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S’emballer

De temps en temps je peux être prise d’une frénésie de changer les choses, et c’est le cas. Comme si les températures négatives (enfin un véritable hiver!) qui forcent à hiberner, faisaient voir le monde sous un angle différent.

Ça fait un moment, voire quelques années, que nous voulons changer l’emballage, le packaging si tu préfères. Le bleu et le orange me sortaient par les yeux, presque. Sauf que ça ne se fait pas comme ça, changer l’emballage c’est changer l’image, c’est un peu comme si on nous faisait de la chirurgie esthétique de la bourriche.

Et c’est un coût aussi. Le chirurgien du packaging perçoit des devises, ça se comprend.

Alors, dans ma petite tête, je mettais des lignes, une belle écriture bien moderne, une adresse et celle du blog, peut-être même les qualités organoleptiques de l’huître, je t’aurais pourquoi pas mis une recette, et puis j’aurais tout misé sur le nom qui est un prénom, alors j’aurais aussi mis le prénom, c’est là que le patron il voulait que je mette mon nom, qui est le sien, qui ressemble à un prénom, mais que moi je trouvais ça trop long, et puis des noms prénoms, ça fait croire que c’est quelqu’un d’autre, alors je ne savais plus…

Du coup, laissé tomber on a.

Et puis en décembre, le orange et le bleu m’est encore sorti par les yeux, presque.

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J’ai appelé le chirurgien, pour lui demander comment allait se passer le premier coup de scalpel, et jusqu’où on pouvait aller.

Le chirurgien s’est bidonné. Il devait appeler aussi, parce que de toute façon, on ne pouvait plus garder la même tête. L’emballage orange et bleu est devenu collector depuis le 5 janvier, plus jamais jamais il ne pourra se fabriquer. Les 5000 m2 de la clinique ont totalement brûlés, et les outils aussi.

En gros, je t’explique :

Nos emballages sont imprimés à partir d’une maquette, qui est un bronze. Genre un bas relief sur lequel on te passe l’encre et le contreplaqué. J’imagine que c’est pas tout à fait ça en vrai, mais c’est ce que je me représente : un gros rouleau d’imprimerie, en bronze, qui dessine sur le bois joli.

Ben le bronze, il a fondu.

Nous vla bien.

Parce qu’il ne nous reste que très peu de bourriches personnalisées après les commandes de Noël. Tu te doutes qu’on fait un stock en prévision de ce qui va partir, on essaie de rester dans les clous pour ne pas se retrouver envahis de paniers, ça prend de la place ces machins là.

Et en janvier, on commande de nouveaux paniers pour les mois du printemps et de l’été.

Ça, on oublie.

On pourrait changer de fournisseur.

Mais on l’aime bien notre fournisseur et je n’aimerais pas perdre tous mes clients pour un coût du sort aussi chaud.

D’aujourd’hui à septembre, on va se retrouver avec des emballages vierges, anonymes, sans bleu, sans orange, tant mieux, mais sans rien du tout, tant pis.

Genre ça, qu’on vient de recevoir, et c’est donc pas encore rangé.

Ah si, y’a du « huîtres de Bretagne » dessus. Bleu. Brrrr.

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Alors, je lance une grande souscription d’idées, la première bourriche créée par celui qui la reçoit, une bourriche où figurerait ce que toi, consom’acteur tu veux y voir!

Parce que je connais des gens qui font de leurs bourriches un panier pour le chat, un vide poche, une boite à chaussettes ou à soutien gorge (qui aurait pu dire que j’aurais écrit soutien gorge sur un blog qui parle d’huîtres!), un range couverts, ou de serviettes de table, bref, des boitatou, personnalisées.

Evidemment y’a des contraintes imposées :

Les mots YVON, HUITRES, NÉES EN MER, LISTREC, BRETAGNE, L’ADRESSE DU BLOG, doivent figurer.

Tu m’écris à l’adresse suivante : huitres.yvon@free.fr

Et tu as jusqu’au 15 février!

J’ai déjà mon idée, je voudrais juste la confirmer 🙂

A gagner : ma reconnaissance!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Mais alors, si tu ne vends pas d’huîtres en été, que fais tu de tes journées? »

C’est vrai ça !
Les huîtres, naturelles, diploïdes comme vous et moi, l’été, on ne la bouscule pas.
C’est le moment propice à la reproduction, c’est là qu’elle met son énergie, et la manipuler, la sortir de l’eau, la bousculer sur un tapis, elle n’aime pas.
Le consommateur non plus n’aime pas plus que ça les huîtres laiteuses.
Quelques irréductibles pourtant sont venus en chercher au chantier, et nous avions laissé à leur intention, deux ou trois mannes, pas plus, d’huîtres dans le bassin.
Bon, mais c’est pas ça qui t’occupe. Quoi donc alors?
Figure toi qu’un chantier, c’est un chantier toute l’année. Alors l’été, on fait du propre.
Cette fois, nous avons vu grand, on a amélioré les conditions de vie des salariés en rangeant ailleurs que dans le vestiaire, les outils épars. On a même sorti les pinceaux, un beau bleu indien, un beau blanc blanc, et même j’ai appris à mon patron à faire du carrelage et les joints idoines.
(C’est que j’en avais déjà fait une fois, donc je savais mieux que lui).

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Et le truc le plus important, primordial, en été, ce sont les parcs.
Les huîtres aiment l’eau, mais nous aussi, on aime l’eau d’été, avec ses quelques degrés supplémentaires. D’ailleurs, ne commence jamais l’ostréiculture en été, tu déchanterais vite aux premiers frimas de l’automne…
Dans l’eau comme dans les jardins, dès le printemps et tout le long de l’été, les températures douces aident au développement de végétations, fort jolies au demeurant, mais quelques excès de plantes se fixent sur et sous les poches, et là, il faut agir.
Alors, pendant l’été où ton corps s’imagine qu’il va se reposer, il faut lui remettre en mémoire les quelques 6000 poches qui sont sur les tables, et qui doivent être surveillées.
À trois, s’occuper de 6000 poches, ça prend quelques marées. Des longues. De celles dont tu ne te plains jamais, mais où ton oeil surveille, désespéré, le niveau de l’eau qui a l’air de ne jamais vouloir remonter.

Ferme les yeux et imagine.
Un souffle d’air tiède te caresse le visage (ou bien des embruns car il n’a pas toujours fait beau, faut pas croire) et le chaland te mène sur les rangées de tables, à la Pointe, ou au Gamen, ou à La Roche, ou sous le vieux bassin, ou…
Là, tu descends en cuissardes, parfois encore en cottes, parce que souvent il y a beaucoup trop d’eau pour aller sur les tables les plus au bord du chenal (au niveau bas dit-on) armée de ton bâton. Et.
Et ben tu prends ton courage à deux mains.
Le poches sont méconnaissables, invisibles sous les longues algues vertes, filamenteuses et douces, et qui s’agrippent à tes gants, tes poignets.
Tu décroches devant toi, et de l’autre côté de la table, et tu saisis un côté de la poche. Ouiche. Sous la poche, il y a des mousses. De magnifiques bestioles, imprimées de dessins géométriques, répétitifs, colorés, orange, blanc, noir…qui, gorgées d’eau, pèsent le poids d’un âne mort.
La poche où en fin d’hiver tu as mis 5 kg de cailloux, a multiplié par trois son poids.
Alors, sur des rangées de 150/170 poches, tu tiens comme tu peux la poche debout sur son côté, et avec le bâton, tu tapes sur les mousses pour les décoller et les rendre à mère nature. Et tu tapes fort.
Les huîtres, à l’intérieur de la poche, se sont agglomérées avec les effets du courant ou du passage des vagues d’étrave, et forment des blocs, très unis et compacts. Il faut les défaire pour qu’elles s’éparpillent à nouveau à l’aise ou presque dans leur espace. Et enfin tu fais retomber la poche, l’envers devenu endroit, le soleil finira de dessécher les mousses restantes, la mer de décoller les algues vertes qui ne se développent qu’à la lumière.
Je t’assure qu’à la fin de la rangée tu sais nommer tous les muscles de ton dos, les situer avec précisions. Et tu n’as pas eu froid. En revanche, rentré à terre, tu ne trouveras pas un ami qui voudra bien te faire la bise : ceux qui nous attendaient parfois au retour de la marée avaient un geste de recul à nous voir ainsi couverts de vase, de la tête aux pieds, surtout la tête d’ailleurs. c’est là qu’on sait si on nous aime 🙂
Ça c’est la marée moyenne.
Y’a la marée « dure », la « râteau fourche » j’en ai déjà parlé aussi je crois bien. On en a fait qu’une, ouf, sous la chaleur.
Et puis, une fois que tu as fini ces 6000 poches une fois, que crois tu qu’il arriva?
Tu recommenças!
Oui, les algues sont têtues, bretonnes forcément donc, et reviennent quand même vite.
Mais cette deuxième fois, c’est presque trop facile. Presque.
Parce que tu vas plus vite en fait donc tu en fais plus, donc au final, c’est aussi vivifiant !
Là, on retourne sans frapper : on enlève une poche au bout d’une rangée, et on fait basculer les autres dans l’espace vide laissé par cette poche.
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La difficulté, là, comme à chaque fois d’ailleurs, c’est la hauteur des tables : les tables dites « de 50 » et qui en fait t’arrivent au milieu du tibia, il nous en reste quand même pas mal, tu te plies en deux, littéralement, pour retourner tes précieux mollusques.
Après, quand tu passes aux tables « de 80 » neuves, avec crochets neufs, c’est un vrai bonheur, et tu retrouves même assez de souffle pour causer au collègue. Enfin pas trop, parce que tu ne veux pas qu’il ait trop d’avance sur toi, ça suffit bien que le patron soit aussi rapide qu’irrattrapable!
Ces marées là, je prends le temps d’admirer l’endroit, la transparence de l’eau, sa douceur, le ciel bleu, la chaleur.

Ou le paysage quand il arrive que, fous que nous sommes, acceptons de recevoir une pièce de théâtre sur le chaland !
1-FERME EN SCENE

La compagnie Patrick Cosnet « Ferme en scènes », soirée inoubliable pour beaucoup d’entre nous ! Voir un autre regard sur cet excellentissime site 🙂 CLIC

Balise ô ma balise

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Il se passe des chose sur la Ria d’Etel, comme il ne s’en passe nulle part ailleurs.
Le travail collectif a encore un sens et permet de mettre en place des outils pour les utilisateurs de la Ria, les professionnels comme les plaisanciers.
Entre avril et juillet, s’est déroulée une grande opération qu’on appelle « balisage », balisage du chenal.
Le chenal c’est l’autoroute. Tu ne dois pas quitter le chenal surtout à basse mer si tu veux avoir de l’eau sous la coque du bateau, ni si tu ne veux pas te perdre.
Les « Phares et Balises » ont l’habitude de gérer la mise en place des signaux qui permettent aux usagers de s’y retrouver en pleine mer. Il y a les bouées essentiellement, les cardinales surtout, les bouées de chenal, il y a les phares, et les balises.
Les petits secteurs comme le nôtre, ne sont pas prioritaires pour qu’on y déploie tout les moyens qui sont mis en place en pleine mer.
Ainsi, la Ria qui a grosso modo la forme d’une feuille de chêne avec ses in dentures qui forment des bras remontant assez loin dans les terres, peut laisser parfois un peu perplexe pour qui ne la connaît pas.
Je dis ça alors que je la pratique un peu depuis deux ans et il m’arrive de ne pas savoir du tout où je suis quand je sors de mon petit coin (enfin si, je sais, mais ça ne ressemble pas du tout à ce que je connais depuis la terre ).2-balisage2
Je ne sais pas si vous vous êtes déjà retrouvé en mer, et qu’on vous indique du bras un lieu que vous connaissez très bien de la terre, ou un autre.
Les perspectives changent tellement que c’en est presque magique.
Et entre la basse mer et la haute mer aussi.
L’estran (la surface recouverte par les marées) est étendu.
Un pêcheur à pieds, s’il se retrouve en bateau, ne reconnaîtra pas forcément le lieu où il est venu pêcher la veille.
C’est pourquoi il existe des cartes marines avec un code maritime international, où chacun peut apprendre à se retrouver. (Remercions nos ancêtres navigateurs qui depuis le XVe siècle ont commencé à dessiner des cartes)
Il y a les formes et les couleurs. clic
Un tricot vert, deux bas si rouges, est un moyen mnémotechnique de retenir qu’à tribord quand tu entres au port, doit se trouver une marque en forme de cône et de couleur verte tandis qu’à bâbord c’est une marque cylindrique de couleur rouge. Quand tu quittes le port ou la zone de navigation c’est l’inverse bien sur.
Dans là Ria, il ne doit y avoir qu’une cardinale, autant dire : rien.
En revanche, il y a du monde à circuler.3-balisage1
Pêcheurs à pieds, pêcheurs en bateau, pêcheurs devant l’éternel, ostréiculteurs et plaisanciers ou amateurs de beaux paysages.
Le Syndicat ostréicole de la Ria d’Etel est un groupement, comme son nom l’indique d’ostréiculteurs. Ils ont acquis à force d’actions une certaine réputation et mettent parfois en place des choses inédites ailleurs, que ce soit pour leur profession ou dans ce cas, à l’avantage de tout le monde.
De longs tubes en PVC ont été commandés et fabriqués, 600, de couleur verte pour une moitié, rouge pour l’autre.
En mai et en juin de cette année, des ostréiculteurs se sont rassemblés autour des chalands pour aller poser ces balises.
Jean Noël et moi avons participé à l’opération balisage de juin.4-balisage3
Il faisait beau ça tombait bien.
Une balade en chaland ça ne se refuse jamais. (Avant je disais toujours « balade en chaland » même pour aller voir faire une marée, c’est drôle mais depuis que je travaille à ces marées je ne parle plus de balades! 😉 )
Certaines balises se posent facilement, on enfonce le tube dans la vase et ça va bien. (Les gros bras, à deux, pas moi).
En revanche, là où le sol est dur, il a fallu trouver une autre solution : des corps morts ont été réalisés avec des buses de rehausse classiques, remplies de ciment en laissant juste un tube court de PVC de diamètre plus large que celui de la balise, pour pouvoir y emboîter cette dernière.5-balisage4
Il fallait donc, pour cette opération, des chalands avec des grues, qui seules pouvaient lever et poser ces corps morts. Les balises y avaient été vissées le matin même.
Plusieurs équipes sont formées et nous voilà à longer le chenal, et poser les balises et essayant de suivre les courbes de l’eau.
Il se trouve que les parcs ostréicoles vont quasiment toujours jusqu’au bord du chenal. Les balises délimitent ainsi souvent le bas des parcs. L’usager, s’il reste sur le chemin des balises n’a donc plus aucun risque de se prendre l’hélice du bateau dans les tables et l’ostréiculteur à moins de risques de trouver une table renversée ou des poches lacérées.
Parce que la surface de l’eau cache parfois bien des surprises là où tu penses qu’il n’y a aucun danger.
Bon, petit quizz, de quel côté a t-on posé les balises vertes?6-balisage5                                                                                                                         (là, c’est cheu nous, avec deux nouvelles balises rouges )

Les travaux d’été

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J’ai en cours de rédaction un article sur l’histoire de l’huître en ria d’Etel, mais dans la masse d’informations que j’ai trouvée, il me manque un témoignage oral important que je n’ai pas eu le temps de collecter encore.

En attendant, il y a tant de choses à dire sur ce métier, que je ne peux résister à la tentation de vous soumettre un article sur ce qu’on fait l’été, période de temps calme pour l’ostréiculteur en huîtres naturelles ( Ben oui, les huîtres en laitance nous ne les travaillons que très peu, nous n’en vendons qu’au détail comme ça, aléatoirement à ceux qui viennent au chantier)

  • La remise en ordre du matériel chantier

Ça c’est une chose que l’on fait en continu.

Les pannes de machine en saison sont très handicapantes. Le matériel est soumis à des contraintes de salinité et d’humidité qui l’usent assez vite, même s’il est sensé tenir la route.

Ces dernières années, l’ostréiculture étant ce qu’elle est, Jean-Noël n’investissait pas dans le matériel, par manque de trésorerie mais aussi car il ne savait pas l’avenir de la profession.

Cet été, la chaine de triage a été entièrement revue : pas de tri d’huîtres pendant 3 semaines.

Les bâtiments ont été nettoyés de fond en comble, le ménage fait, y compris sur les abords extérieurs du chantier, les terre-plein, là où sont stockées les poches et les mannes.

Nous avons pris des vacances.

Vi.

  • L’entretien des parcs sur tables

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La laitance des huîtres les rendent fragiles, mais il y a tout de même des impondérables : la chaleur estivale fait pousser de la végétation marine, des mousses et autres éponges, qui se fixent sur les huîtres au sol, et sur les poches sur table.

Les parcs sont recouverts de vert, un joli vert ma foi, mais ce limon bouche les mailles, empêche le courant de circuler à l’intérieur des poches et donc l’huître de se nourrir.

Il faut tourner les poches.

Ce geste dont le dos sait ce qu’il coûte, permet au limon de se retrouver sans lumière, meurt, et se détache de la poche.

Mais l’envers de la poche mis à l’air, est recouvert de mousses, multicolores, à l’aspect peu ragoutant de prime abord (visqueux) mais magnifique quand on a le nez dessus, avec des motifs dont j’ignorais l’existence, des imprimés naturels dont la haute couture a du s’inspirer, peut-être.

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Ce travail nécessaire, nous l’avons fait à chaque marée depuis la mi-août, alors que les huîtres délaitaient. Il faut décrocher la poche des deux côtés, la tourner debout sur son côté pour éviter d’en porter le poids (entre 12 et 15 kg la poche, voire plus avec la végétation).

Nous sommes munis d’un bâton que nous tapons sur la poche pour en décoller les mousses quand elles sont trop nombreuses (sinon le soleil suffira à les dessécher et les faire tomber), et pour défaire les paquets d’huîtres qui, à force du courant, se sont amalgamés dans les coins, formant masse de bêtes imbriquées les unes dans les autres, ce qui les empêche de se développer à leur aise.

Ensuite nous reposons la poche, les mousses sur le dessus, et nous raccrochons.

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Un matin, à deux, nous avons tourné plus de 900 poches (Photo dessus) sur le parc de la pointe. 3 heures de marée, les grands coefficients d’août permettant de garder plus longtemps plus bas le niveau d’eau.

Autant dire que la pause café se mérite.

  • L’entretien des parcs au sol

L’autre marée plaisante, est celle qu’on appelle la « marée râteau/fourche ». Un travail de bagnard, un truc qui t’assèche la peau même en plein soleil, qui te coupe le souffle, les bras, les jambes.

Koikess?

Les huîtres semées au sol sont d’abord levées avec la drague. Cet engin qui est fixé au treuil dont le moteur fait un boucan de tous les diables, et au mât de charge. C’est d’ailleurs à ce seul usage que les chalands ont un mât et des bras.

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Jean-Noël, quand il drague, passe des heures sur l’eau, en flot (marée montante) et fait des bandes avec le chaland sur le »carré d’huîtres » semées. Il remonte régulièrement la drague, pleine d’huîtres quand elle a bien travaillé, et les vide dans le container posé sur le ponton.

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Mais la drague ne ramasse pas tout.

Il reste les huîtres dites « éparses » sur le sol.

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C’est là que le râteau monchérimonamour, intervient.

Nous raclons le sol, en demi cercle autour de nos pieds, nous faisons un petit tas des huîtres que nous avons décollées de la vase, mais aussi du limon et de toute la végétation qui s’est développée sur l’huître. Tout ça pour dire qu’on ne récupère pas une huître propre et légère à chaque fois, non, nous ramassons son poids de vase avec.

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Une fois plein de petits tas formés, la fourche madoucemajolie intervient.

Elle pèse une tonne la fourche. Je suis une fille c’est pour ça que je peux le dire, les hommes eux ne se plaignent jamais, c’est vrai.

Bref, tu glisses la fourche sous le tas, tu essaies de ne pas aller trop profond pour ne pas enfourcher ton bonheur de vase, et tu vides ta fourchettée dans la manne posée à côté.

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Tu regardes de temps en temps le chaland échoué pour l’occasion puisque les grands coefficients font descendre la marée très bas, et tu surveilles la vitesse de remontée des eaux, c’est là que tu sais combien de temps il te reste. Cette marée montante (le flot) les femmes qui pêchaient la palourdes dans l’ancien temps, l’appelaient « la voleuse » car elle prenait sur leur temps de travail…

Quand l’eau fait de nouveau flotter le bateau, les mannes ont elles aussi le fond à flot.

Là, tu vas pouvoir un peu laver les huîtres, d’un mouvement de balancier de la manne, l’eau bouillonne dans les huîtres qui se nettoient un peu de leur vase. On choisi ensuite en général d’être à deux pour porter la manne sur le pont du chaland que j’aurais préalablement tiré jusqu’aux mannes pour éviter d’avoir à trop marcher chargée de poids.

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Jean-Noël est à deux aussi, Jean et Noël a t-on l’habitude de dire.

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Les marées râteau/fourche de 3 heures nous laissent un peu sur le flanc, mais quelle n’est pas notre satisfaction de voir le chaland chargé d’une grosse cinquantaine de mannes.

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Les huîtres ainsi levées, seront également triées et remise en poches ensuite, soit pour terminer leur croissance pour les plus petites d’entre elles, soit pour être stockées sur parc en attendant de les vendre.

Les photos de la marée râteau fourche sont de ce matin : petit coefficient, petite marée (2 heures), j’ai pris l’APN avec moi, je voulais vous montrer.

Plein de photos en attendant l’article avec plein de mots…

Le nettoyage des parcs

Un parc ostréicole qu’est ce que c’est?

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C’est une zone où la marée découvre le sable, ou la vase, l’estran. C’est aussi le domaine publique maritime : les ostréiculteurs sont locataires de l’Etat, ils exploitent une concession. Ils ne sont pas propriétaires, mais locataires par baux de 30 ans à renouveler.

Pour ce faire, ils doivent avoir les compétences nécessaires, validées par des diplômes, des stages. Je commence le parcours, je reviendrai donc dessus plus tard.

Sur l’estran, les tables qui supportent les poches dans lesquelles sont élevées les huîtres.

Pour qu’un parc soit correctement exploité, il faut l’entretenir. Le sol doit être propre, dur, nivelé. Il va sans dire qu’avec l’influence des courants, de la houle, des vagues, le sol bouge continuellement. Jean-Noël a des outils pour entretenir ses parcs, comme un agriculteur. Avec le chaland, il dispose d’une force de traction qui permet de passer la herse ou la barre avec les chaines.

La herse, comme pour les paysans, est une sorte de grand râteau, lourd, avec deux volets mobiles. Elle griffe le sol et travaille en coordination avec les volets qui créent la dépression qui soulève la vase, les huîtres de sol, le goémon, les coquillages… Ce qui est léger va partir avec le courant, ce qui est lourd va se reposer au sol. Ce travail permet de mettre en suspension les nutriments qui sont la nourriture directe de l’huître, et les sels minéraux qui eux nourrissent le plancton. De plus, ça évite le dépôt de végétation, qui accumulée, fini par entrer en putréfaction et produire du sulfure, ce qui n’est pas digeste, nous sommes d’accord?

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La barre et les chaines, elles, nivellent le sol. Le courant et les marées forment ce qu’on voit souvent sur les plages, ces petites vagues de sable, ici de vase, qui peuvent devenir buttes et créer des trous d’eau. Les buttes : les huîtres ne vont pas se contenter de rester sur la pente, elles vont se mettre dans le trou. Pour l’élevage des huîtres de sol, il faut imaginer que les huîtres ne doivent pas être noyées sous la vase, ni s’amasser en tas, ce qui dans les deux cas, freine, voire interrompt leur développement.

Les huîtres élevées en poches, nécessitent aussi d’avoir un support propre : Les tables.

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C’est ce travail que nous faisons ponctuellement depuis janvier, quand la marée nous le permet. Une table c’est une structure en fer à béton, longue de 3 m, large de 80 cm, haute de 50 à 80 cm. 3 barres de fer posées sur des pieds recourbés.

Forcément, au traitement de l’eau salée, les tables s’usent, rouillent, sont corrodées à l’usage. Elles se déforment, se tordent, se cassent. Parfois un caoutchouc peut parer à l’usage du temps en remettant de ci de là une barre en place, mais à un moment donné, il faut se rendre à l’évidence, il faut changer les tables.

Je ne sais pas le compte exact des tables que nous avons désapées du sol, puis portées sur le chaland pour en faire des tas de ferraille qui partiront avec un ferrailleur, on parlera alors en tonnage, et plus en nombre de tables, tant les morceaux sont nombreux et pourris.

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On se munit de gants, à vrai dire on a toujours ou presque des gants, de nos cuissardes ou de la cotte (la cotte de maille en caoutchouc qui remonte jusqu’à la poitrine), et on y va : porter les tables, mettre les plus détruites, celles qui tombent en morceaux dans nos mains, ensemble, pour en faire des piles qui iront chez le ferrailleur, et garder celles qui tiennent encore pour les replacer en lignes plus ou moins droites, en fonction aussi de la courbe de la côte.

C’est un travail de forçat : les tables sont lourdes de rouille accumulée, de goémon, parfois de coquillages. Faire une pile de 8 tables, pas plus car la dernière faut la lever haut, et bizarrement en fin de marée, j’ai toujours l’impression que tout est plus lourd.

Ensuite le treuil du chaland agrippe l’araignée qu’on a fixée autour de la pile, et on embarque au maximum 3 piles (pas plus de place sur le pont, la 3e d’ailleurs est à l’extérieur, tenue par le treuil). Le tracteur les récupère à la côte.

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Refaire les parcs, des lignes, mettre les tables de 80 en bord de chenal (si la marée ne descend pas trop, elles seront plus accessibles que les tables de 50), et le plus basses à la côte.

Les jours où les parcs ont été à sec, sont rares. On a alors pour mission de trainer les pieds au sol pour vérifier qu’il ne reste aucun bout de ferraille, c’est dangereux, très coupant, les pointes acérés et rouillées n’ont pas peur d’une épaisse couche de caoutchouc : mon pied s’en souvient. Bien que le public n’aie pas le droit de marcher sur les parcs, il s’agit aussi de notre sécurité au travail.

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Depuis 4 jours, la marée ne descend pas, mais il fait beau. L’autre soir, au soleil couchant, on a fait une mini marée pour placer des tables, à l’aveuglette pour moi car l’eau n’était pas claire, et dépassait les tables d’une trentaine de cm. J’avais de l’eau jusqu’au ventre, j’attends avec impatience que la marée descende suffisamment pour voir le résultat de nos déplacements de tables!

Maintenant, il reste à garnir toutes ces rangées de poches.