Tous les articles par Tifenn surtout et Jean Noël des fois.

L’intention

Commencer un article sans trop savoir quel titre on va y mettre, c’est tout un programme. De fait, une idée me vient, et l’intention d’écrire là-dessus s’invite.

Ça a commencé ce matin, à l’emballage.

On appelle « emballage » l’action de mettre les huîtres en panier, des paniers commandés la veille ou quelques jours avant.

En ces temps qui ne ressemblent à aucun autre temps déjà vécu, nous prenons conscience encore plus fort du lien qui nous unit à celles et ceux qui dégustent nos coquillages chéris.

Notre production ne fait pas partie des produits de première nécessité comme le pain et l’eau, ou comme la farine apparemment. Néanmoins, il est indéniable que l’atteinte au moral d’un confinement long, rend l’huître presque indispensable, pour se remettre du baume au coeur.

Manger une huître au fin fond d’un studio parisien dont la vue se dégage devant le mur de l’immeuble voisin, c’est entendre le chant des mouettes, sentir le sel sur sa peau, et le coeur battre quand la vague nous chahute.

Je crois que ça peut ressembler à ça.

Des statistiques disent que l’huître évoque, avant même le goût, un souvenir plaisant, un moment de bonheur, de fête.

Ce matin, alors que je comptais mes « mains » d’huîtres, je pensais à la personne qui allait ouvrir ce panier, sentir le parfum de l’iode qui ne disparaît jamais vraiment, découvrir peut-être une algue oubliée, mais certainement voir apparaître les coquilles aux couleurs variées.

L’avantage de travailler comme nous le faisons, est ce contact quasiment direct que nous avons avec la personne qui commande. Nous nous sommes déjà vus, que ce soit ici ou là-bas, nous nous sommes parlé, nous nous connaissons.

Ma première main de la bourriche. Pour celle-ci, il y aura 5 mains.

En mettant mes huîtres bien à plat dans le fond du panier, j’avais des visages, des sons de voix, un lien, avec toi qui va manger ce coquillage.

Alors, en posant cette huître un peu verte, je t’expliquais qu’elle a passé la majeure partie de sa vie au sol, c’est pour ça qu’elle est lourde, costaud, irréductible. C’est une huître qui s’est baladée sur ce sol un peu vaseaux, un peu sableux, qui a roulé un peu plus loin les jours de fort courant, qui a dû se défendre contre des petits crabes verts ou contre une dorade gourmande, c’est une huître qui a du répondant, du caractère. Elle a survécu aux éléments, elle est forte, elle est belle, elle se mérite.

J’ai senti aussi sur mes mains nues, l’aspérité, parfois le tranchant d’une huître, qui a profité, dans une poche elle, de toute cette nourriture qui est venue au printemps, grâce à la pluie, grâce au beau temps, la chaleur, le soleil et sa lumière, tout ce qui créé un moment de vie joyeux, qui bloome le plancton comme jamais, qui change la couleur de l’eau, nourricière. Cette huître là porte encore parfois une « pousse » que le passage dans la trémie n’a pas cassée, et dont il faudra te méfier quand tu mettras l’huître dans ta main.

Nous aussi on se fait plaisir. On goûte, on vérifie. On apprécie encore plus.

Bien sûr, je ne te connais pas tous, tu es trop nombreux. Mais si je sais où tu achètes tes huîtres, je sais un peu comment tu consommes et ce que tu manges. Alors je devine à quoi tu penses, quelle est ton intention.

Je crois que je viens de trouver le titre de ce billet : l’intention.

Tu te fournis au plus près du producteur, c’est là qu’est notre circuit. Tu cherches une qualité de produit, une histoire aussi. Tu sais qu’en passant là, dans cette petite boutique, dans ce « point relais », tu paies au juste prix le travail qui te permet ce plaisir gustatif, ce moment suspendu où tu te donnes le droit du plaisir.

Tu vois, je te connais.

Saches que je pense à toi dans chaque huître qui passe de ma main à la tienne. Tu es dans mes pensées quand je cercle la bourriche. Je fais comme si c’était un cadeau. Le cerclage c’est le ruban doré de ce présent.

Nous avons été en panne d’emballages ces dernières semaines, on est revenus à un couvercle « neutre » et on a dû mettre trop d’huître dans un panier trop petit, alors c’était un peu bombé, ça débordait.

J’avais grand plaisir ce matin à revenir à nos paniers jolis, à la bonne taille avec le bon couvercle.

Ce couvercle aussi a une hsitoire, en plus de celle qu’il raconte sur son verso. C’est notre petite cousine qui l’a créé avec nous. On a parlé ensemble, on savait déjà ce qu’on voulait bien sûr, mais elle a sublimé notre souhait. Je lui ai donné une photo pour qu’elle en prenne modèle pour son aquarelle, nous lui a vons parlé de ces huîtres qui voyagent de chez nous à chez toi, le timbre de la poste, le tampon de la malle, une aventure à elle toute seule cette bourriche, qui a tant de choses à dire.

Ce matin, à l’emballage, je mettais toutes les meilleures intentions du monde dans les paniers, et je crois que tu le sais.

Parce que nous recevons tes messages, par sms ou par mail, parfois on nous les transmet aussi. Et puis je vois des photos de ci, de là sur les réseaux où nous sommes, parce que c’est ainsi maintenant que passent les nouveaux langages.

J’avais l’intention d’écrire un billet sur l’intention que je mets, au soin que je te porte.

Et finalement je crois que je veux juste te dire Merci.

Flavour et comfort food

Puisque tout le monde parle english, et qu’à toutes les phrases s’ajoute le mot « cluster », et bien moi aussi je me lance : Flavour et Comfort food.

Le moins que l’on puisse dire c’est que la période est morose. Les Républicains du temps passé lointain, avaient trouvé les bons mots : Pluviôse et Ventôse. Je serais prête à parier que ces mots ont été inventés en Bretagne, un jour où le poète a eu l’imagination climatique.

Si cet hiver n’a jamais été froid, il est humide.

Quand on mouille le chaland en bas du jardin…

Les huîtres se sont adoucies, et l’on peut s’étonner de ces variations.

C’est une chance, sans doute, d’avoir à se renouveler sans cesse, de constater que les saisons varient et ne se ressemblent guère, et comme il se doit, l’huître cristallise toutes ces évolutions.

J’ai alors voulu chercher ce qui faisait les qualités organoleptiques de l’huître. N’ayant pas l’habitude des mots trop savants, je me suis armée d’un dictionnaire, car les goûts, aussi subjectifs soient-ils, sont aussi nuancés que peut l’être une palette de couleurs.

Je suis tombée sur une archive d’Ifremer intitulée :

« EVALUATION SENSORIELLE D’HUITRES D’ORIGINE GEOGRAPHIQUE ET DE TECHNIQUE D’ELEVAGE DIFFERENTES« 

Well. Vaste programme.

Je connaissais le mot flavour mais pas flaveur. Parfois ça sonne mieux dans la langue de Shakespeare et on peut aussi mieux comprendre cette façon de dire. C’est ainsi que j’appris que Flavour venait de l’ancien français flaour et je m’en trouvais satisfaite. Peut-on dire que le vocabulaire se fixe lui aussi dans la mémoire de nos cellules? L’épigénétique nous le révélera peut-être un jour…

Tout ça pour dire que pour répondre à la question du goût posée par Ifremer, il a fallu utiliser un cadre précis, qui, à la lecture, m’enlevait presque l’envie de manger des huîtres. Que reste t-il de la saveur d’une huître si l’on ne peut pas l’associer à un instant, un moment, une rencontre?

Entre l’eau douce et l’eau salée, les langues de terres, parfois immergées.

Par exemple, je me souviens très précisément de la première huître crue que j’ai mangée (laiteuse, en juillet, brrrr) et la première huître que j’ai aimé (un matin d’hiver, alors que le soleil se frayait un chemin à travers les vitres sales du chantier, et que la maman de Jean-Noël avait décidé qu’il était temps de se donner un petit coup de fouet pour oublier notre dos).

Je n’ai pas oublié non plus l’huître qui m’ a réconciliée avec le monde, tant elle m’a donné une explosion gustative inoubliable.

C’était en juin, au tout début du mois, nous étions à une dégustation dans un endroit de rêve (Portivy), avec des gens aimables, un petit vent léger nous soulageait de la brûlure du soleil, et l’huître s’est révélée à moi comme un ensemble de goûts complexes et riches, un peu comme la seule fois que j’ai mangé un Phò, avec un ami qui savait bien dans quel restaurant vietnamien me le faire découvrir. Que ce soit l’huître ou le Phò, j’en ai perdu le vocabulaire sensoriel que j’avais pu avoir avant, et je découvrais un nouveau monde.

C’est à ça que je pense parfois quand le Pluviôse laisse la place au Ventôse et qu’on s’en trouve bien las.

J’ai alors envie de Comfort food, ce truc qui te glisse dans des chaussettes confortables, un plaid, un café ou un thé avec des gâteaux. Si c’est un mot anglais, c’est peut-être qu’eux aussi ont trouvé la façon de lutter efficacement contre la morosité!

Et si l’huître était elle aussi un « aliment réconfort » à la française?

Le livre de Catherine Flohic est toujours en bonne place chez nous et page 296, on sait tout sur les apports nutritifs de l’huître :

Sur la base de 100 g :

Protéines : 6,4 g pour 100 g, Lipides : 1,5 g, Glucides : 3,8 g, Sodium : 250 mg, Fer : 6,5 mg, Magnésium 44 mg, Calcium : 45 mg, Cuivre : 2,7 mg, Phosphore : 135 mg, Sélénium : 28 µg, Zinc : 80 mg, Iode 60 µg, et les vitamines de A à E bien sûr.

Ça, c’est pour ce qu’elle apporte à notre organisme.

Mais la mâche d’une huître reste propre à chacun, et seuls nous savons sa saveur.

Nous arrivons bientôt au printemps, enfin, j’ose l’espérer, et au printemps il est admis que la végétation des jardins s’éveille, que les couleurs renaissent, avec la vie qui sourd, qui court et revient dans nos veines.

Il se trouve qu’en mer, c’est pareil. Le phytoplancton, notre ami préféré, est joyeux des rayons du soleil qui traversent l’eau de mer, de l’oxygène des vagues et de la chaleur qui point. Il se produit ce phénomène que l’on appelle Bloom, encore en english, qui se traduit par « floraison ». Mais dans bloom, il y a le son boum, alors on imagine que ça produit des étincelles, ou au moins une explosion, et c’est le cas.

La végétation marine se multiplie à foison et l’huître en frétille de contentement. Toute cette nouvelle nourriture qui lui vient, qui va la rassasier de ce long hiver, va lui donner des ailes. L’huître va profiter, reprendre des forces, manger, s’empiffrer, faire ses réserves de toute l’énergie dont elle aura bientôt besoin pour mettre en route la gamétogénèse, tout le circuit de reproduction qui culmine en été.

Ainsi, le printemps est la saison idéale pour les huîtres, et c’est également là que je les préfère.

Et vous? Etes-vous habitués des huîtres de printemps?

Ici, mon vieux blog de ma vie d’avant, avec LA recette que tout le monde s’arrache. La Fondue d’huîtres, ou ma première fois en huîtres. Cadeau.

Ostréiculture, ou l’art de rester humble

Quand j’ai commencé à travailler avec Jean-Noël, j’ai découvert un monde. Un monde très différent du mien. Je suis entrée en ostréiculture, peut-être comme on entre en religion, mais pas comme dans du beurre.

Jusqu’alors, mes seuls contacts avec la nature, étaient ceux qui m’avaient fait gambader dans la campagne finistérienne quand j’étais gamine, ou bien à bord d’un bateau, en marchant, voire même en courant dans les chemins creux, quelle chance d’avoir eu ces paysages là, au pied de la maison.

Bref, un contact du dimanche, le doigt sur le déclencheur de l’appareil photo, le nez en l’air et la conscience ailleurs.

Depuis, j’ai eu mal au dos, aux genoux, je suis tombée à l’eau, j’ai fait le plein des cuissardes et même de la cotte! Bref, j’ai fait connaissance avec l’ostréiculture!.

Avant, je réfléchissais beaucoup. Je ne faisais même que ça. Donc, je ne « faisais » rien. Le sens du travail manuel est venu avec ma peau fripée d’eau de mer, des griffures sur les avant-bras, les ongles noirs et la peau souillée de vase, ou encore le sel qui tire, et le soleil qui brûle.

L’ostréiculture sent l’iode et la vase, et le vent dans les cheveux.

Souvent, je suis démunie. Rien ne se maîtrise, du flot ou du jusant, de la vague et des courants. Rien ne se laisse faire, de la pluie et du vent.

Mon ostréiculteur de mari est bien incapable de donner un programme J-2, surtout en cette saison, où nous ne comptons plus les jours de tempête.

J’entendais récemment un collègue exprimer comme un regret de la considération de son métier par les autres. Les gens qui ne le pratiquent pas.

Il disait qu’on nous considérait comme des « gueux ».

J’étais triste alors. Triste pour lui qui se sentait atteint dans son coeur par cet adjectif peu reluisant.

Si nous sommes considérés comme gueux, que ce soit gueux de la mer et nous devons en être fiers.

Il est vrai que nous sommes parfois très sales. Sales de la tête aux pieds. Pourtant, je ne me suis jamais « sentie » sale, puisque cette vase, ce parfum, sont ceux que la nature nous donne. Ça peut sentir bon la vase quand tu sais que c’est un lit pour les huîtres. Ces taches sur la peau, cette boue qui se dessine, n’est-elle pas une trace de ce qui nous fait ? Et j’en connais qui, avec de la terre, font des oeuvres d’art.

Récemment nous avons été confrontés (et certains le sont depuis plus longtemps, et d’autres le sont encore, et je croise les doigts que la sérénité revienne) à une crise sanitaire qui, elle, puait.

Ce sont les humains qui ont sali la nature, qui ont sali la mer.

Il me semble que l’ostréiculture, à moi qui réfléchissais beaucoup trop, est un retour à l’essentiel, à la base de la pyramide, à la respiration des marées, à la chanson du vent, aux larmes de la pluie. L’ostréiculture, n’est injuste que par la cupidité humaine, la recherche du profit.

L’Ostréiculture est un beau métier, même s’il est impitoyable. Métier du vivant qui rend vivant, parce que chaque jour, il faut se battre, pour rester debout, parce que chaque jour son lot de surprises, ses adaptations perpétuelles.

Non, il n’y a pas de gueux à travailler la mer, comme il n’y a pas de gueux à travailler la terre. Il n’y a que des gens d’un pays, qui frottent leur cuir à une nature exigeante, avec qui vivre demande respect mutuel, et abnégation.

Jean-Noël est ostréiculteur de coeur et d’âme, je ne cherche plus à atteindre cet état là, sans doute par manque de courage devant la tâche, et mon admiration devant elle n’en n’est que plus grande.

D’avoir essayé, de faire tout comme, et d’avoir rencontré ce qu’on appelle « mes limites » me donne à penser que nul ne peut juger de ce qu’il ne connaît pas. Humblement.

Le goût

39.

Nous ne pouvons pas commercialiser nos huîtres depuis 39 jours.

39 c’est le nombre qui pourrait figurer celui de notre température, tant la fébrilité nous saisit.

Quand la fièvre nous prend à ce degré, nous perdons le goût. Tout le monde sait ça, que quand la température monte, la saveur disparaît.

Il n’ y a pas d’échelle de Richter pour mesurer le tremblement de terre que chaque entreprise connaît depuis le début de cet « épisode » de fermeture.

Il n’y a pas de sismographe sous les oreillers qui, chaque nuit, pourrait dessiner la courbe des cauchemars dont les scenarii sont multiples et variés.

La période remporte l’Oscar de la meilleure série d’angoisse, et pourtant nous savons garder de la hauteur, et trouver des solutions.

Néanmoins, il y a des matins où la paupière s’ouvre de colère, d’agacement, d’incompréhension, de révolte…

Ce matin, Jean-Noël m’a dit : tu ne voudrais pas écrire quelque chose sur ce sentiment d’injustice qui nous prend?

De mon point de vue de celle qui n’est pas extraite de ce milieu professionnel, qui a du mal à se sentir légitime quand elle se retourne et regarde tout ce que son ostréiculteur de bonhomme de mari a pu faire dans sa longue carrière, de ce point de vue là, alors je dis que c’est totalement injuste et même dégueulasse (il est moche comme ce qu’il veut dire ce mot, hein?) ce qui nous arrive, et aux autres aussi.

Dans quelques semaines, Jean-Noël et Louis Hervé vont témoigner dans l’école primaire du bourg (oui, j’en rendrai compte), de tout le travail qu’ils ont fait autour de la qualité d’eau et donc du bassin versant.

Déjà, il est évident que ce sont ces deux personnalités là qui ont été le catalyseur et la locomotive de cet énorme projet qui a permis d’obtenir et de conserver une eau de qualité sur le territoire.

Mais pourquoi donc a t-il fallu que les collectivités locales considèrent que ce travail était acquis ? Pourquoi n’ont-elles pas eu cette lucidité de réfléchir aux évolutions de populations et d’usages autour de ce bassin versant?

Pourquoi les luttes de pouvoir, politiques et d’égo, ont-elles empêché la nécessaire rénovation des réseaux d’eaux pluviales et usées?

Pourquoi n’est-on pas capable de voir que seule une politique environnementale cohérente permettra la survie d’un territoire?

Les drapeaux bleu de baignade, qui disent que chacun est en sécurité sanitaire à boire la tasse, vont-ils longtemps rester en place si les stations de lagunage et d’épuration restent encore sous-dimensionnées?

Le tourisme pourra t-il continuer de prospérer sur nos côtes si les activités primaires disparaissent?

Ces mêmes activités que la nôtre qui sont les sentinelles d’une certaine qualité d’eau et de terroir, mourront-elles de l’inconséquence économique d’un aveuglement politique?

Les ruptures conventionnelles, les licenciements économiques vont se multiplier dans les semaines à venir, si ce n’est pas déjà le cas, et les seuls responsables de cela sont nos élus, locaux, départementaux, régionaux.

Alors, nous perdons le goût, le goût de faire, nous avons le dégoût politique, des promesses à venir qui ne seront pas tenues, et d’un moment de découragement devant tant d’apathie et d’inconscience.

Quand ils ouvriront les yeux, le monde ne sera plus là, les savoirs-faire auront disparus, et le « geste », cette transmission d’un métier, ne sera plus qu’une idée notée sur un bout de papier.

Un jour, un groisillon s’est installé là, a travaillé le sol, a semé des huîtres, a nourri sa famille, et d’autres sont venus. Il en sera fait témoignage.

#Autopsie d’une crise prévisible

C’est Jean-Noël qui a trouvé le titre, et c’est lui qui m’inspire cet article.

Parce que je n’ai pas vécu « l’aventure » Bassin Versant, ce sujet dont nous parlons si souvent à la maison et au chantier qu’il m’est parfois sorti par les yeux.

Seulement voilà, la situation actuelle des ostréiculteurs dans plusieurs bassins du littoral français, me plonge la tête la première dans ce dossier, primordial, essentiel, et toujours en construction car le contexte évolue avec le temps qui passe.

Plus de 150 entreprises fermées à la vente pour cause de norovirus, dans le Morbihan, la baie du Mont Saint Michel, l’Ille et Vilaine et la Charente-Maritime.

Économiquement, c’est catastrophique.

Environnementalement, c’était prévisible.

Depuis que je connais Jean-Noël, je suis imprégnée de sa culture Bassin Versant. Pendant des mois, au début, je comprenais bien la théorie du discours. Et puis, très vite, en déambulant à la côte, en marchant sur les parcs, en respirant l’air marin, en ressentant jusque dans mes articulations ce qu’est un milieu naturel, en devinant de mieux en mieux le langage de la nature, en améliorant constamment ma vision du paysage, en grandissant, tout simplement, auprès d’un homme ultra sensible à ce.eux. qui l’entoure.nt. je sais dire à présent l’indispensable reconnaissance du travail accompli, mais aussi l’indispensable nécessité de continuer à creuser un sillon, souvent bien vite laissé en lisière, parce que la politique ne sait pas trouver son public dans la préservation d’un milieu, alors que proportionnellement au temps qui passe, la population littorale augmente.

Mais qu’est-ce donc que ce Bassin Versant Littoral dont je vous rabâche les oreilles?

L’histoire commence en 1994, quand la rivière d’Etel était promise à un classement en B pour la qualité de ses eaux, lors de la prévision de mise en place de nouvelles normes de classement.

Jean-Noël connaissait Pierre Mollo, depuis son stage professionnel pour l’accès aux concessions du Domaine public maritime, Pierre Mollo biologiste marin, spécialiste du plancton, mais pas seulement. C’est Pierre Mollo qui suggère de mettre en place des mesures autour du bassin versant, qui sait bien l’importance de la rencontre des eaux douces et des eaux salées pour la biologie marine.

La prise de conscience de l’interaction du milieu terrestre sur le milieu marin, permet d’instaurer un dialogue entre agriculteurs et ostréiculteurs. La blague habituelle pour résumer ce travail de concertation et d’échanges, passe par un mot de vocabulaire qui dit tout des différences entre ces deux milieux qui jusque là, ne se connaissaient pas : le mot « phyto ».

Pour un agriculteur, la « phyto » concerne les produits phytosanitaires. Pour un ostréiculteur quand on parle de phyto, c’est phytoplancton. Rien à voir donc.

Ce qui démontre, s’il en est encore besoin, que l’ignorance entraîne des conflits alors qu’une connaissance mutuelle permet de construire et d’avancer en paix.

Ainsi, ce travail de dialogue entre deux monde et 18 communes, entraîne rapidement la mise en place des bandes enherbées, grâce au Fond de Gestion de l’Espace Rural.

En 2001, l’eau de la rivière retrouve un classement en A, objectif atteint. Est créé en 2007, le Syndicat Mixte de la Ria d’Etel (SMRE), outil indépendant indispensable pour la gestion de la qualité de l’eau et du milieu. Lire ici l’historique, et la philosophie.

Des mesures d’assainissement des eaux usées sont prises pour les réseaux collectifs et particuliers. MAIS, rien n’est jamais acquis, et force est de constater que les efforts mis en oeuvre à la fin des années 90 et début des années 2000, ont du mal à perdurer, ou bien, laborieusement.

Ce matin a lieu une manifestation des ostréiculteurs morbihannais pour se défendre de la situation dans laquelle ils se trouvent.

Nous n’utilisons pas les mêmes armes pour nous battre, néanmoins il est évident que la frilosité politique générale quant à l’entretien des réseaux de collecte des eaux pluviales et des stations d’épuration, fait perdurer un réseau obsolète et tout à fait insuffisant pour l’assainissement collectif de notre région qui connaît une forte attractivité, pas seulement touristique. Depuis 30 ans la population résidentielle a doublé dans de nombreuses communes, et la saison estivale voit se multiplier par trois voire jusqu’à dix les habitants de certaines communes littorales!

Pourquoi cette année est-elle pire que les précédentes sur le plan sanitaire ?

Chaque mauvaise analyse de l’eau de mer est la conséquence de phénomènes météorologiques particuliers : une sécheresse suivie de pluies, ou une forte pluviosité, entraînant un sol gorgé d’eau ; l’absence de nappe phréatique pour absorber toute cette eau, entraîne un déversement de l’eau de pluie drainant avec elle tous les rejets humains, vers l’eau de mer, réceptacle bien malgré elle, de tous les effluents mal gérés en amont.

Nous avons connu deux étés secs, et cet automne a été particulièrement pluvieux, faisant déborder nos fossés, et remplir d’eau douce nos zones de prés salés, et les slikke en mer (estran) qui jouent un rôle d’auto épuration si important dans notre milieu.

Chacun sait que l’excès entraîne un déséquilibre, que nous retrouvons là, directement et durement dans nos entreprises, avec une fermeture sanitaire, outil de prévention et précaution oblige.

Cela fait des années que notre conscience écologique nous guide dans nos choix, de travail, de production, d’entretien des machines comme des bassins. C’est grâce à ces choix que nous avons pu travailler avec Nature & Progrès sur une charte de qualité dont la trame prend en compte l’ensemble des acteurs d’un milieu, environnemental, économique et social.

Notre chance est d’être en Ria d’Etel, un des derniers secteurs fermés.

Notre chance est d’être sur une zone Natura 2000.

Ce n’est pas qu’une chance quand on sait le travail colossal qui a été mené en amont, avec ce dossier de Bassin Versant Littoral.

Ce n’est pas qu’une chance, quand on sait le peu de densité de notre production, qui a peut-être retardé la propagation du virus.

C’est une alerte rouge, sur la continuité des actions à mener sur les réseaux d’eau douce et d’eaux usées.

L’apathie politique qui règne autour de cette conscience écologique, le manque de moyens mis en place pour la préservation de notre littoral, l’aveuglement général sur l’avenir de notre planète me révolte, et je me retiens.

À quand une réelle politique orientée vers une préservation du milieu?

« How dare you? » disait-elle, cette jeune fille pleine de la conscience d’un monde éphémère.

Comment osons-nous laisser cette situation durer?

L’automne

Comment résister au soleil quand il se présente?

Tout à l’heure, nous reprenons la route pour la (presque) dernière foire de l’année. Celle de Marcq-en-Baroeul. C’est la 20ème, ça compte, la 8ème (déjà!) pour moi!

J’ai reçu de quoi vous donner l’envie de venir, car venir, c’est participer aux grands projets de l’association qui oeuvre en faveur de Madagascar.

Tiens, regarde!

En attendant, nous nous activons à mettre les huîtres en condition, malgré le vent, malgré la pluie. Les marées se font courtes quand le vent souffle, le chaland est emmené comme un savon sur le carrelage de la salle de bain, et surtout, on travaille avec de l’eau au-dessus de la taille, les mains agissent à l’aveuglette, on rentre humides, les joues rouges et le regard brillant. Et les mains gelées.

Cette année nous avons beaucoup voyagé, ambassadeurs de l’huître née en mer auprès de Nature & Progrès, nous avons beaucoup parlé, expliqué, nos engagements, nos convictions, nos décisions, nos regrets, nos espoirs.

Les rencontres que nous avons faites ont, pour moi, été riches, surprenantes parfois, et souvent c’était un délice d’échanger avec vous, avec eux.

Un livre à feuilleter avec gourmandise et curiosité, plein d’anecdotes à la façon Gourong, conteur de la vie comme elle fut, pour mieux comprendre la vie comme elle est

Nous avons eu l’honneur de participer à un livre de recettes, tout juste frais paru, et lors de la dédicace avec Lucien Gourong et Xavier Dubois, nous avons pu faire la connaissance d’autres producteurs, avec qui nous parlons la même langue.

Les combats peuvent être âpres, difficiles et douloureux. Mais sans aucun doute, quand ils sont menés avec le coeur, on supporte mieux les contraintes, les écueils.

Jean-Paul Fretillet nous fait cadeau de cette photo, chère à mes yeux, car il en existe peu…

J’ai réalisé que l’huître, en tant que produit vivant, symbole de moments conviviaux, coquillage de luxe auquel tout le monde n’a pas les moyens d’accéder, quoique, est la cristallisation de nombreux ressentis.

C’est devenu pour moi le produit fini de l’activité humaine.

Une huître comme un livre ouvert de ce que l’homme fait à la nature, avec en sa chair, la richesse ou la menace de ce qui nous fait.

L’huître se nourrit en filtrant le plancton. Le plancton naît à la rencontre des eaux douces et salées, des rivières vers la mer, ou de la mer qui remonte dans les terres. Sur ces terres, un paysage, rural, habité, vivant, changeant à chaque saison.

Le bassin versant qui nous abrite évolue, et les politiques environnementales mises en place au fil des années, ont permis de garder une qualité d’eau qui permet aux usagers de profiter des plages, comme des coquillages, et aux paysans de continuer à travailler, en bonne entente avec les paysans de la mer.

À l’une de mes rares marées (en cette saison, il n’y a pas moyen de me détacher du bureau, et puis de toute façon je prête mes bottes), un dimanche sans doute puisque nous étions tous les deux, j’ai constaté un changement des couleurs. Le vert dense des entéromorphes a laissé la place aux bruns, aux ocres, au beige et au marron chocolat des mousses qui restent tenaces sous les poches. Le ciel, souvent plombé de gris ces derniers temps, offre un fond sombre fabuleux au moindre rayon de soleil égaré sur un arbre, rougeoyant de mille feux, avant de s’effacer sous l’arc-en-ciel en core plus lumineux et enfin de disparaître sous une soudaine brise, qui claque les cheveux à la joue, brûle les oreilles, trempe les yeux; enfin la pluie, comme un rappel à l’ordre, un coup de fouet qui ne fait pas trainer le travail en cours. En mer, le paysage change comme à terre, c’est un tout, où chacun est un maillon.

Ce matin l’eau avait monté très haut sur la route, nous étions à deux doigts d’être une île, comme ça arrive parfois.

À Listrec, la pluie qui tombe, fait distorsion.

C’est une saison tumultueuse, où il faut s’attacher à rester concentrés, et réactifs.

Nous produisons des huîtres, des cailloux rébarbatifs de prime abord, à la chair riche et croquante, élevées sur une grande étendue de sol, avec de la place dans les poches; notre rôle qui est de mettre les huîtres dans les meilleurs conditions pour pousser, nous tient à coeur. Alors que nous pourrions produire 5 fois plus que le volume actuel, nous avons fait le choix de rester à taille humaine, tant dans l’entreprise que sur l’estran, une question de respect sans doute?

Et puis je serai fière de continuer à promouvoir cette façon de faire, qui ne fait que créer de belles rencontres, en plein accord avec ma conscience, et de cela je suis reconnaissante.

J’embrasse Nelly avec qui je n’ai pas eu le temps de parler à Marjolaine, qui m’a permis de serrer la paluche de Fabrice, je pense avec admiration à nos voisins de stand, producteurs respectueux de la terre, avec affection à Eliane qui continue de tracer son sillon avec Yves; je n’en reviens toujours pas d’avoir eu Cédric en face de moi, moment où j’ai réalisé que produire des huîtres, ça va vraiment plus loin que la longueur d’un chaland.

Demain 29 novembre à Marcq-en-Baroeul, au Domaine des Galloires le vendredi 6, nous ne bougerons plus du chantier ensuite !

Retrouvez-nous encore ici et ici. C’est plus souvent alimenté…

Où ET QUAND TROUVER NOS HUÎTRES?

Mais oui, ça c’est une question qui revient souvent!

Il y a la solution simple de passer au chantier, en ayant pris soin de regarder les heures d’ouverture et de marée, histoire de ne pas se trouver le bec dans l’eau salée!

Il y a la solution expéditive, euh, pas vraiment parce que la logistique derrière est gourmande en temps de papier, mais nous expédions! si!

Pour ça, je devise au cas par cas, le coût étant lié à celui du transport.

Vous nous trouverez facilement dans la capitale via plusieurs formules :

Celle de Poiscaille, notre partenaire de confiance depuis plusieurs années, un casier de la mer responsable et durable, du frais vraiment frais, ils s’étendent sur la France, les bonnes pratiques devenant indispensables auprès de nous autres, concitoyens responsables.

L’épicerie Roots, un duo épatant, enthousiaste et engagé, courageux au point d’être passé nous voir cet été en famille, quelques heures de partage enrichissant… Ils proposent plusieurs produits qui correspondent à notre démarche, de la terre à la mer, avec de précieux conseils culinaires…(Maxime a travaillé chez de grands chefs!)

Si vous connaissez les Résistants, alors vous connaîtrez L’avant-Poste, leur nouveau restaurant, avec une formule encore plus proche du produit. J’ai eu le grand plaisir de les accueillir cet été, le temps était hésitant, mais eux n’ont pas hésité à mettre les bottes et arpenter les parcs! Une équipe comme une famille, avec des valeurs sûres, de celles qui donnent envie de ne jamais s’arrêter!

Je résume en une seule phrase : des fois je regrette de ne pas habiter Paris (mais des fois seulement).

Bien sûr, il y a le réseau Slow Food. Vous connaissez un convivium près de chez vous? adhérez, ce sont vos valeurs aussi, manger bon, propre et juste. Nous sommes connus de celui de Grenoble, Hautes-Alpes, Haut-Rhin… appelez-les, s’ils ne savent pas, entrainez-les !

Enfin, et ce n’est pas le moindre, nous entrons dans la saison des déplacements.

Le premier, le plus « énorme » en volume, en logistique, en folie, c’est la Foire aux huîtres de Dunkerque. Bon, ça fait plus de 30 ans alors je ne vous apprends rien… Ah ? Ok, bon, c’est la fête la plus dingue à laquelle il m’a été donné d’assister ! Au Kursaal à présent, le premier week-end plein d’octobre, 4, 5, 6, de la musique et des huîtres ! (je ne sais pas mettre de vidéo sur ce site, mais doit bien y en avoir sur la page de l’entreprise)

Le deuxième, un petit nouveau pour nous, le salon Ille et Bio, à Guichen dans en Ille et Vilaine. Anne et Jacques vont nous représenter, avec talent ! Grâce à la mention Nature et Progrès, nous avons des galons supplémentaires !

Le troisième sera en Belgique, chez nos chers amis Flamands, à Nieuwpoort, à 30 mn de Dunkerque en fait, et depuis que nous avons quitté la Criée pour une salle chauffée et confortable, je crois bien que les habitudes se prennent d’y rester plus longtemps à guincher! Cet événement a lieu les 18, 19, et 20 octobre !

Le quatrième, un nouveau et pas des moindres, le salon Marjolaine à la capitale aussi. Le salon du bio, au parc Floral. Anne et Jacques irons sur la majeure partie du salon, nous viendrons en renfort en milieu de la dizaine, avec une date de conférence sur les triploïdes prévues (le 5 novembre)

Le cinquième (ouais, j’ai les genoux qui tintinnabulent!) c’est avec l’association Macq-Madagascar, encore et toujours dans le Nord, à Marcq-en-Baroeul, à l’hippodrome. Les 29, 30 novembre et 1er décembre, avec une expo, des articles venus de Madagascar en vente solidaire, et puis nous, les huîtres!

Le sixième (!) c’est le week-end des portes ouvertes du Domaine des Galloires. Nous n’y sommes plus en chair et en os car c’est trop loin dans la saison pour utiliser ce fameux don d’ubiquité que nos enfants connaissent si bien, mais nous sommes bien représentés par la famille ! Soyez au rendez-vous le premier week-end plein de décembre !

Le septième? Le réseau Biocoop! Là où la mer ne va pas, nos huîtres vont!

Cette petite revue me fait un peu peur, vous savez que nous ne sommes qu’une modeste petite entreprise, et ces défis sont assez majeurs pour nous ! Avec Louis, notre salarié à l’année, Léo, en apprentissage, et les saisonniers que nous allons embaucher (Vinceslas et Isabelle) nous espérons que nous tiendrons la distance !

Merci d’avance de votre fidélité et de votre confiance !

Un petit rappel pour la cagnotte de Toubacouta…

https://www.leetchi.com/c/solidarite-toubacouta