Archives pour la catégorie Les Foires

Où ET QUAND TROUVER NOS HUÎTRES?

Mais oui, ça c’est une question qui revient souvent!

Il y a la solution simple de passer au chantier, en ayant pris soin de regarder les heures d’ouverture et de marée, histoire de ne pas se trouver le bec dans l’eau salée!

Il y a la solution expéditive, euh, pas vraiment parce que la logistique derrière est gourmande en temps de papier, mais nous expédions! si!

Pour ça, je devise au cas par cas, le coût étant lié à celui du transport.

Vous nous trouverez facilement dans la capitale via plusieurs formules :

Celle de Poiscaille, notre partenaire de confiance depuis plusieurs années, un casier de la mer responsable et durable, du frais vraiment frais, ils s’étendent sur la France, les bonnes pratiques devenant indispensables auprès de nous autres, concitoyens responsables.

L’épicerie Roots, un duo épatant, enthousiaste et engagé, courageux au point d’être passé nous voir cet été en famille, quelques heures de partage enrichissant… Ils proposent plusieurs produits qui correspondent à notre démarche, de la terre à la mer, avec de précieux conseils culinaires…(Maxime a travaillé chez de grands chefs!)

Si vous connaissez les Résistants, alors vous connaîtrez L’avant-Poste, leur nouveau restaurant, avec une formule encore plus proche du produit. J’ai eu le grand plaisir de les accueillir cet été, le temps était hésitant, mais eux n’ont pas hésité à mettre les bottes et arpenter les parcs! Une équipe comme une famille, avec des valeurs sûres, de celles qui donnent envie de ne jamais s’arrêter!

Je résume en une seule phrase : des fois je regrette de ne pas habiter Paris (mais des fois seulement).

Bien sûr, il y a le réseau Slow Food. Vous connaissez un convivium près de chez vous? adhérez, ce sont vos valeurs aussi, manger bon, propre et juste. Nous sommes connus de celui de Grenoble, Hautes-Alpes, Haut-Rhin… appelez-les, s’ils ne savent pas, entrainez-les !

Enfin, et ce n’est pas le moindre, nous entrons dans la saison des déplacements.

Le premier, le plus « énorme » en volume, en logistique, en folie, c’est la Foire aux huîtres de Dunkerque. Bon, ça fait plus de 30 ans alors je ne vous apprends rien… Ah ? Ok, bon, c’est la fête la plus dingue à laquelle il m’a été donné d’assister ! Au Kursaal à présent, le premier week-end plein d’octobre, 4, 5, 6, de la musique et des huîtres ! (je ne sais pas mettre de vidéo sur ce site, mais doit bien y en avoir sur la page de l’entreprise)

Le deuxième, un petit nouveau pour nous, le salon Ille et Bio, à Guichen dans en Ille et Vilaine. Anne et Jacques vont nous représenter, avec talent ! Grâce à la mention Nature et Progrès, nous avons des galons supplémentaires !

Le troisième sera en Belgique, chez nos chers amis Flamands, à Nieuwpoort, à 30 mn de Dunkerque en fait, et depuis que nous avons quitté la Criée pour une salle chauffée et confortable, je crois bien que les habitudes se prennent d’y rester plus longtemps à guincher! Cet événement a lieu les 18, 19, et 20 octobre !

Le quatrième, un nouveau et pas des moindres, le salon Marjolaine à la capitale aussi. Le salon du bio, au parc Floral. Anne et Jacques irons sur la majeure partie du salon, nous viendrons en renfort en milieu de la dizaine, avec une date de conférence sur les triploïdes prévues (le 5 novembre)

Le cinquième (ouais, j’ai les genoux qui tintinnabulent!) c’est avec l’association Macq-Madagascar, encore et toujours dans le Nord, à Marcq-en-Baroeul, à l’hippodrome. Les 29, 30 novembre et 1er décembre, avec une expo, des articles venus de Madagascar en vente solidaire, et puis nous, les huîtres!

Le sixième (!) c’est le week-end des portes ouvertes du Domaine des Galloires. Nous n’y sommes plus en chair et en os car c’est trop loin dans la saison pour utiliser ce fameux don d’ubiquité que nos enfants connaissent si bien, mais nous sommes bien représentés par la famille ! Soyez au rendez-vous le premier week-end plein de décembre !

Le septième? Le réseau Biocoop! Là où la mer ne va pas, nos huîtres vont!

Cette petite revue me fait un peu peur, vous savez que nous ne sommes qu’une modeste petite entreprise, et ces défis sont assez majeurs pour nous ! Avec Louis, notre salarié à l’année, Léo, en apprentissage, et les saisonniers que nous allons embaucher (Vinceslas et Isabelle) nous espérons que nous tiendrons la distance !

Merci d’avance de votre fidélité et de votre confiance !

Un petit rappel pour la cagnotte de Toubacouta…

https://www.leetchi.com/c/solidarite-toubacouta

Publicités

La récolte

L’automne verse ses couleurs en arbre et en douceur sur la Ria d’Etel, comme partout ailleurs. Nous vivons dans un endroit privilégié, ni trop, ni trop peu. J’en sais le précieux, chaque fois que j’allume l’écran noir, qui ne montre qu’images dévastées, d’eau, de vent, de feu. 

Et je me souviens des coquelicots. 

L’automne est au chantier ce que la moisson est au blé, l’été. 

Depuis plusieurs semaines déjà, nous levons les poches. Je dis nous, mais c’est plutôt « eux » devrais-je préciser. 

Nous entrons dans la période des dépressions, avec les vents qui gardent l’eau bien à l’abri de la Ria, ces marées où la mer ne descend pas beaucoup. Alors, le chaland reste à hauteur de hanche, et au fur et à mesure du chargement, la hauteur des piles est telle qu’il est très difficile de « lever » les poches. 

Et je ne raconte pas que le fait de lever les bras, laisse toute la place à l’eau glacée de couler de la main à l’épaule, mais c’est sans gravité, car ça donne chaud les marées! (emoji qui rit)

En attendant, une fois à terre, à quai plus exactement, le chaland est déchargé, les poches sont déficelées et vidées en container, pour que les huîtres soient triées et calibrées. 

J’avais déjà expliqué les codes couleurs des mannes, code mis à mal quand il n’y a plus assez de mannes! 

Il n’empêche que le tri, c’est une histoire de rangement et de stockage. On met dans le bassin submersible les huîtres qui partiront dans les 15 jours, pour les préparer à l’expédition : rappelle-toi ce « bassin de trompage » où fermer la vanne empêche l’eau de mer d’entrer, et donne aux huîtres l’occasion de faire un peu de sport, à savoir muscler l’adducteur qui maintient sa coquille fermée ! Elle pourra s’entrouvrir, bailler, quand la vanne sera ouverte : l’eau change la pression atmosphérique sur l’huître, signal pour le bivalve que c’est le moment de manger et de se relâcher!

Un peu avant Noël, un bassin bien plein est bon signe !

Tu vois que nous ne dépassons jamais 3 hauteurs de mannes, pour que les huîtres soient toujours immergées quand le bassin se remplit et surtout pour que les huîtres du bas ne soient pas noyées de sédiments, de vase et autres particules créées par la présence des huîtres au-dessus! Nous avons de la place, autant ne pas hésiter, les coquillages n’en profiteront que mieux!

D’autres huîtres sont remises en poches pour passer un stade de « finition » ou « d’affinage » même si l’affinage ici n’a pas de sens règlementaire réel. Nous n’avons pas de bassin d’affinage, comme en Charentes ou à Marennes avec les « claires ». Si un jour quelqu’un vous parle d’huîtres bretonnes de claires, c’est du pipeau, car les claires n’existent pas en Bretagne, point. Elles existent des rives de la Loire à celles de la Seudre. Ce sont souvent d’anciens marais salants, des bassins creusés par l’homme dans l’argile. Elles apportent une spécificité toute particulière au mollusque. Et je voudrais vraiment goûter un jour ces huîtres si belles, vertes de navicule bleue, élevées avec le respect des densités. Oui, j’ai des lacunes gustatives, ne connaissant que, ou presque uniquement, les huîtres de Listrec! (J’ai goûté la Virginica, la hollandaise, la Gazar, c’est déjà pas mal pour quelqu’un qui n’aimait pas les huîtres avant!)

Ici, nous aimons parler d’affinage quand nous finissons d’apprêter les huîtres : nous les remettons sur tables où elles vont pouvoir se gorger tout à loisir de planctons, dans des poches propres, pas trop pleines, et donner à sa chair une belle qualité. 

Ça me fait penser que peut-être il faudrait écrire quelque chose sur les fines, les fines de Bretagne, les fines de claires, les spéciales etc…

Des termes usuels, familiers pour nous, qui, au vu des questions qu’on nous pose parfois, ont le don de tout mélanger entre la réalité et la fiction, commerciale évidemment. 

Nous mettons aussi de côté quelques beaux morceaux, des huîtres de sol, draguées, qui avaient été oubliées les années d’avant… Une année, j’en ai envoyé deux à de jeunes enfants, véritables amateurs d’huîtres, sous forme de petit coffret « Chaussons » du père Noël! Elles étaient plus grandes que ma main !

J’aime cet arbre, dans les saisons intermédiaires, l’automne et le printemps. 

La saison est lancée, avec ses bouleversements habituels, ses retournements de situation, dus à la météo, à l’actualité, à l’humeur des patrons!

Nous espérons que vous aurez l’occasion de goûter vous aussi ce produit d’exception, exceptionnel pour toutes les raisons que vous pouvez imaginer, propres au produit lui-même qu’il faut préserver dans son intégrité ainsi que par ce travail que nous faisons, en dialogue avec dame Nature, même quand ça nous épuise. 

Le fait de vous rencontrer nous donne souvent l’énergie qu’il faut!

D’ailleurs, nous sommes à Marcq-en-Baroeul la semaine prochaine, le premier week-end de décembre, à l’hippodrome, avec la Bouée Bleue et l’association Marcq-Madagascar!


La chaleur est au Nord, aussi

IMG_7938

Sébastien m’a demandé de raconter, comme je racontais la marée.

Alors, depuis quelques jours, je cogite, je tourne, j’alambique, je refais le monde, et je me souviens.

Mais qui suis-je pour raconter ces moments incroyables, ces parenthèses hors du temps, hors d’heures, où il nous arrive de ne pas voir la lumière du jour, ni de s’assoir, ni de manger, ni de respirer parfois?

Alors j’essaie, je tente, il y aura des lacunes, volontaires et involontaires, les prénoms seront peut-être vrais, peut-être pas, mais peu importe, n’est-ce pas?

La première fois, on me disait, « tu vas voir, Dunkerque, c’est incroyable », « c’est quelque chose ». Et on plissait la bouche, on ouvrait des yeux ronds, mais on ne me disait rien de plus, rien qui ne me prépare réellement à « Ça ».

« Ça », c’est certainement la plus grande dégustation d’huîtres ouvertes en assiettes sur trois jours, de France, d’Europe, et peut-être plus. Je défie quiconque de me trouver un événement où sont ouvertes 7 tonnes d’huîtres sur trois jours, 3 autres tonnes vendues en paniers à emporter.

Bref.

Ça, Sébastien s’en fout un peu. Il le sait, le nombre d’huîtres ouvertes. Son poignet l’en a bien informé, et aussi, les palettes qu’il descend de la semi. Avec son Baptiste, il « dépote », et à eux deux, ils savent bien ce qui est sorti du « frigo ».

Baptiste est musicien. Et cuistot. Ou l’inverse. Sans doute qu’en cuisine, il laisse aller son imagination comme le rythme de ses baguettes sur la caisse. Je ne sais pas les langages des batteurs, mais je sais le rythme, et à Dunkerque, il est dense.

Et ils dansent.

Ben et Steevy donnent du Sardou, du Love me tender, et des plumes se trémoussent sur la scène quand ils se posent enfin.

IMG_7919

14 à ouvrir. 14 écaillers, c’est comme ça qu’on les appelle, écaillers, avec des ostréiculteurs dedans.

Et du coeur.

Nous sommes en manque du Bosco, de Christian, et aussi de son fils Lionel. Des fidèles entre tous, qui n’ont pas pu être là. Il n’y aura pas la sieste de Dédé, assis sur un coin de chaise, il n’y aura pas l’attention de Christian, la crème, qui veille au bien être de tous, il n’y aura pas son fils, abonné depuis des années, parce qu’il commence un nouveau job, dans la vraie vie. Il y a des petits nouveaux, qui ne savent pas encore. (Depuis, ils se sont réinscrits, pour celle de Nieuwpoort et celle de Marcq-en Baroeul, des fois qu’on aurait besoin).

Le dress-code, c’est le tablier jaune et les gants. J’avoue ne pas mettre le tablier, car à vrai dire, ce n’est pas très pratique pour courir. Ma place est à part, pour au moins trois raisons, je suis l’entre deux, et l’huile dans les rouages. En début de file, j’ouvre les huîtres plates, à un autre rythme que celui des creuses, flux tendu et multitâches.

Il y a les premières heures où tu ne lèves pas le nez des huîtres. Parce que tu apprends le geste. Aucun d’entre nous n’avait réellement ouvert des huîtres, avant. Une douzaine par ci, une autre par là.

Rien quoi.

IMG_7932

Dans un panier de 15 kilos de numéro 3, il y a 180 huîtres. Et des paniers de 15 kg, il s’en ouvre des dizaines, en numéro 2 aussi…

Je crois bien que tous, on a essayé de compter combien ça pouvait faire d’huîtres. Au bout d’une heure, sans doute avant, on ne compte plus, on s’étourdit. On renforce les poignets, on étire les épaules, on souffre un peu, et puis on a chaud, suffisamment pour se trémousser au son des musiciens sur scène, on accélère le rythme, ça y est, c’est presque facile. Demain sera un autre jour, au petit matin, quand on découvrira les muscles dont on ignorait jusque là l’existence.

Il y a la pause casse-croute, prise debout, ou assis, sur un bout de table, en regardant défiler les gens qui bravent le soleil du nord, pour venir passer un moment en famille, entre amis, entre collègues. On voit la file d’attente faire plusieurs dizaines de mètres, elle va loin, elle dure trois quart d’heure à certains moment, et nous admirons la patience, l’envie, le plaisir d’être là pour faire la fête.

Les piles d’assiettes remplissent l’étal de glace pilée. 5 couches. De 12. Des centaines.

IMG_7936

Dunkerque, c’est l’impossible compte, tellement ça paraît trop, tellement il faut le voir pour le croire.

On se parle d’oreille à oreille, pour lutter contre la folie sonore, on se raconte des blagues, on sourit aux gens, on leur raconte des blagues, on oublie tout ce qui n’est pas l’instant présent, les factures, les soucis, la douleur. On fait des photos, parce qu’on est ébahis parfois de tout ça, on fait des petites vidéos pour montrer aux enfants « t’as vu, j’y étais! »

Ce truc incroyable, né il y a plus de 30 ans, une histoire entre copains qui voulaient faire une dégustation d’huîtres comme au Port-Rhu, une histoire devenue légende, c’est la foire aux huîtres de Dunkerque, une aventure avant tout, humaine.

Quand on arrive de Bretagne avec notre « micro-bus », on est accueillis par la Bouée Bleue.  La Bouée Bleue, c’est un ensemble de types, un peu fous, très motivés, très joyeux, très courageux, qui oeuvrent pour les gens de mer.

En vrai, ce sont des types qui sont à la retraite ou qui prennent 15 jours de congés sur l’année pour être là au moment des foires, qui donnent de leur temps sans compter tout au long de l’année. L’esprit associatif à Dunkerque n’est pas qu’une idée floue.

Des gars, oui, c’est la Bouée Bleue, exclusivement masculine, j’ai cessé de faire des commentaires là dessus, il y a des choses qui ne changent pas. La Bouée Bleue ce sont des hommes, mariés, et tous ont des femmes qui déploient sans doute des trésors de patience, des heures d’abnégation, des jours d’impatience, et surtout qui sont là, tout autant que leurs hommes… en caisse, en service sur table, en cuisine, au self service, à leurs côtés… partout.

À se demander parfois si la Bouée Bleue sans ses femmes tiendrait la route… je sais la réponse, tout le monde sait la réponse, mais elle ne sera jamais dans les statuts ;-), joke.

Alors on fait la bise, deux, et à deux j’en fais quatre, c’est comme ça.

IMG_7924

Je connais enfin la majorité des prénoms, mais ça n’a pas été facile. Parfois je confonds encore, alors que je reconnais bien. Les femmes, pour beaucoup, restent quand même souvent « la femme de », et j’avoue que ça ne me plaît pas. Mais ça fait plus de 50 personnes à mémoriser, et en trois jours, bien souvent, on a pas le temps de discuter, de savoir qui on est vraiment, qui se cache sous la vareuse bleue.

On a pu tisser des liens avec certains, lors du repas du dimanche soir ou du lundi, ou de passages en Bretagne, au jardin, à admirer le bleu de la mer. Et quand on se revoit, on se reconnaît un peu mieux, le sourire est vrai, jusqu’aux yeux.

Avec les écaillers, en revanche, quelque chose de particulier se tricote. Est-on frères et soeurs de foires comme on serait frères ou soeurs de bataille? Se rapproche t-on parce qu’on a vécu ce moment si fort, si dense, si dur parfois, le tout dans la bienveillance et le respect?

Si chacun de nous a une personnalité propre, indépendante, secrète, elle se dévoile sans doute un peu quand le masque tombe. On va vite à l’essentiel quand le temps manque, quand l’enthousiasme est si communicatif qu’il envoûte, quand la fatigue fait dépasser les bornes du langage, et que la confiance d’une épaule étanche la soif.

Lundi soir, nous sommes revenus de Nieuwpoort en Flandres. Là, encore, il s’est passé des moments que je qualifie d’extra-ordinaires, de chaleur et d’émotions.

371df3ba-c3db-4750-b154-9e64356ce2ba
Merci à la photographe de la ville de Nieuwpoort pour cette photo

Par exemple, Dominique qui sert une excellente soupe à la crevette et nous serre dans ses bras le dimanche soir, la voix pleine de compliments, qui a tenu à venir nous présenter sa petite fille, qui voulait aider, mais on ne fait pas encore travailler les enfants…

IMG_8040
Je t’assure que la pause est méritée

Et puis, la lumineuse idée de Jean-Noël d’embaucher un écailler flamand… Arlette nous présente son beau-frère, appelons-le Robert, récemment veuf, tout pétri de tristesse et de solitude. Robert a peur de ne pas savoir faire, mais il est volontaire, il a envie d’essayer. Trois jours durant, il nous a ému de son sourire et parfois de ses larmes, de son courage à rester debout du haut de ses 79 printemps, de son plaisir communicatif. Trois jours pour retrouver le sommeil perdu, apprendre tout ce qu’il faut sur les huîtres pour traduire à ses compatriotes, retrouver des connaissances égarées depuis 40 ans, embrasser des amis, la famille… Retrouver un peu le goût de vivre, dans cette famille que nous sommes, écaillers improvisés, professionnels, habitués, nouveaux, et fidèles.

Je ne sais pas bien , Sébastien, si tu voulais que je raconte comme ça. Nous nous devons de garder en nous les particules de bonheur qu’on ne sait pas dire, les cataclysmes silencieux qui ne se voient pas. Nous pouvons juste ébaucher un trait de crayon qui donne une vague idée de ce qui se passe là, une somme de liens, de bouts, de cordes, qui font de nous une chaîne solidaire et résistante, toujours à l’affut de son maillon le plus faible.

C’est ainsi que font les gens de mer.

Nous nous revoyons dans un mois, mon frère.

IMG_8044

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marcq-en-Baroeul 2014

Voilà.
La saison des foires se termine.
Une fois encore à Marcq en Baroeul et l’association Marcq Madagascar aidée dans la logistique par les pros de la Bouee Bleue, la fête a été réussie.
87 kilos vendus en plus, c’est pas mal pour les années économiques que l’on traverse (6,4 tonnes à la louche dont 4 ouvertes à la main)
Dominique a eu la bonne idée de nous prendre en photo portrait, alors hop, petits montages :

IMG_0692.JPG

IMG_0693.JPG
Mais aucune photo ne peut réellement transmettre les émotions et les échanges qui se sont faits cette année encore.
Et je n’ai gardé aucune preuve de notre dîner en Belgique, dimanche soir, à la clôture de la fête des huîtres, chez un couple flamand, pour aller y revoir notre ami Moussa Mane de Toubacouta du Sénégal qui était reçu pour trois semaines par un couple rwandais!! Un aller retour sur les rotules mais tellement indispensable à honorer quand on sait que Moussa quitte le Sénégal pour la première fois, si proche de nous alors, qu’on ne s’est même pas posé la question!
Le monde est petit, quand les réseaux d’amitié se font de plus en plus grands et larges et qu’on a la sensation inconsciente qu’il se passe des choses qui nous dépassent, plus grandes que nous, auxquelles on participe à notre échelle microscopique.
Et ces soirs là, on se sent aussi petit que plein d’espoir, certains qu’il y a de belles personnes au coin de la rue, là où on ne s’y attend pas, surpris encore, par ce qu’apporte ce métier, ces possibles rencontres merveilleuses, au delà de toute fatigue, de tout renoncement.
Le camion acquis tout récemment par l’union des ostréiculteurs du Sine Saloum à fait sa première tournée, et le pli est pris pour que les prochaines rotations se passent le mieux du monde.
Ils étudient la façon de fabriquer des paniers en feuilles de « je ne sais plus quoi » tressées pour le transport
Et nous avons réitéré la promesse que nous y retournerons.
Marcq en Baroeul, ma première foire sans Michel, la deuxième pour Jean Noël, une fête riche de rencontres et amicale, de quoi vouloir persévérer encore.

IMG_2386.JPG

Slow Food, Slow Fish, Slow, SLow, Slow

Non, pas de slow à Slow Food ni Slow FIsh, juste un retour très Slow de fatigue!
Énorme salon que le Salone del Gusto, et dixième anniversaire de Terra Madré qui est la rencontre entre ceux qui cultivent, ceux qui transforment, ceux qui commercialisent et ceux qui consomment pour une production locale, durable et traditionnelle. J’ai entendu le terme « glocal » de global et local.

Je te rappelle juste maintenant ce qu’est un produit sentinelle : un témoin de l’environnement, une éthique de travail et le respect d’un produit. C’est une image à laquelle nous tenons et dont nous sommes fiers : nous faisons des huîtres naturelles, et quand on nous pose la question, ah bon, il y en a qui ne le sont pas? nous rentrons dans le détail des huîtres d’écloseries et du danger potentiel qu’elles représentent…

Je ne retrouve pas sur le net la surface d’exposition du salon, mais elle se passe au Lingotto, le plus grand centre de congrès d’Europe, accessoirement l’ancienne usine Fiat (500m de long).

IMG_0649.JPG
J’ai lu du 80000 m2 d’exposition, plus de 170 pays (sur place on m’a dit 175) et 200000 visiteurs sur 5 jours.
Ces chiffres ne veulent rien dire tant qu’on a pas vu ce que c’est.
Nous mettions 10 mn de l’entrée du salon à notre Stand en traversant les trois pavillons du mercato italiano où je n’ai pas pu rester baver, le couloir appelé street food et pizza piazza et enfin atteindre le pavillon Oval, l’international, patinoire olympique n’est ce pas.
J’ai eu le bonheur de rencontrer des membres de convivium Slow Food Gap, que je ne connaissais que de voix et de mails, peu de français parmi les exposants, mais les meilleurs près de nous avec le Noir de Bigorre, et du fromage de Savoie.
J’ai rencontré un pêcheur d’huîtres sauvages hollandais, un autre de plates irlandaises, que j’ai pu goûter fumées, j’ai goûté l’huître cassostrea virginica du Canada, et parlé anglais et encore anglais et très mal anglais, mais sans cet anglais scolaire donc très très lointain, je n’aurais absolument pas pu communiquer. C’est que dans deux ans, si on refait ce truc un peu fou, j’ai deux défis : apprendre l’italien, et me commander une nouvelle paire de jambes de rechange, parce que je ne savais plus où se trouvaient mes pieds à la fin du Salon…
Il y a eu des aventures aussi.
Les conférences sont des aventures.
La première, je croyais que c’était la deuxième, alors tout s’est fait pouf pouf, puisque je connaissais un peu le sujet heureusement! Avec Pierre Molo, le monsieur plancton et maître à penser « huîtres » de Jean Noël.

IMG_2182.JPG

C’était sympathique avec un public convaincu, petite salle et des gens que je connaissais un peu, même pas presque pas peur.
La deuxième là, c’était beaucoup plus formel, dans la salla Rossa, au bout du pad 1, facile à repérer puisque sa couleur comme son nom, rouge.
Et grande.
Et mon nom sur la table à côté de grand pontes, scientifiques, universitaires, pêcheurs, membre de la commission européenne, universitaire.
Aquaculture, solution ou problème ?
J’ai eu un peu de frissons car les premiers intervenants n’allaient pas dans mon sens, à louer l’aquaculture. Moi pas.
Et puis un universitaire John Volpe a enfin mis un peu de bémol.
Idem pour le modérateur, Silvio Greco, biologiste marin (entre autres)

IMG_2186.JPG

IMG_2159.JPG

J’ai été brouillonne, pas dit ce que je voulais mais pas grave c’était ma première expérience dans ce domaine et je ferai mieux la prochaine fois.
Un anglais et un pêcheur de truite écossais et en kilt sont venus m’interroger à la fin, où j’ai du déployer des trésors d’imagination pour parler de naissains, de mortalités, de densité, en anglais of course.

J’ai appris tellement que je ne me souviens pas de tout.

Je me suis bien amusée à l’atelier du goût organisé entre les sentinelles slow food des huitres du monde entier, il fallait ouvrir des huîtres, en extraire la chair pour la poser dans un gobelet affichant pour moi la lettre C, tandis que les autres faisaient de même avec d’autres lettres, et que les amateurs présents faisaient une dégustation à l’aveugle.

L’huître sentinelle bretonne est arrivée exaequo avec deux autres dont je ne peux pas te dire le nom, en première place. Et toc. 🙂

Nous avons ouvert environ une tonne d’huîtres en assiettes de trois ou six, maintenant je sais dire trois et six en italien, mais je ne sais pas encore l’écrire, aïe, je sais aussi demander trois cafés américains et s’il vous plait en plus, je sais dire, Risotto, Farinata Pesto, et Mozzarella di Buffala, j’en pleure encore de n’avoir pas pu en rapporter, c’est à se taper sur les doigts de ne pas l’avoir fait, d’avoir préféré remballer les huitres restantes dans le camion, d’avoir rangé le stand, d’avoir ramené les plats en trop, d’avoir….

Les Slovènes et les Polonais ont fait de nombreux tours à notre stand parce que les huîtres vont bien avec leur vin, ou parce qu’on parlait bien anglais pour des français, va savoir.

Il manquait un truc quand même, sur toute la durée du salon il n’y avait pas de musique. Et pour qui ouvre des huîtres des heures durant, la musique c’est bon pour les mains, pour les jambes, pour l’allant du sourire.

Je ne sais pas si je dois te raconter l’aventure du retour des huîtres… non, je ne sais pas, je vais attendre de voir si elles se remettent de leur bain en mer du nord….

Si elles pouvaient parler, elles diraient Amsterdam!

En attendant, cap sur Marcq en Baroeul, où la quinzième fête des huîtres nous attend sous l’hippodrome, avec l’association Marcq Madagascar et la Bouée Bleue qui continue de tenir debout malgré tout.

Là, je sais qu’il y aura de la musique et des sourires, si.

Prego…

Dunkerque, Nieuwpoort, Turin… Octobre voyageur!

Je voulais faire un billet exclusif sur le retour de Dunkerque, mais ce ne sera pas possible. Trop à faire, trop à dire.

Dunkerque aura un goût très particulier cette année.

L’ambiance a encore été parfaite. L’esprit de la fête, la convivialité, l’investissement de tous, l’humour même au plus fort de la fatigue.

Jean-Noël disait que pour faire cette foire là, et tenir sur ce rythme pendant trois jours, il fallait que chacun de nous ait un caractère particulier. Moi, je dirais qu’on a tous un grain.

J’ai remercié les musiciens de l’orchestre, car j’ai constaté que c’est plus facile d’ouvrir des huîtres en plein rush quand il y a une musique bien dansante. Et ce fut le cas.

Nous avons tous dandiné Dalida ou autre derrière notre stand à un moment donné. J’ai même une vidéo qui… ah mais non, je ne peux pas tout vous montrer, il faut venir voir!

Dunkerque aura une saveur particulière cette année, car au retour nous avons appris une nouvelle dramatique, et je crois que personne ne la digère encore.

Ce que je peux vous dire, c’est qu’il faut profiter de l’instant présent, des moments de bonheur en famille et prendre soin de soi.

1-20141008-095506

J’aurais voulu te faire une galerie de portraits. Histoire de dire comme chacun est impliqué, heureux d’être-là; il y en a beaucoup qui posent leurs congés chaque année pour venir parmi les écaillers, et à la Bouée Bleue c’est pareil, sur une période encore plus longue car ils ont la préparation du chapiteau et son démontage ensuite.

1-20141008-095422

Merci à eux d’être toujours là, fidèles au poste, avec le sourire. (Les photos sont vraiment très moches, mais je n’ose pas emporter mon APN avec les mains mouillées). Merci à Anne-Marie et Michel, encore plus.

But the show must go on, comme dit Pierre-Yves, et voilà que Nieuwpoort approche.

Quoi qu’est ce? La même chose que l’an dernier, mais en mieux c’est sur 🙂

La « Verrassend Maritiem Nieuwpoort » c’est une foire aux huîtres aussi, qui se passe dans le bâtiment de la Criée. On y parle flamand, on y roule les R, on dit Damen, Kaffee, et on ouvre plein d’huîtres encore. Cette année je n’y serai pas, puisque mon coeur est en Italie.

(je te mets des photos de n’importe quoi, y’a prescription, Nieuwpoort 2012)

1-NIEUWPOORT1

Non c’est une blague, mais les dates de Nieuwpoort (24, 25, 26 octobre) sont pile les même que celles du Salon du goût (attends, je te le dis en italien, c’est plus joli : Salone del Gusto e Terra Madre) à Turin, ce fameux salon, immense, où se rassemblent 107 nations qui présentent leurs productions locales à préserver et/ou menacées.

Le mouvement Slow Food a été créé en 1986 par Carlo Petrini, en Italie, en opposition au Fast Food. Il souhaite sensibiliser les citoyens à l’écogastronomie et l’alterconsommation. Ça fait barbare comme mots, mais c’est surtout pour oeuvrer contre l’uniformisation, la reconnaissance de pratiques d’élevage ou de culture, éthiques et responsables humainement et environnementalement.

Il se trouve qu’on ne peut pas être dans deux endroits à la fois, je me suis désignée volontaire pour l’Italie 😉 mais je le paye un peu car je vais devoir assurer les conférences qui auraient dû incomber à Jean-Noël.

Ceux qui peuvent venir, auront la possibilité de me voir à une conférence intitulée « L’acquacoltura: soluzione o problema?  »

le dimanche midi et une autre le samedi matin « all rivers run into the sea ».

Oui, je sais, rien en français. Normalement si, je pense que ce sera traduit, mais depuis deux semaines je reçois plein de documents ou en italien ou en anglais et je finis par ne plus savoir comment je m’appelle…

Dans la première conférence j’aborderai par l’exemple les effets de l’aquaculture chez nous, ses dérives surtout. Mais j’espère bien en faire un parallèle avec le Sénégal où on espère mettre en place quelque chose de raisonné et raisonnable, même si, l’humain est ainsi fait, la recherche de profits immédiats conduit presque irréversiblement vers des erreurs que d’autres  commettent avant nous sans qu’on en tienne compte, des erreurs qui sont peut-être nécessaires pour avancer?

Dans la deuxième, c’est plus facile, ils me demandent de parler de l’expérience du Bassin Versant de la Ria d’Etel (un peu le billet précédent sur la qualité d’eau) de Jean Noël, en parlant « d’échelles » genre les petites rivières font les grands fleuves.

Il y en a une autre prévue, mais je crois que c’est plus sur des échanges avec d’autres pays, sur les expériences de chacun. Si on arrive à se comprendre bien sûr 🙂

C’est un défi pour moi, un enjeu aussi, très excitant et sans aucun doute extrêmement enrichissant. Je ne manquerai pas de vous faire un rapport si j’en reviens en vie.

A tutti!

Les « retours » de la fête des huîtres de Marcq-Madagascar

20131118-204758.jpg

Voila, le retour s’est bien fait, nous sommes en Bretagne.
Les huîtres restantes de la fête vont revenir demain. On dit alors « les retours » d’où le titre à multiples facettes. Il y a des retours car nous préférons ne pas manquer d’huîtres sur place, même si nous aimons rentrer « à vide ».
Les huîtres seront toujours vivantes, bien emballées dans leurs paniers cerclés.
Mais il va falloir les dorloter pour qu’elles se remettent de leur périple.
Elles seront toujours restées au frais, dans le camion réfrigéré loué sur les trois jours. A vrai dire, ce camion servait plus de coffre fort pour la nuit, car la température extérieure à Marcq n’a pas souvent dépassé les huit degrés…

20131118-203511.jpg

Demain, elles seront là. Nous allons les sortir de leur emballage, pour les remettre en poches. 170 huîtres dans chaque poche.
Une fois ce conditionnement réalisé, il faut réadapter les huîtres à leur milieu, ne pas leur créer un nouveau choc.
Les poches seront posées « à la côte » c’est à dire, à sec, sur l’estran, à basse mer.
L’eau va remonter doucement, lécher les poches, et les recouvrir en un peu plus de cinq heures de temps.
J’imagine que les huîtres vont « renifler » le parfum de la mer, s’ébrouer dans leur coquille, se réveiller de leur léthargie et pouvoir bailler enfin pour se nourrir.

20131118-204811.jpg

Les « retours » que nous avons sur la fête, sont très positifs.
Beaucoup de plaisir à entendre les commentaires élogieux sur la qualité des huîtres, sur l’ambiance créée à la fois par les bénévoles de l’association Marcq-Madagascar, et les bénévoles de l’association partenaire de la Bouée Bleue, ainsi que tous les participants.

Nous tenons à préciser que c’est au minimum 95% des bénéfices qui sont reversés à Madagascar. Nous sommes heureux d’y contribuer, car cette action entre dans notre éthique.