurs, mais je ne savais pas ce que ça voulait dire. Jusqu’ici, je suis le travail de l’huître à partir du naissain de 18 mois, qu’on nous livre de Charente. Pourquoi la Charente? Parce que ce sont des endroits qui contrairement à ici captent beaucoup les larves d’huîtres. En fait même, ils ont du mal à rendre des huîtres à terme, elles cessent de pousser, mais en revanche le naissain lui, pullule, à condition bien sûr qu’ils soit traité dans de bonnes conditions.

Nous n’avons par exemple, jamais jamais jamais de naissain d’écloserie.

Bref, les tubes.

Ils se présentent en palette, évidemment, plein de tubes d’environ 1 m de long, 2 cm de diamètre. Ils sont couverts d’huîtres d’un an. De toutes petites huîtres, plus petites que l’ongle de mon petit doigt. Elles se sont fixées sur ce support, et vont, nous l’espérons, croître sur les parcs.

Mais pour ce faire, plusieurs étapes sont nécessaires, et je me propose de vous faire suivre la vie de ce naissain, d’aujourd’hui à dans 18 ou 24 mois, quand elles seront commercialisables.

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Opération défagottage

Les tubes sont livrés en fagots de 20. Il faut les mettre un à un, et 5 par 5 en tant pour tant. La manipulation est délicate, il est impératif de ne pas blesser l’huître, ni la décoller du tube, donc moultes précautions.  Jean-Noël travaille mains nues, mais il a des gants naturels aux mains, ça ne compte pas. L’huître est coupante comme un rasoir. On défait les paquets, on pose les tubes sur le chaland et on va vers les tables. Elles sont juste devant le chantier, on descend du chaland, on est 4. L’eau affleure les cuissardes, une partie des tables est invisible.

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Les tubes sont déposés sur les tables, il va falloir les fixer pour qu’ils ne s’en aillent pas avec la marée. Ce sont des tubes plastiques, creux, légers. Chacun a sa bobine de ficelle bleue, assortie au ciel ce jour là. Un léger vent nous rappelle que nous sommes en janvier, le 30.

L’eau de mer est chargée des eaux de pluie, elle n’est pas transparente comme on aime. Alors, nous travaillons à l’aveuglette. Pliés en deux au-dessus des tables, nous passons la ficelle sous les montants pour faire un tour autour des tubes. J’ai l’impression de faire un droit fil sur un ourlet, à la place de mon aiguille, un couteau. Finalement, j’enlève mes gants,ils sont gonflés par l’eau et m’empêchent de sentir et même d’attraper la ficelle. Je me souviens alors qu’il sera nécessaire de faire mon rappel tétanos.

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Hyacinthe est plus fort que moi pour faire des noeuds avec les gants

Nous voilà trempés jusqu’aux coudes, vestes, pulls itou, mais ce n’est pas grave, l’eau n’est pas si froide que quelques jours avant, et puis le soleil c’est agréable. Nous parvenons à poser les mille tubes, sans être trop sûrs de savoir si on a fait comme il faut, tant on ne voyait rien sous l’eau. Hyacinthe est allé vérifier plus tard un jour où la marée est descendue, nous n’étions pas là, et oui, le travail a été bien fait.

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La rangée de tables aux mille tubes

Et après ça, devinez : on a pris un bon café bien chaud.

Et devinez encore? On a pas encore pu aller voir comment c’était.

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 Tu peux voir le vent, le ciel, l’eau trouble. La marée remonte il est temps de faire de même, le chantier est juste au fond, le rectangle blanc, on est pas loin.

Ce sont des photos téléphone, je ne vais pas travailler avec mon Apn. Pas toujours.