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À l’eau? C’est la Ria!

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(Tu peux cliquer sur les montages photos pour les voir en grand)

Il y a des lieux marquants, des lieux qui ont un sens, qui veulent dire quelque chose. C’est ce qu’est la Ria pour moi.

Géographiquement, un bassin versant, une rivière et l’eau de la mer.

Quoi d’autre?

Tout le reste :

Des habitants, un paysage, une mixité de couleurs et de cultures, des usagers de la terre, de la mer, des paysans, terriens et marins.

Un microcosme, où chaque action de tous inter agit avec celle des autres. Rien n’y est anodin.

L’eau, en est le symbole le plus puissant.

C’est là que se cristallise l’ensemble des problèmes, mais aussi ce qui fait l’union des acteurs du territoire.

Sans l’eau de la Ria, pas d’ostréiculture. Cette eau douce et salée, ce mélange qui crée le plancton et nourrit la faune et la flore marine. Sa qualité est indispensable pour le consommateur de coquillage, et par extension, pour le plaisancier qui s’y baigne l’été (pas encore vu de bain du 1er janvier dans la Ria!)

Une longue histoire lie jean-Noël et l’eau de cette rivière, prénommée enfin Ria, comme on dit « Abers » dans le Finistère ou « Fjords » en Norvège, terme géographique mieux approprié.

Une longue histoire, comme une aventure humaine, avec les engagements de chacun, professionnels et personnels, cette conviction qu’un patrimoine doit se préserver contre vents et marée, ou plutôt, avec les vents et les marées, et contre les pratiques qui peuvent mettre en danger ce que la nature nous donne, outil de travail et de plaisir.

En 1994, l’Europe met en place un agrément sanitaire.

Un agrément sanitaire, est fait pour protéger le consommateur. Et oblige à mettre en place certaines pratiques et un réseau de surveillance de qualité d’eau. Sur ce site  « l’Atlas des Zones conchylicoles », j’ai trouvé les informations suivantes qui aident à comprendre qui, quoi, où, comment…

« L’ensemble des zones de production de coquillages vivants (zones de captage, d’élevage et de pêche à pied professionnelle) fait l’objet d’un classement sanitaire, défini par arrêté préfectoral. Celui-ci est établi sur la base d’analyses des coquillages présents : analyses microbiologiques utilisant Escherichia coli (E. coli) comme indicateur de contamination (en nombre d’E. coli pour 100 g de chair et de liquide intervalvaire – CLI) et dosage de la contamination en métaux lourds (plomb, cadmium et mercure), exprimés en mg/kg de chair humide ».

Il y a trois groupes de coquillages différenciés :

  • 1 : les gastéropodes (bulots etc.), les échinodermes (oursins) et les tuniciers (violets)
  • 2 : les bivalves fouisseurs, c’est-à-dire les mollusques bivalves filtreurs dont l’habitat est constitué par les sédiments (palourdes, coques…)
  • 3 : les bivalves non fouisseurs, c’est-à-dire les autres mollusques bivalves filtreurs (huîtres, moules…)

Nous, c’est les huîtres, you know? 3e groupe donc.

Et là, je te copie colle un tableau qui peut faire peur mais qui est très clair et permet de comprendre où nous sommes et ce que nous faisons, nous, producteurs d’huîtres de la Ria.

« Quatre qualités de zones sont ainsi définies, qui entraînent des conséquences quant à la commercialisation des coquillages vivants qui en sont issus :

Critère Classement sanitaire A Classement sanitaire B Classement sanitaire C Classement sanitaire D
Qualité microbiologique (nombre / 100g de chair et de liquide intervalvaire de coquillages (CLI) < 230 E. coli > 230 E. coli et < 4 600 E. coli > 4 600 E. coli et < 46 000 E. coli > 46 000 E. coli
Métaux lourds (mg/kg chair humide) Mercure < 0,5
Plomb < 1,5
Cadmium < 1
Mercure < 0,5
Plomb < 1,5
Cadmium < 1
Mercure < 0,5
Plomb < 1,5
Cadmium < 1
Mercure > 0,5
Plomb > 1,5
Cadmium > 1
Commercialisation (pour les zones d’élevage et de pêche à pied professionnelle) Directe Après passage en bassin de purification Après traitement thermique approprié Zones insalubres ; toute activité d’élevage ou de pêche est interdite
Pêche de loisir (pour une consommation familiale ; commercialisation interdite) Autorisée Possible mais les usagers sont invités à prendre quelques précautions avant la consommation des coquillages (cuisson recommandée) Interdite Interdite

Les teneurs en plomb, cadmium et mercure ci-dessus s’appliquent exclusivement aux mollusques bivalves. Pour les autres mollusques, des teneurs de 2 mg/kg en plomb et cadmium sont actuellement applicables. »

Jusqu’ici, on parlait simplement d’eau salubre ou insalubre.

En 1996, une menace de classer la Ria en zone B, préoccupe et fait réagir entre autres Jean Noël mais aussi, un agriculteur, Louis Hervé (devenu maire depuis, pour plusieurs mandats, jusqu’à  son dernier qui a pris fin aux dernières élections communales.)

Les ostréiculteurs et les agriculteurs sont, en toute logique, concernés par la qualité d’eau, les uns comme utilisateurs, les autres comme « pollueurs » potentiels, catégorie dans laquelle on peut ajouter chacun d’entre nous, avec les réseaux d’assainissement vétustes, ou bien ce qu’on appelle le phénomène de « Cabanisation », ces mobilhomes ou caravanes qui s’installent sur des terrains non équipés et qui rejettent leurs eaux usées « à la côte », sans se poser trop de questions.

Bref, plutôt que d’aller vers un conflit d’usage, nos paysans de la terre et de la mer ont cherché à discuter. Il a fallu apprendre les pratiques et les contraintes de l’autre. Il s’agissait aussi de parler avec le même vocabulaire : quand tous parlaient de « phyto »,  pour les ostréiculteurs c’était le phytoplancton, pour les agriculteurs c’était produits phytosanitaires.

D’où l’importance des mots.

Les producteurs dont nous parlons là, ont tous en point commun d’être issus d’exploitations de type structure familiale, de petites unités où le travail fait vivre au contact de la terre et où la nature a toujours le dernier mot.

Il est impossible de dire le nombre de réunions qui se sont faites, ni de calculer le temps réel que chacun a donné, prenant sur ses heures de travail comme sur celles de la vie privée. Seul l’engagement comptait, et il a été considérable. La mobilisation de la lutte pour l’amélioration de la qualité d’eau a été efficace.

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Ce « Bassin Versant de la Ria d’Etel » comprend au final 17 communes, d’Erdeven côté mer à Languidic, dans les terres, de la source de l’eau douce vers l’exutoire de l’eau de mer, 360 km2 de territoire délimités par les lignes de crête, devient un projet innovant qui donne naissance à un Contrat Territorial d’Exploitation en 2001, basé sur des discussions entre les agriculteurs et les conchyliculteurs, sous forme de démocratie participative, incluant tous les acteurs du territoire volontaires. Cette démocratie participative est ce qui fait l’originalité, le lien et la force de ce projet.

Les 3 axes de travail, déterminés dès 1996 au niveau du Bassin Versant, sont :

  • la préservation de la qualité d’eau et des milieux aquatiques ;
  • la confortation des activités économiques primaires ;
  • le dialogue et la communication.

La Charte du Syndicat mixte de la Ria  Engagement Syndicat mixte ria d’Etel te résume les engagements et les actions.

En 2001, la Ria est classée en A.

Mais l’histoire se répète, et les analyses d’eau mises en place, révèlent une nouvelle dégradation.

Les règles sont strictes, comme on l’a vu sur le tableau plus haut.

Pour la vente et l’agrément sanitaire, qu’on soit en B ou en A, il faut passer les huîtres en bassin insubmersible avant chaque expédition.

Mais, si le classement passe en C, comme il l’a été pour certaine zones de notre département en 2013, les conchyliculteurs qui vendent des coquillages fouisseurs comme les palourdes, seront obligés de changer leurs méthodes et passer par ce qu’on peut appeler une « purification lourde » ce qui veut dire, investissements à la hauteur, et pas forcément possibles pour plusieurs entreprises. Un passage en C voudrait dire pour beaucoup, de mettre la clé sous la porte, et pour les pêcheurs plaisanciers, l’interdiction pure et simple de pêcher. Pour nous, la donne ne changerait pas, car nous passons déjà les huîtres en bassin.

L’enjeu est donc d’importance.

Les communes sont conscientes du problème, la politique d’aménagement du territoire passe par la qualité d’eau.  Et l’augmentation des populations sur les communes littorales est forte, voire énorme aux périodes estivales.

Les zones touristiques que nous avons ici, subiraient directement les conséquences d’une dégradation.

La « Cabanisation » qui est un phénomène qui prend de l’ampleur, est surveillé. Les réseaux de collecte d’eau de pluie sont hélas encore bien insuffisants, datant pour beaucoup des années 60, et même les communes qui ont mis en place l’assainissement collectif, comme ici, n’ont pas la mainmise sur le respect des branchements par l’habitant, ni aucun pouvoir pour faire respecter l’obligation d’un branchement au réseau collectif.

Beaucoup de résidences secondaires ne se soucient pas de ces problèmes, et continuent de traiter leurs eaux usées à leur façon, c’est à dire mal.

Néanmoins le problème est pris à bras le corps et le combat continue pour nous permettre de bénéficier d’une eau de qualité, de maintenir les emplois et de ne pas laisser aux générations suivantes un espace de vie et de travail dégradé.

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Liens pour plus d’infos

Site de la mairie de Locoal Mendon

Site du Syndicat mixte

Site Ifremer

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Un peu d’histoire ostréicole

Au début, tout au début…

Mon hypothèse est la suivante : l’homme n’a pas mangé d’huîtres avant d’avoir découvert le feu.

Sinon, quelle idée saugrenue que de s’amuser à ouvrir un caillou.

Peut-être qu’un homme préhistorique un jour a voulu faire son barbecue de mammouth, a entassé quelques pierres pour y installer le brasier, et accidentellement quelques cailloux de la plage se sont incrustés, s’ouvrant sous l’effet de la chaleur.

L’huître chaude était née.

Trêve de plaisanterie, l’huître est consommée depuis le début des temps, on en a la preuve par fossiles interposés.

Et puis les grecs. Ils ont inventé Dionysos, les banquets et les vertus aphrodisiaques de l’huître. Et le couvercle de l’huître servait de bulletin de vote : on y inscrivait le nom de la personne qu’ils voulaient bannir de la cité. D’où le terme ostracisme du grec « ostracon » qui veut dire coquille.

On ne dit pas s’ils en faisaient des castagnettes.

Et puis les romains. Eux se délectaient d’huîtres plates. Ils lui ont donné le doux nom de « callibléphares » c’est à dire « Belles Paupières », fermées les paupières. Sergius Orata (140-91 av.JC) crée les premiers parcs à huîtres.

À l’époque médiévale, l’huître est à la fois le plat du pauvre qui, avec l’accès à la côte, va pêcher l’huître sur les bancs naturels, et plat des riches qui s’en régalent en ragoût, dit-on.

En plein siècle des Lumières, Casanova n’en finit pas d’en consommer, jusqu’à douze douzaines au petit déjeuner, dit-on toujours.

(c’est fou ce qu’on trouve sur l’histoire de l’huître quand on cherche un peu).

François Vatel s’en suicida de dépit de ne pas voir arriver ses bourriches sur la table de Louis XIV.

Mme de Sévigné : « Voici ce que j’apprends en entrant ici (à Chantilly, vendredi soir 24 avril 1671), dont je ne puis me remettre et qui fait que je ne sais plus ce que je vous mande, oyant que ce matin, à huit heures, la marée n’était pas encore arrivée, Vatel n’a pu soutenir l’affront dont il a cru qu’il allait être accablé, et, en un mot, il s’est poignardé. Vous pouvez penser l’horrible désordre qu’un si horrible accident a causé dans cette fête ; songez que la marée est peut-être arrivée comme il expirait. Je n’en sais point davantage présentement ; je pense que vous trouverez que c’est assez. Je ne doute que la confusion n’ait été grande : c’est une chose fâcheuse à une fête de cinquante mille écus. »

Tiens, même les peintres se sont repus de l’huître en peinture :

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Jean-François de Troy « Le déjeuner d’huîtres »

Bref, le succès fou de ce mollusque bivalve fini par épuiser les bancs naturels où il est pêché.

Si les Chinois avaient déjà fait du captage d’huîtres dans un temps fort fort lointain, l’ostréiculture dite moderne n’est pas un vieux métier.

Le double effet pas du tout cool de la surpêche et d’une météo trop rigoureuse (gelées), a fait réagir des chercheurs et biologistes pour la reconstitution des gisements et la mise en place d’un captage artificiel.

Le biologiste Jacques-Marie-Cyprien-Victor Coste, membre de l’Académie des sciences,  a accéléré et synthétisé l’ensemble des recherches. Avec Ferdinand-François De Bon, chef de service de la marine à Saint-Servan (En 1853 a inventé un « plancher collecteur » pour naissain d’huîtres plates) ils ont posé les premiers collecteurs français, donnant naissance en 1858, à l’ostréiculture.

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Plancher collecteur de Ferdinand de Bon

Ce plancher décrit par Victor Coste fût imaginé par F. de Bon pour recueillir le naissain d’huître plate.

Et pendant ce temps là, sur la Ria…

Sur la Ria, le temps semble parfois immobile.

À marée haute, la surface liquide étend son drap scintillant jusqu’à la côte. Il y a 150 ans, le paysage devait être le même, large et protégé des pins maritimes, l’eau argentée ou vert émeraude selon les caprices du soleil.

Pourtant, à marée basse, on peut deviner que le temps s’écoule, aussi vite que sous le pont Lorois.

À la côte, des vestiges du passé apparaissent, squelettes de bois d’anciens bateaux de pêche, d’anciens chalands à fond creux, parfois même un chaland plastifié sur le bord d’une rive, ponton plat devenu ponton de loisir qui permet d’accéder à l’eau sans poser les pieds sur la vase.

Sur les bords du chenal, les tables des ostréiculteurs témoignent de l’activité de la rivière, moins intensive aujourd’hui qu’elle n’a pu l’être il y a quelques années encore.

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Quand naît l’ostréiculture moderne, des nombreux facteurs se mélangent, permettant à l’ostréiculture de connaître un fort développement dans la ria d’Etel.

La famille de Jean-Noël Yvon est parmi l’une des premières à avoir développé l’ostréiculture sur la rivière d’Etel, aber, ria, estuaire, où l’eau douce et de mer se mélangent pour donner vie au plancton nourricier de l’huître, l’huître qui a toujours existé avant même sa culture, sur les bancs naturels, protégés, qu’on appelle aussi bancs amodiés.

Un arrêté du 29 novembre 1862 écrit : « la pêche aux huîtres est autorisée au râteau le 5,9 et 20 décembre sur le banc de Bescatigue, le 24 du même mois sur les herbiers de Coët Courso et de l´ours, et à la drague les 19 et 20 mars 1863 sur les bancs d´Istrec et de Riec de la Rivière d´Etel ».

Ou encore :

21 novembre 1895 : Autorisation donnée à Vincent Tonnerre, de Groix, d’établir un parc à huîtres sur la rive gauche de la rivière d´Etel longeant la rive droite du chenal Ster-er-Istrec au sud et à la suite du parc 545 (parc 1132).

Pour comprendre, je dois remonter aux grand-pères de Jean-Noël, venus de l’île de Groix.

Jean Yvon et Emilien Tonnerre sont arrivés de Groix à Locoal-Mendon, vers 1920. Plusieurs versions existent sur la venue des grecs à Locoal-Mendon.

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Un Dundée de Groix, photo de famille. (pêche à la sardine)

Premièrement le contexte groisillon en général qui, de l’activité sardinière passe à celle du thon, et la transition entre la pêche à voile et à vapeur.

Dans les années 1850, la transition entre la pêche à voile et à vapeur, ainsi que la raréfaction des bancs de sardines autour de l’île, a laissé un certain nombre de marins sac à terre, même si « la grande pêche » (pêche au thon) remplace peu à peu celle de la sardine jusqu’à faire la fortune et la réputation de Groix, avec Port-Tudy devenu un port thonier important jusqu’en 1940.

L’abbé Laurent Marie NOEL décrit en octobre 1891 la flotte groisillonne en termes élogieux: «Notre pays doit sa prospérité au grand nombre et à la solidité de ses bateaux pontés.
Le poisson disparaît peu à peu de la côte. A peine en reste-t-il assez pour suffire aux besoins d’une cinquantaine de familles. La sardine elle-même, qui naguère encore était notre principal gagne-pain, a déserté nos parages, ou bien se vend à des prix dérisoires, ou bien n’est pas du moule qui convient aux conserves et, dans ce dernier cas, trouve difficilement des acheteurs.
Aussi, les pêcheurs du voisinage qui, à cause de l’exiguïté de leurs embarcations, sont obligés de se tenir tout près des côtes, semblent réduits à ne pas avoir de quoi vivre. Je connais certains ports où la plus affreuse misère va régner, l’hiver prochain. L’avenir est à qui pourra, sans danger, affronter la haute mer. C’est en pleine mer, en effet, que le thon se pêche et qu’on fait la drague. Le thon et la drague, voilà deux sources de richesse, deux mines d’un prix inestimable. Il y a déjà bon nombre d’années que nos marins groisillons les exploitent et en retirent de beaux profits. Ils sont admirablement montés pour cela » (Histoire de l’île de Groix ).

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Un thonier de Groix avec sans doute un membre de la famille, mais pas d’identification possible aujourd’hui.

« À partir de la première guerre mondiale, la politique favorable au développement du chalutage à vapeur, ajoutée aux bouleversements apportés par l’évolution des modes de propulsion, accélère la décadence de la pêche à la voile. Il en résulte une transformation de la structure sociale groisillonne, en particulier, de nombreux jeunes doivent désormais chercher un embarquement dans les ports du continent et notamment celui de Lorient – Kéroman, en plein développement.

La guerre est terminée, certes, mais la flottille de Groix a durement souffert entre 1914 et 1920. Et l’âge d’or de la Belle Epoque, avec sa monnaie solide, s’est bien enfui.

 » Il convient de jeter un coup d’œil sur les dépenses de matériel pour s’apercevoir de suite qu’elles atteignent des proportions inquiétantes; la voilure, par exemple, qui coûtait 1,8 F le mètre en 1913 se vendait 7 F en 1919, c’est-à-dire avec une majoration de 400 % ; de même le cordage passait de 1,4 à 8 F le kilo, soit une majoration de 600 %. La même remarque s’applique à la peinture dont la hausse va jusqu’à 500 % étant donné que le kilo passe de 1,4 en 1913 à 7 F en 1919. Le coaltar se vend actuellement le quadruple de son prix d’avant-guerre et il en est de même pour tout le matériel indispensable à l’entretien des embarcations.  » C.I.M., 16 mars 1920

 Or, aucun bateau neuf n’a été construit depuis 1914. » (Histoire de l’île de groix)

Deuxièmement, un contexte particulier, puisqu’on dit dans la famille, que ce serait un recteur de Groix qui serait originaire de Locoal ou qui y aurait vécu, qui aurait conseillé d’aller voir sur le continent ce nouveau métier en train de naître, une opportunité à saisir pour ceux qui le peuvent.

On entend aussi parler de la tempête de 1920 (15 septembre, 27 morts ou disparus) qui a découragé les marins de leur métier, les décidant à quitter l’île.

À Locoal, les groisillons sont appelés les « Grecs« *. Ils sont nombreux à s’installer sur la presqu’île du Verdon, que les « natifs » appellent alors « les colonies ».

Visiblement l’implantation des Groisillons et autres venus d’ailleurs sur la commune ne s’est pas toujours faite sans heurts. L’espace qui serait occupé par l’élevage des huîtres, empiète sur le droit du goémonier.

Ainsi ce témoignage : « Monsieur Gaudin, propriétaire à La Forest attire l’attention de Monsieur le Maire sur l’envahissement des côtes dépendantes du territoire de la commune par les concessionnaires de parcs à huîtres. Le conseil, après en avoir délibéré, estimant que les demandes trop nombreuses de parcs annihilent pour la commune son droit si précieux au goémon de la côte, décide qu’il y a lieu de protester contre les demandes nouvelles de concessions » (1899, Locoal)

Ou encore :

« ces dernières (les parcs à huîtres) ne peuvent manquer de porter un préjudice considérable à tous les habitants de la commune en les privant de toutes les ressources que leur procurait le littoral, nécessaires pour l´exploitation des terres… les propriétés riveraines ont une valeur double des autres car les fermiers ont sous la main les engrais marins, réputés à juste titre les meilleurs pour l’agriculture et lui à eux seuls constituent toute la richesse fertilisante de ce pays » (1864, Locmariaquer)

La pêche des huîtres était traditionnelle, à pieds au bord de la côte, en bateau dans les eaux plus profondes. Elle était pêchée, ou draguée sur les bancs naturels, la ressource riche.

Dès 1871, on trouve des demandes de concessions. Les métiers de ces demandeurs sont précisés, capitaine au long cours, maître au cabotage, négociant, cultivateur. La Crass Ostre Edulis, est cultivée sur des sols durcis et sablés à mains d’hommes et chalands en bois creux.

5 mai 1899 : Autorisation donnée à Vincent Tonnerre, de Groix, et à Benoît Thomas d´établir un parc à huîtres de 25 ares sur la rive gauche de la rivière d’Etel longeant la rive droite du chenal Ster-er-Istrec au nord du parc 1195 (parc 1256) et un autre de 15 ares à Vincent Tonnerre à 28 mètres de la chaussée du Plec (parc 1257).

16 mars 1899 : Autorisation donnée à Vincent Tonnerre, de Groix, d’établir un parc à huîtres de 75 ares sur la rive gauche de la rivière d’Etel au nord et sur la côte ouest de la presqu’île du Plec (parc 1250).

*Tu ne sais pas pourquoi on appelle les Groisillons des Grecs? 

Il paraît qu’à Groix, on est caféinomanes. Un peu comme partout en Bretagne d’ailleurs, mais à Groix on voyage alors on partage. Le café était bu dans une cafetière, si, si, mais cafetière en breton ça se traduit  « greg » et se prononce « grec ». On appelle cette cafetière la Grecque! (même dans le Finistère on avait ces cafetières là…)

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Suite au prochain numéro…( l’huître plate de la ria)