Tous les articles par Tifenn surtout et Jean Noël des fois.

S’emballer

De temps en temps je peux être prise d’une frénésie de changer les choses, et c’est le cas. Comme si les températures négatives (enfin un véritable hiver!) qui forcent à hiberner, faisaient voir le monde sous un angle différent.

Ça fait un moment, voire quelques années, que nous voulons changer l’emballage, le packaging si tu préfères. Le bleu et le orange me sortaient par les yeux, presque. Sauf que ça ne se fait pas comme ça, changer l’emballage c’est changer l’image, c’est un peu comme si on nous faisait de la chirurgie esthétique de la bourriche.

Et c’est un coût aussi. Le chirurgien du packaging perçoit des devises, ça se comprend.

Alors, dans ma petite tête, je mettais des lignes, une belle écriture bien moderne, une adresse et celle du blog, peut-être même les qualités organoleptiques de l’huître, je t’aurais pourquoi pas mis une recette, et puis j’aurais tout misé sur le nom qui est un prénom, alors j’aurais aussi mis le prénom, c’est là que le patron il voulait que je mette mon nom, qui est le sien, qui ressemble à un prénom, mais que moi je trouvais ça trop long, et puis des noms prénoms, ça fait croire que c’est quelqu’un d’autre, alors je ne savais plus…

Du coup, laissé tomber on a.

Et puis en décembre, le orange et le bleu m’est encore sorti par les yeux, presque.

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J’ai appelé le chirurgien, pour lui demander comment allait se passer le premier coup de scalpel, et jusqu’où on pouvait aller.

Le chirurgien s’est bidonné. Il devait appeler aussi, parce que de toute façon, on ne pouvait plus garder la même tête. L’emballage orange et bleu est devenu collector depuis le 5 janvier, plus jamais jamais il ne pourra se fabriquer. Les 5000 m2 de la clinique ont totalement brûlés, et les outils aussi.

En gros, je t’explique :

Nos emballages sont imprimés à partir d’une maquette, qui est un bronze. Genre un bas relief sur lequel on te passe l’encre et le contreplaqué. J’imagine que c’est pas tout à fait ça en vrai, mais c’est ce que je me représente : un gros rouleau d’imprimerie, en bronze, qui dessine sur le bois joli.

Ben le bronze, il a fondu.

Nous vla bien.

Parce qu’il ne nous reste que très peu de bourriches personnalisées après les commandes de Noël. Tu te doutes qu’on fait un stock en prévision de ce qui va partir, on essaie de rester dans les clous pour ne pas se retrouver envahis de paniers, ça prend de la place ces machins là.

Et en janvier, on commande de nouveaux paniers pour les mois du printemps et de l’été.

Ça, on oublie.

On pourrait changer de fournisseur.

Mais on l’aime bien notre fournisseur et je n’aimerais pas perdre tous mes clients pour un coût du sort aussi chaud.

D’aujourd’hui à septembre, on va se retrouver avec des emballages vierges, anonymes, sans bleu, sans orange, tant mieux, mais sans rien du tout, tant pis.

Genre ça, qu’on vient de recevoir, et c’est donc pas encore rangé.

Ah si, y’a du « huîtres de Bretagne » dessus. Bleu. Brrrr.

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Alors, je lance une grande souscription d’idées, la première bourriche créée par celui qui la reçoit, une bourriche où figurerait ce que toi, consom’acteur tu veux y voir!

Parce que je connais des gens qui font de leurs bourriches un panier pour le chat, un vide poche, une boite à chaussettes ou à soutien gorge (qui aurait pu dire que j’aurais écrit soutien gorge sur un blog qui parle d’huîtres!), un range couverts, ou de serviettes de table, bref, des boitatou, personnalisées.

Evidemment y’a des contraintes imposées :

Les mots YVON, HUITRES, NÉES EN MER, LISTREC, BRETAGNE, L’ADRESSE DU BLOG, doivent figurer.

Tu m’écris à l’adresse suivante : huitres.yvon@free.fr

Et tu as jusqu’au 15 février!

J’ai déjà mon idée, je voudrais juste la confirmer 🙂

A gagner : ma reconnaissance!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yvan Tonnerre

Les murs du chantier dans lequel nous travaillons, ont été érigés dans les années 50. Yvan a façonné de ses mains les briques montées patiemment jour après jour. Derrière ce bâtiment, à la côte, il y avait un jardin. Le jardin jouxtait la maison en pierres qui a été vendue depuis, où ont été élevés Ivan et Emilianne, sa petite sœur. 

Jean Noel, le fils d’Emilianne a construit sa maison dans le jardin qu’il a racheté à ses parents. 

Listrec, c’est un lieu familial, où chaque caillou peut raconter une histoire. 

Yvan, Ostreiculteur, parrain de Jean Noel, et grand frère très aimé de sa sœur, a dû quitter Listrec, arracher son coeur, et se poser ailleurs avec sa famille, question de survie. 

Le frère et la sœur ont continué à se voir, toute leur vie durant. Yvan est revenu parfois à Listrec, chez sa sœur, et rarement, voire jamais jusqu’au jardin de son enfance, ni dans le bâtiment qu’il avait construit. Il est des douleurs qui façonnent un homme. 

Je connaissais assez peu Yvan et sa famille, sa femme et ses quatre filles. Quelques cafés pris ensemble le long du Belon, là où un Ostreiculteur déraciné pouvait trouver une place et un travail, du bonheur aussi. 

Il était très grand, élancé comme un roseau qui ne casse pas, fier et fort. À chaque fois que je l’ai vu, une étincelle dans les yeux et ce sourire en coin qui n’en disait pas moins. 

Yvan avait construit une Plate pour aller pêcher sur le Belon, et comme à tous les bateaux il faut un nom, il l’a prénommé MiAnne, du prénom de sa sœur. 

Yvan était parti de Listrec, mais jamais il n’a été oublié. 

Un jour, nous avons discuté Jean Noel et moi, de la possibilité de renommer l’entreprise : Yvon Tonnerre. Les imbroglios juridiques nous ont freinés. 

Le 30 décembre, le grand coeur de cet homme a cessé de battre, d’usure et de vieillesse, à 91 ans. 

Aujourd’hui, Yvan va faire son dernier voyage vers Listrec, et plus rien ne pourra lui faire quitter sa rivière. 

Où Biocoop se révèle à la hauteur (vraiment)

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Avant-hier après la pluie

Où comment on s’aperçoit que Biocoop prend vraiment soin de ses producteurs.

J’ai écrit un long billet hier, mais c’était pas encore ça.

Nous avons eu un rendez-vous téléphonique avec Biocoop hier matin, qui nous a été proposé la semaine dernière, on avait répondu oui, pourquoi pas, un peu désabusés, pas très optimistes.

L’incertitude, ça plombe.

Le rendez-vous nous a un peu scotchés, on ne s’attendait pas à leurs propositions.

Nos deux interlocuteurs se sont à nouveau excusés de cette « bourde » commise involontairement.

A toute chose malheur est bon, dit-on, il se pourrait que pour compenser la perte des volumes, nous puissions commercialiser nos huîtres sur une plus longue période dans les boutiques biocoop partenaires.

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Hier matin la journée commençait bien

Il faut savoir que chaque boutique est indépendante et peut avoir des fournisseurs en direct. A Noël, la centrale d’achat met au catalogue des produits comme les nôtres qui sont livrés aux plate formes puis redistribués. Nous ne savons pas quelles boutiques ont nos huîtres. Sauf quand un consommateur nous appelle!

Ainsi donc, vous qui réclamiez parfois des huîtres à Pâques, il se pourrait que ce soit possible cette année. Cétipabo?

Bien sûr, c’est une gageure, une incertitude, on ne sait pas s’il y aura assez de demandes!

Mais c’est un début de solution.

Si, en revanche, ça ne fonctionne pas, Biocoop s’engage à compenser financièrement notre perte de chiffre d’affaire. C’est là qu’on est restés muets. Ça n’est pas rien, une telle proposition, nous sommes dans l’obligation de respecter la démarche!

Ils nous ont un peu réexpliqué le système de sélection de fournisseurs également. Ainsi, l’ostréiculteur choisi pour nous remplacer dans le sud a passé tous les tests de sélection, il correspond à tous les critères de la charte Biocoop. C’est rassurant.

Nous avons retrouvé une certaine forme de sérénité, à un coup de fil près!

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Ce matin, un gris doux, qui va se lever, sans doute. 

 

 

 

 

 

 

Les tours que nous jouent Biocoop et la météo

Peut-être l’avez vous déjà remarqué : le soleil est au nord ce que la pluie est au sud. On marche sur la tête.

Depuis avril, ici en Bretagne, la pluie est rare. Le temps gris oui, le brouillard, aussi, mais la pluie, nada.

Vous savez aussi qu’une huître grandi en fonction de plusieurs facteurs, hautement aléatoires comme nous le voyons cette année.

Qu’est ce qui fait grandir une huître?

Sa nourriture : le plancton, essentiellement, mais aussi les sels minéraux et les nutriments. C’est donc un mélange venu de la mer, mais aussi les apports de la terre qui alimentent une huître.

Pour que les sels minéraux et nutriments d’un bassin versant soient présents dans l’eau de mer, il faut de la pluie.

Une eau douce mais point stérile, puisque chargée de tout ce qu’elle va trouver en ruisselant dans les champs, sur les rochers, dans les racines des arbres, dans l’humus des feuilles, dans tout ce que donne la belle « terre nourricière » qui porte bien son nom.

Aujourd’hui, nous sommes le 31 octobre, le soleil brille, et les enfants encore en vacances, vont passer un bon moment de la journée dehors, en T-shirt. Pour un peu, ils se baigneraient, si leur mère, plus frileuse, n’avait pas peur qu’ils prennent froid.

Depuis le mois d’avril, rare est la pluie.

Dans tous les bassins ostréicoles français, du nord au sud, il manque cet apport d’eau douce qui, comme au printemps, apporte, en théorie en automne, une deuxième « pousse » de l’huître.

 

Toute la végétation qui pousse plus que l’huître!img_0022

Cette année, la théorie ne fonctionne pas. Ce manque d’eau douce a la conséquence suivante : de toutes les huîtres qu’on « lève » des parcs pour les trier, sur ces huîtres qui devaient faire du N°3, on constate environ 20 à 30% d’huîtres n’ayant pas atteint la taille adéquate. Il manque la pousse d’automne.

Les stocks sont donc moins importants qu’espérés.

Cela demande double travail : les huîtres trop petites doivent être remises en poches ou re semées, pour leur donner une chance de grandir encore un peu et être prêtes mettons, à partir de Pâques.

Sur les parcs, la végétation se développe toujours, des mousses persistantes s’accrochent à nos petits cailloux, il faut herser encore, avant de draguer les huîtres et tourner les poches une fois de plus pour éviter d’avoir à trier des algues et autres coquillages.

 

L’ostréiculteur marchant sur ses parcsimg_0023

En attendant, dans les chantiers, on doit faire passer beaucoup plus de volume pour en retirer ce qu’il faut pour les commandes de Noël.

Nous n’allons pas compter nos heures.

On pourrait se dire : « mais alors, s’il y a moins d’huîtres, elles seront plus chères? »

Ça dépend si tu parles au producteur ou à la GMS (tu sais, les supermarchés aux supers promotions?)

Le producteur a souvent le couteau sous la gorge. L’année dernière, les prix en gros avaient fortement diminués (30% de moins). Ce qui a mené pas mal d’entreprises à une trésorerie exsangue. Le monopole des tous puissants face aux petites entreprises, les courtiers qui ne sont pas toujours nos amis puisqu’ils maintiennent des prix bas tout en se dégageant une belle marge, sont soumis à la loi de cette GMS qui ne tient pas compte de la réalité sur le terrain.

Une étude a été faite par un cabinet comptable qui donne un prix de revient de l’huître à 3€, le kilo, à la production (Toi, consommateur, tu payes en plus : le prix de l’emballage, la main d’oeuvre pour cet emballage, et le coût de transport).

L’an dernier, les huîtres se vendaient en gros à 2,7€ le kilo. Tu vois l’écart?

Toi, tu ne l’a pas sentie, cette baisse, parce que dans les grandes surfaces, la marge a été conséquente, et qu’en direct, tu ne peux pas et ne dois pas demander à ton producteur préféré de se suicider économiquement en vendant moins cher ses huîtres que ce que leur travail lui a coûté.

On parles des huîtres venues d’Irlande comme d’un danger, car du volume supplémentaire capable de faire descendre les cours. Mais ces huîtres là, sont produites par des français (avec une main d’oeuvre moins chère et des aides à l’installation plus importantes)! Et il y a équilibre entre ces huîtres importées, et celles qui sont exportées, en Espagne, Italie ou Chine, ou ailleurs, mondialisation ma chérie.

Bref, l’ostréiculture dans toute sa splendeur, loin des certitudes, toujours en renouvellement, de bonnes en mauvaises années, de surprises en surprises, avec un talent d’adaptation comme ligne de conduite, et quelques nuits blanches…

Nous avons la chance d’avoir des clients consommateurs, consom’acteurs, fidèles, qui comme toi, lecteur, cherchent à comprendre et à donner sa chance aux petites entreprises de garder la tête hors de l’eau.

Mais…

Les huîtres couvertes de mousses qu’il faut sécher et gratter pour qu’elles puissent tomberimg_0025

Rien n’est acquis, et toujours il faut remettre son travail à l’ouvrage.

Un client que nous avons, un très bon, qui nous a permis en mai, de consolider un emploi temps plein dans l’entreprise, nous fait défaut : Biocoop a « oublié » de nous prévenir que dans le cadre de sa politique de « re localisation » le marché du sud serait dévolu à un autre ostréiculteur.

Je n’ai rien contre cette politique, si elle est anticipée, et si elle a du sens. Entre des huîtres de Bretagne venues à Sorgues et des huîtres venues d’Arcachon pour la même destination, je ne suis pas bien sûre que le nombre de kilomètres soit très différent (si tu sais que les huîtres vendues à Arcachon ont probablement passé une bonne partie de leur vie en Bretagne ou Normandie, là où grandissent toutes les huîtres…)

Tu sais qu’il faut trois ans pour produire une huître, c’est donc de l’anticipation, beaucoup d’anticipation. Les marchés Biocoop dans le sud, c’était 60% de nos volumes Biocoop. Nous avions 5,7 tonnes l’an dernier. Nous aurons 2 tonnes cette année. Vois-tu.

Un marché que nous avions développé, avec cette communication que vous avez là, sous vos yeux, et avec un travail de qualité qui faisait notre succès et augmentait les commandes d’année en année. C’est un autre qui va profiter de ce travail, nous l’avons un peu mauvaise.

Ainsi, chers clients Biocoop du sud, vous n’aurez plus d’huîtres de Bretagne dans vos boutiques Biocoop, sauf à passer en direct avec nous. Vous verrez sur ces bourriches, un nouveau logo et celui du label AB.

 

Ce label, en ostréiculture, qui, comme dit Jean-Noël est une grande lessiveuse : »quand tu laves du gris, du noir et du blanc, à tout passer à la lessive AB, tu obtiens du blanc ». Voir mon article précédent, où l’on apprend que, pour l’instant, le label AB utilise des huîtres d’écloseries, ces écloseries qui vendent au moins 80% de triploïdes.

Sans vouloir jeter l’opprobre.

Voilà, comme nous le faisons depuis toujours, en toute transparence, nous disons les choses comme elles sont au lieu de les taire.

Nous préférons les mots aux silences et non-dits dont on sait le mal qu’ils peuvent faire.

Nous préférons l’éthique et la qualité à un emballage trop joli pour être vrai. Ce qui nous fait peut-être défaut aujourd’hui.

Nous agissons collectivement, car nous pensons qu’à plusieurs on est plus forts, mais il faut continuer à se battre commercialement pour continuer à exister.

Nous avons donc la possibilité de vendre en direct à qui veut, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, mais pour que tu t’y retrouves dans le coût de transport, il faut prévoir un volume minimum de 80 kg. (dans un kilo il y a environ une douzaine de N°3).

Au fond, c’est pas grand chose, si tu as 80 amis 🙂

N’hésite pas, il paraît que j’ai un téléphone greffé à ma main… Les coordonnées de notre géniale toute petite entreprise (on est 3, Jean Noël, Louis et moi) sont en haut quelque part sur la droite.

A très vite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Label or not label, oh, la belle huître!

A Dunkerque cette année, on a eu les Quatre Saisons

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Commencer cet article alors que j’ai mal aux yeux d’avoir lu et tenté de tout comprendre du journal officiel de l’Union européenne, ne va pas être simple.

Au départ, il était une fois, on a voulu se renseigner sur le label AB (Agriculture Biologique).

Tu vois bien qu’on est tendance, on essaie de suivre la mode, puisque tout le monde fait du AB pourquoi pas nous?

En théorie, on a pas grand chose à faire de plus. En lisant un peu les textes, on pourrait faire moins, même.

On s’imagine comme toi et moi, avec ta conscience. En situation d’aller faire ses petites courses, ou bien les grandes, celles des familles nombreuses.

Tu as le choix du marché.

On va extrapoler et dire que c’est possible le samedi ou le dimanche, si tu es en activité, ou bien une fois par semaine dans ton AMAP, ou ton producteur préféré.

Avant la foule, le calme et les lumières qui brillent.

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Si tu es réaliste, tu n’as pas le temps matériel de faire plus de deux fois la semaine, des courses alimentaires.

Si, en plus, tes fournisseurs sont éparpillés, avec un peu de chance dans la même commune, mais on sait bien que souvent ça n’est pas le cas, tu vas te diriger vers une épicerie bio, au mieux, au grand super marché, au pire.

Moi, je vais au supermarché, je t’avoue, j’ai 4 enfants, un job un peu chronophage, et franchement, quand j’ai le temps de faire le marché c’est en vacances, même s’il m’arrive d’aller chercher un panier de légumes et d’autres bonnes choses chez mon maraîcher pas trop loin, parfois, quand je n’ai pas raté le jour ou l’heure.

Alors, comme je suis une mère de famille aimante, qui culpabilise de ne pas passer deux heures par jour à mitonner, je rentabilise mes choix.

Enfin j’essaie.

Ma bonne conscience, elle passe par le label AB ou autre IGP AOC etc… Les trois ensemble pourquoi pas.

Le choix n’est pas simple, entre une bonne huître et une bonne huître.

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Bon, ok, j’ai l’oeil qui frise quand j’embarque les bananes du Brésil, et l’ananas du Costa Rica. Genre, ouais mais le coût carbone quand même…

Mère aimante mais pas parfaite.

Ce matin, je suis allée faire le plein, et bing pour le coût des céréales. Parce que les enfants adorent les céréales, et que je ne sais pas si je suis assez réveillée le matin pour beurrer leurs mille tartines. Et que, on dit à la télé que les céréales pas bio, c’est pas bien.

Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit à la télé, mais je suis particulièrement influençable quand il s’agit de nourriture, ce qui fait grandir, tenir debout, et au fond, prévient des maladies.

Exit les céréales pas bio. Ça tombe bien pour le budget que j’arrête de fumer.

Bref, tout ça pour dire, qu’on se dit qu’un petit label AB sur nos huîtres, ça ferait joli.

Ça donnerait bonne conscience à celui qui hésite entre deux maux.

Ça évite même de réfléchir, puisqu’on a réfléchi pour toi.

Sauf que.

J’ai un gros défaut.

Je suis incapable de donner mon avis sur un sujet dont je ne connais pas les tenants et aboutissants. D’où ce blog d’ailleurs tiens. Fallait d’abord que j’essaie d’être ostréicultrice avant d’en parler.

Alors j’ai cherché sur le net, demandé au Comité Régional de la Conchyliculture quoiquestce, et j’en ai une conclusion toute réfléchie :

Le label AB pour les huîtres, c’est le bazar.

Et le bazar c’est Dunkerque et sans bazar, ce serait triste. Dunkerque n’est pas triste.

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On a pas le droit de ça, mais un peu quand même, et on doit faire ça, mais dans un cas exceptionnel, on peut ne pas… etc… etc…

Je n’arrive pas à avoir de chiffre exact, par exemple, combien de poches à l’hectare?

On est très largement en dessous de la préconisation du schéma des structures, mais j’eusse aimé lire quelque chose en ce sens dans le JO.

Et puis, il y a cette petite phrase qui me dérange :

« Dans le cas de l’huître creuse, crassostrea gigas, la préférence est accordée aux stocks élevés de façon sélective afin de réduire la reproduction dans la nature ». C’est à dire, puisqu’il y a sélection, qu’on parle des huîtres fabriquées et nées en écloseries!

Oups.

et ceux qui nous accompagnent, courageux! Il en manque trois. Devine.

Alors voilà, en attendant que ça change, si ça change, nous n’aurons pas le label AB sur nos paniers.

Comment pourrait-on, en effet, préférer se fournir en huître d’écloseries quand on est nous?

Pour que tu t’amuses à ton tour, cher lecteur, je te mets le lien vers mes sources :

ICI (page 9) et puis LA ou encore PAR LA

Ceci dit, pour ne pas que tu penses que nous ne sommes affiliés à rien, nos valeurs s’affichent dans deux réseaux qui nous tiennent à coeur.

Ostréiculteurs Traditionnels et Slow Food.

Les « OT » comme on dit, sont 90, c’est peu. Néanmoins, ils permettent de se poser les bonnes questions et oeuvrent au sénat par exemple, avec Joël Labbé pour la mise en place d’un étiquetage des huîtres et différencier celles d’écloseries de celles nées en mer. Juste pour informer le consommateur.

Slow Food, c’est mondial, mais encore peu connu en France. Nous avons la chance d’être allés deux fois au salon de Terra madre, même si nous n’avons pu le faire cette année. Faire partie de l’Arche du goût et entrer dans le projet de l’Alliance des chefs, c’est croire que l’espèce humaine n’a pas tout perdu de son bon sens, et finira par marcher sur ses deux pieds.

Nous, on va courir maintenant, la saison est bien commencée et nous nous préparons pour la Belgique en fin de semaine, Nieuwpoort où nous devenons des Oesterbeurs!!

A bientôt !

Rendez vous à Nieuwpoort à partir de vendredi 21 sous la criée!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ostréicultrice!

Tu as la quarantaine, tu n’as presque jamais rien fait de tes dix doigts, enfin rien qui soit rémunérateur, tu reconnais la proue de la poupe et le bâbord de tribord, mais, tu n’as jamais mangé d’huîtres, tu imagines tout et surtout n’importe quoi sur ces petites bêtes, mais, pour une raison chère à ton coeur, tu te jettes les deux pieds dans la vase et la tête dans l’eau froide.

Ostréicultrice, tu deviendras!

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La raison première est ton besoin de comprendre comment ça marche. Un peu comme la magie de faire du pain, ou de voir pousser une fleur, ou voler un papillon.

Ça commence comme ça, cet entrain qui te pousse, cette folie douce parfois brutale, cet excès des tempéraments, des émotions, des sensations, le ressenti brut d’être toi-même dans un milieu inconnu, qui donc, par ignorance, peut faire peur ou paraître hostile.

Un peu de bla bla pour commencer, ça fait longtemps hein?

Bref, depuis mai, je suis entrée dans le club officiel et un peu « clos » des ostréiculteurs.

J’ai le droit d’exploiter des parcs.

Dans le temps, l’ancien, le très très lointain, sans doute qu’un quidam passant à la côte pouvait, par amour, inconscience ou folie, se faire séduire et devenir ostréiculteur.

Maintenant, ce n’est plus le cas. N’importe qui peut s’attacher à exercer ce métier, mais les règles à suivre sont strictes et réglementées. Il y a des étapes à franchir, peu importe par quel bout tu les attaque.

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À mon très grand âge, j’ai eu la chance de bénéficier de formations (payantes, mais si ton patron cotise à un organisme de formation elles peuvent être tout ou partie remboursées) dans un lycée qui les propose, pas loin de chez moi en plus, à Etel : le Lycée maritime et aquacole.

À chacune des formations que j’ai suivies, il y avait des candidats de tout l’Ouest. Certains ont trouvé à louer, d’autres préféraient faire jusqu’à une heure de route pour venir en cours…

Quand j’ai commencé à travailler dans l’entreprise en tant que salariée, s’est posé le choix du régime social.

Tout le monde peut s’inscrire à la MSA (Mutuelle Sociale Agricole) sur simple visite médicale.

Mais le régime encore plus intéressant est celui de la marine, l’ENIM (Etablissement National des Invalides de la Marine), à la fois pour le patron (cotisations forfaitaires) et pour le salarié (meilleure retraite à ce jour).

Seulement voilà, pour y entrer, il faut déjà passer des « diplômes » à savoir le « marin ouvrier ».  (16 heures pour le niveau 1, 27 pour le niveau 2).

Là, tu deviens matelot. Mais tu n’es pas obligé de porter le pompon, juste la VFI!

Ça, je l’ai passé en 2013.

Devenir marin, comme mes grands pères et arrière grands pères, presque sans faire exprès!

C’est pas pour autant que tu te sens légitime. Un peu comme quand tu viens d’obtenir ton permis, ça ne veut pas dire que tu sais conduire. Tu connais le code de la route, soit, mais si tu ne pratiques pas, tu oublies! Et les manoeuvres délicates, restent des manoeuvres délicates!

Sachant qu’en mer, il faut toujours savoir se dépatouiller, le milieu est particulièrement aléatoire…

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Une fois que tu as obtenu le marin ouvrier niveau deux, en plus d’avoir le droit d’être à l’Enim, ça veut aussi dire que tu peux conduire un navire de jour, de moins de 24 mètres (23 c’est déjà pas mal), sous la direction du chef d’exploitation (tu as le patron à bord, quoi).

Forte de cette expérience, et dans la bonne ambiance des formations « adultes » (des fois, tu te poses quand même la question), en 2014, j’ai tenté le « Patron 1 », ce qui est un morceau un peu plus ardu, surtout quand il faut apprendre les calculs de marée (et que tu hais tous les calculs) et les problèmes de carte marines (mais là, c’est assez sympa). Bon, tu en as pour 116 heures. Faut pas que ça tombe en décembre.

Tu apprends donc à faire le point, et ce qu’est, entre autre, un arbre à cames. Tu dois savoir réagir en cas d’incident ou accident (rédiger un rapport) et, comme tu sais déjà sauver un homme à la mer et accoster, c’est tout simple (gniark gniark).

J’ai eu des profs très sympas, qui ont su rendre digeste le plus indigeste. Ce sont souvent d’anciens professionnels de la mer qui t’enseignent leur métier, ce qui permet de raconter pas mal d’anecdotes qui rendent le cours vivant. Et puis, je te dis, l’ambiance…

OCEAN COQUELICOTS

En 2015, je ne me sentais plus d’apprendre quoique ce soit. Cette année a été compliquée pour moi, et je n’avais plus envie de mouliner mes neurones.

Alors, j’ai attendu 2016, pour, enfin, passer LA formation qui donne accès aux concessions, qu’on appelle ainsi, car si tu me lis depuis un temps tu le sais, les parcs que nous exploitons sont à l’Etat. Ils font partie du DPM (Domaine Public Maritime) et sont soumis à des règles dont celle ci : la formation Cultures Marines de 280 heures dont 70 en entreprise.

Alors là, mon coco, tu fais de la biologie et encore de la biologie mais aussi, miam, de la comptabilité!

Tout, tu sauras tout sur l’anatomie des huîtres, des moules, des coques, des palourdes, tu mangeras même des algues (les algues c’est vraiment un domaine ultra très très complexe), tu connaitras toutes les maladies qui atteignent nos petits poissons…

Et le plancton! Ah, le plancton! un sujet intarissable avec un vocabulaire qui te fais enfin croire que tu sais parler latin, skeletonema costatum, noctiluca, dinoflagellées, chrysophycées…

Ou bien, tu sauras tout sur le biotope, la biocénose, ce que veut dire pélagique, benthique, zostère, slikke! Tu marches dans la slikke, le sais tu?

Notre prof avait une patience incroyable, parce que franchement, parfois, on était dissipés, largués!

Tu sauras tout et encore plus, sur un bilan, un compte de résultat, tout un tas de notions qui te font bénir le comptable de l’entreprise parce que tu peux compter sur lui pour le faire à ta place !! (ça c’est juste pour moi, hein, toujours avec ces problèmes de chiffritude)

J’ai vu battre le coeur d’une huître, si, et je l’ai même refais devant des primaires ébahis plus tard…

On a vu une huître filtrer le colorant alimentaire :

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J’ai, aussi, mangé à la cantine :

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Mais on s’est baladés plus d’une fois

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Un ensemble de choses, qui somme toutes, ont rendu la contrainte agréable ou presque.

Pour résumer (enfin) devenir ostréiculteur quand tu n’es pas né dedans, c’est possible, même si tu ne t’appelles pas Obélix!

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Une crise agricole, faire un choix? 

Depuis quelques temps, nous avons pris une autre route. Nous sommes presque « spectateurs » de l’actualité : la crise agricole.

Crise : du grec « krisis » qui signifie « trier » comme séparer le bon grain de l’ivraie. Soit, faire un choix, prendre une décision. 

Nous avons pris notre décision, nous ne sommes pas en « crise ». 

Néanmoins, nous y réfléchissons souvent, tant les parallèles avec la crise ostréicole sont forts.

Notre système de production et de commercialisation, bon an mal an, tient la route. C’est un fait. Par cela, nous entendons que nous parvenons à vivre de notre travail, à tâtons parfois, mais sans excès d’aucune sorte.

Ainsi, nous avons envie de réagir à ce qui se passe ici en Bretagne et partout en France.

L’histoire se répète, encore et encore. Les leçons du passé tombent, hélas, dans l’oubli.

Lundi 15 février, une nouvelle manifestation d’agriculteurs de la FDSEA s’organise. Des ostréiculteurs solidaires, se joignent à eux dans leurs revendications sur les prix. Ils demandent simplement, une rémunération de leur travail, qui leur permette de survivre, voire de vivre. Ils manifestent accessoirement sur l’excès des réglementations qui les empêchent de produire plus (trop).

Nous assistons aux mêmes causes ayant les mêmes conséquences :  la surproduction entraîne des problèmes sanitaires qui sont traités par l’industrie chimique* pour conduire à produire plus (« un producteur pur, veut toujours produire plus »), alors qu’il n’y a pas de marchés.

D’où une baisse des prix et une augmentation des coûts de production.

Pourquoi est-ce si difficile de comprendre que la seule solution est de respecter la nature ?(elle réagit immédiatement aux surdensités comme à la surproduction, avec l’apparition de nouvelles maladies).

Respecter la nature c’est : diminuer la production (donc réduire les risques sanitaires) , ce qui, mécaniquement, diminuera les surcoûts de production, avec pour conséquence, la remontée des prix à un niveau raisonnable et acceptable.

Nous ne pouvons pas être solidaires de cette politique productiviste (travailler plus pour gagner moins?)

Les producteurs ont pourtant du pouvoir : ils peuvent influer sur le marché par une politique de réduction de la production. L’industrie agro alimentaire  devra alors réagir rapidement, pour ne pas perdre la rentabilité, donc des dividendes pour les actionnaires.

Il nous arrive de rêver que des agriculteurs, qui de toute façon n’ont plus rien à perdre, stoppent leur production mettons, un mois durant : les conséquences? ils se détachent des lobbies agro alimentaires qui les tiennent à la gorge, en étant à la fois les fournisseurs, les banquiers et les clients. Ils retrouvent une certaine forme d’indépendance et de libre choix, et inversent le rapport de force.

Question (juste pour continuer le raisonnement) : si une majorité d’agriculteurs  dépose le bilan que se passe t-il?

*INRA et Ifremer