Tous les articles par Tifenn surtout et Jean Noël des fois.

Final!

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Voilà.

Le moment tant attendu est arrivé.

C’est l’heure du jour, de la semaine, du mois, où le maximum de bipèdes va déguster nos huîtres, en même temps. Il y aura une sorte de communion autour de la table, dans une fourchette de temps restreinte, et pourtant, cet instant va s’évaporer aussi vite qu’il aura demandé de patience à pouvoir se créer.

Vous êtes très nombreux, une grande majorité, à ne manger d’huîtres qu’à Noël et au réveillon de la fin d’année.

Cela peut-être pour vous, une petite aventure, d’aller chercher les huîtres, d’hésiter : quelles huîtres? quel producteur? quelle taille? Vous ne savez même pas si ceux qui seront autour de la table aiment les huîtres!

Vous savez juste que vous avez envie de faire plaisir.

Et, croyez-moi, il n’y a que ça qui compte!

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Peut-être aussi, que vous n’aimez pas les huîtres. J’en faisais partie, ou plus exactement, je n’étais pas tentée. La première huître que j’ai vraiment appréciée, vous ne la gouterez pas souvent, c’est l’huître ouverte en fin de matinée, un jour où porter deux pulls ne suffit pas à réchauffer le bout des doigts gourds de trier les huîtres juste sorties de l’eau froide, une huître ouverte avec le couteau à détroquer, pas vraiment le genre d’outil de précision, par la maman de Jean-Noël, à qui je n’ai pas pu dire non.

Et là, mes papilles se sont mises à frétiller, curieuses de l’explosion de saveurs en bouche, ravies du frais qui rassasiait ma soif, du goût qui me donnait l’envie d’aller plus loin encore, c’était presque trop.

J’ai aimé cette huître, et j’aimais encore plus ce métier.

Pour que vous sachiez ce que vous mangez, d’où elles viennent, ce blog existe.

Et à Noël, tout le mois de décembre à vrai dire, l’activité du chantier et du bureau tourne autour des expéditions que nous faisons pour que chaque table qui le souhaite, et qui le peut, puisse avoir son plateau de nos cailloux, brillants et rafraîchissants.

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Sur la photo artistiquement pointilliste de carreaux sales, le stock qui se fait, dans le bassin submersible, celui qui trompe l’huître, qui la fait rester plus longtemps à sec, pour qu’elle muscle son adducteur qui la maintient fermée, prête à partir en voyage, à rejoindre votre table. Les mannes ont des couleurs qui aident les amateurs à reconnaître les tailles ! En fait ça aide aussi les ostréiculteurs fatigués, qui ne savent plus réfléchir à une certaine heure de la fin de journée!

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Chaque panier est étiqueté, ça c’est mon job, les étiquettes, puisque c’est moi qui ai les commandes, alors je compte, je date et j’agrafe les bourriches. Elles sont posées sur des palettes, jamais au sol, pour rester sèches et propres jusqu’à l’emballage. Ici, c’était notre premier petit lot.

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Chaque jour, jusqu’à ce que les transporteurs ne livrent plus pour Noël, jusqu’à aujourd’hui donc, de l’emballage. Silence et concentration, on compte, on range bien comme il faut, on fait les palettes, puis on les filme. Le camion viendra les chercher à 7:00 le matin, à la lumière de la lampe de poche, en marche arrière jusqu’au figuier. Les voisins ont l’habitude, en décembre il n’y a pas de grasse matinée!

Les huîtres qui sont ainsi rangées, alignées, le creux vers le bas pour garder l’eau, ont trois ans au minimum, ou 4. Elles ont eu le temps de faire une belle coquille, naturellement au contact rugueux du sol, et faire de la chair aussi, beaucoup au printemps et en automne, à la chaleur et à l’eau douce si elle veut bien!

Cette année, les Cassostrea Gigas sont assez salées. Un déficit d’eau douce qui nous poursuit depuis deux trois ans. En mer, cette salinité élevée a fait croître une végétation particulière qui s’agrippe aux coquilles des huîtres, qu’on doit brosser quand il s’agit d’éponges ou gratter au couteau quand ce sont des algues. Deux fois plus long à trier et calibrer!

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Le tracteur remonte avec une palette de poches levées à la marée. Il fait presque nuit, la lumière est trop belle pour qu’on passe à côté.

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Après le passage en bassin submersible et avant d’être expédiées, les huîtres passent 48 heures dans les bassins insubmersibles, non recouverts par la marée. Ce sont des bassins de décantation et ils sont lavés à l’eau, à la brosse, au soleil, à l’huile de coude!

Demain matin, les derniers gros départs de Noël, et peut-être aurons-nous le même spectacle que ce matin, juste sublime, nul besoin de filtres, tout est là.

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Tiens, il est bientôt 20:00.

Dans quatre jours, à 20:00, vous aurez peut-être commencé à ouvrir les huîtres qui sont parties ce matin du chantier.

Dans quatre jours, nous aurons fini un cycle de vie d’une huître, nous aurons fait notre taf, et nous pourrons dormir tranquilles.

La perle qu’il y a dans chaque huître, c’est le silence d’un moment partagé, ensemble…

 

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Les huîtres au Sénégal, c’est culturel…

…mais ce ne sont pas les mêmes huîtres que les nôtres.

Ici, nous cultivons la dite Japonaise Cassostrea gigas, là-bas il s’agit de la Cassostrea gazar, une espère autochtone, implantée depuis toujours dans les eaux chaudes du Sénégal, et surtout dans le Sine Saloum.

Hier, dans le quotidien régional de l’Ouest, est paru un article qui m’a fait bondir, voire plus.

Mais je ne dois pas laisser les émotions altérer mon analyse n’est-ce-pas?

Je vais te raconter une histoire, une histoire de gens, d’êtres humains, une histoire presque « de femmes », avec mon admiration et toute mon affection.

Jean Noël

Seinabou est grande, belle, assez sérieuse, le sourire vient après la réflexion, il n’est pas instantané. C’est qu’en tant que femme de l’imam, la plus jeune sans doute, elle a des responsabilités, et puis elle s’occupe aussi des huîtres. C’est à elle qu’on s’adresse, qu’on passe commande, c’est à elle que revient la décision finale, et de discuter quand ça ne va pas.

Niema l’aide beaucoup. Elle, est joyeuse, très, elle rit souvent. Mais son visage est capable de se figer voire de se durcir quand la situation est grave.

Toutes les deux, vivent à Nema bah. Bah, c’est le cours d’eau, en Wolof. Nema est donc près d’un cours d’eau. Un filet, un fleuve, un bras de mer, un bolong aussi. C’est un lieu qui change à l’heur des marées, au son de la pluie, au silence des sécheresses.

Je l’ai vu un matin, et puis des soirs, et même des midis. À la saison des pluies, ou juste après, en saison sèche, ou juste avant. Nema Bah, c’est le village où il manque de tout, mais pas d’enfants. Ils pullulent, joyeux, moqueurs, coureurs, ils piquent un cercle de roue pour le faire avancer dans le sable dur, ils s’amusent avec des branches, à les faire voler  d’un geste savant entre deux doigts comme une sarbacane, à chercher de toucher le pain de singe, en haut du baobab.

Toujours, Niema est là avec son petit cahier et son bic, je soupçonne bic d’avoir des actions au Sénégal, et toujours Seinabou aussi, qui parle vite et grave à Adama qui nous traduit, Adama le guide, l’interprête, le diplomate, l’ami, le frère.

Pendant que Seinabou parle, Niema fait « mm », elle acquiese avec un petit mouvement de tête. Et puis parfois elle se lance aussi dans un fleuve de parole nourri, riche, volubile et rapide, je ne suis plus rien des mots, elle rit soudain, comme de tirer le rideau qui cachait le soleil, c’est beau, ce sourire qui vient dans le rire.

Toutes les deux elles parlent avec leurs tripes.

Ce n’est pas qu’elles parlent d’argent, non, elles parlent de nourriture des enfants, de comment vivre avec rien, il n’y a pas d’eau ni de courant dans ce village, tout se fait au puit et à la pile. La dame de l’Agence Nationale de l’Aquaculture n’en revenait pas de ça, à Dakar, elle ne croyait pas qu’il y avait encore des villages comme ça.

Seinabou voudrait bien que le travail des huîtres rapporte un peu. Elle voudrait bien que cette année elle n’aie pas toutes ses nuits à passer aux champs pour chasser les singes qui viennent manger les récoltes, elle voudrait bien qu’il y ait de l’eau, mais pas trop, sinon c’est l’inondation. Elle voudrait bien avoir assez avec son potager, qu’elle partage avec Niema, pour avoir les traits moins tirés et le corps moins lourd à avancer.

Les huîtres, c’est la cerise. C’est l’aubaine. C’est ce qui reste à manger sur les palétuviers quand il n’y a rien à récolter. C’est comme en occident, avec la pêche à pieds, qui fait un repas d’appoint improvisé, sauf que ce n’est pas pour le dimanche, ni pour s’amuser, ni pour faire joli dans les saladier ou des linguine alle vongole, les huîtres, c’est pour ne pas tomber.

Alors, elle est ravie de faire partie du GIE, le grand groupement que l’association Vilaine et Saloum Sénégal a réussi à monter, le GIE des ostréiculteurs du Sine Saloum, qui donne le droit de participer aux ventes à Dakar, les ventes qui se font aux Almadies, le lieu où existe le seul bassin de purification pour l’agrément à la vente des huîtres crues.

Dans l’histoire il y’a deux associations aujourd’hui : Vilaine et Saloum Sénégal, acteur et interlocuteur local et Arradon Terre du Monde, en France, qui aide, qui réfléchit, qui lance, qui brain storme une fois par mois, et je ne peux pas à ce rythme là. ATM pour les intimes, ce sont des commissions de travail, dont une sur l’ostréiculture, à laquelle nous appartenons et qui a légitimé nos déplacements à Toubacouta.

Après l’apiculture et en parallèle à l’agriculture (le Bissap et l’arachide) est venue l’ostréiculture, comme quelque chose de naturel, dans la suite logique de la gestion de la ressource, celle que la nature nous donne à partager. Partager. Quel beau mot.

Au Sénégal, on partage. Tout. Les soucis, les joies, et les revenus aussi.

Depuis que les ostréicultrices de Nema Bah peuvent vendre leurs huîtres en frais, elles ont le droit d’espérer un meilleur revenu. Pour l’imam, les enfants, le village.

Les huîtres crues, ni Seinabou, ni Niema n’aiment ça. Je n’ai pas encore vu de Sénégalais avaler une huître crue sans faire la grimace. Pourtant elles sont bonnes les Gazar, elles sont croquantes, sucré salé, à mi chemin de la plate et de la creuse. Nous en avons goûté, sous la mangrove, cueillie sur l’arbre par Doudou, celui qui porte son téléphone sous son bonnet, et qui veille aux huîtres de Sandicoli.

Les huîtres crues c’est pour les Toubabs. Ils s’en régalent eux, dans les restaurant de la capitale, dans les hôtels. Ils en mangent comme en France, à Noël. Et puis il y a les asiatiques aussi qui aiment beaucoup. C’est un marché à développer.

Mais c’est loin Dakar, et puis elles ne sont que des femmes, et ce sont les hommes qui gèrent l’argent gagné, là-bas, ils distribuent en fonction de ce qui est arrivé vivant et de ce qui a été vendu. Une histoire de confiance et de tradition. Ça fait mal des fois, la tradition.

Niema, elle mange mieux les huîtres à la sénégalaise, cuites à l’étouffée, puis séchées au soleil. Comme des cacahouètes, ou bien cuisinées avec du riz brisé très épicé, ou encore avec plein d’oignons fondus dans l’huile, pas un plat sans huile.

Adama avait mis un petit sachet d’huîtres ainsi séchées entre les sièges, et on se servait, picorait.

Après l’année de la sécheresse, on a su qu’une part du marché avait été enlevé par un français. Qu’il y avait d’autres huîtres que la Gazar à Dakar. Une autre année, il y avait moins de tourisme, à cause du seul cas d’ébola venu de Gambie. Les années sont aléatoires dans les pays où le climat et les températures ne sont tempérés en rien.

La douzaine d’huîtres fraiches est vendue 1500 francs (CFA). C’est beaucoup mieux que les 150 francs des huîtres séchées, proportionnellement parlant. Mais c’est tellement moins que les 4000 francs la douzaine des huîtres venues de France.

Pour un toubab, 4000 francs ce n’est rien. C’est moins qu’en France. C’est 6€.

Et puis c’est trop cool d’aller en vacances à l’étranger pour manger des huîtres françaises, non? on a l’impression d’être chez soi, propriétaire un peu, partir pour ne pas se perdre, voyager mais en terrain connu.

Un paquet de cigarettes, c’est 700 francs. Pour un sénégalais, 1500 francs, c’est une somme. On n’a pas le droit de jouer avec ça. Avec la vie des gens.

Niema et Seinabou auront vendu moins d’huîtres cette année, parce qu’il y a un français qui s’est installé quelque part près de l’eau, son petit paradis perso. Il a fait venir de France du naissain d’une autre espèce, une espèce qui n’est pas autochtone, alors que la ressource locale ne manque pas, ni même les bras pour travailler.

En France, personne n’ignore plus que les huîtres sont touchées par des maladies. Un herpès virus dit-on pour l’OSHV1, virus mutant.

A t-on pris en compte le risque sanitaire grave d’importer des huîtres potentiellement affaiblies par des maladies?

A t-on réfléchi au mélange de ces huîtres dans, je répète, le SEUL bassin de décantation agrémenté du Sénégal?

Et les emplois? Parlerai-je des emplois, et des conditions de travail?

Ainsi va la vie des humains.

Soumis à la pluie, au soleil, et à la gourmandise d’un rien.

 

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Les huîtres en poches au Sénégal, vaut mieux pas.

 

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Un peu de biologie ne nuit pas #reproduction de l’huître !

Ce matin, la brume transformait le paysage en noir et blanc. Derrière ce voile opaque, on distinguait quand même une belle luminosité qui annonçait le soleil de cette journée.

Parfois, souvent, je partage ce paysage par photos postées sur les réseaux dits sociaux, et la photo de ce matin a eu comme résultat d’avoir une question : « Comment les bébés huîtres quittent leur maman? »

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Sans doute que la brume rend poète, ou soucieux du bien être de nos petits?

Voilà en tout cas qui me donnait un sujet à traiter sur ce blog, sujet essentiel n’est-ce pas, à l’époque où la main de l’homme est capable de détourner la magie de la nature à son profit.

Ainsi donc, dans la nature, voilà comment se passe l’histoire du bouchon et de la bouteille de lait.

Il était une fois…

Ah non, d’abord je veux remercier ma prof de Bio, madame Wilhelm, qui a eu la lourde tache de nous enseigner des heures durant, les bases de la biologie en mer, du plancton aux coquillages, tout ce qu’on est en droit de savoir quand on fait ce métier là.

Il était une fois, Gwenaëlle qui nous a expliqué la gamétogénèse, un truc barbare pour dire fécondation, larve et naissain.

Ou bien on peut considérer que c’est de la magie, et constater que sans nous la nature se débrouille très bien.

L’huître est un coquillage bivalve, qui naît parfois mâle, parfois femelle. Elle est hermaphrodite. Il y a deux fois plus de mâles que de femelles.

Je t’ai fait de beaux dessins pour te donner le cycle de reproduction en résumé, pour que tu voies comment ça évolue, chez l’huître creuse, hein, tu ne confondras pas. Huître ovipare, la creuse, la Cassostrea gigas, selon l’espèce.

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Tu vois que d’abord, il y a un spermatozoïde qui cherche son ovule.

Dans l’eau, les femelles expulsent leurs millions d’ovules en battant des cils, non, des valves, tandis que, attirés par les phéromones dégagés, les mâles suivent le mouvement en larguant d’un filet continu, leurs spermatozoïdes.

Après que la fécondation a eu lieu, se forme un oeuf. Un oeuf à 2n chromosomes (après je te ferai un cours sur la triploïdie et tu verras que les 2n ont leur importance).

La division cellulaire commence, avec la framboise morula, facilement reconnaissable. La larve prend forme après la division cellulaire, et tu remarques les petits cils qui lui font comme une robe de vahiné. Accessoirement, battre des cils fait avancer…

La larve véligère D va se balader dans l’eau une vingtaine de jours. (Jours où les conditions de température vont devoir rester constantes pour que l’évolution se fasse jusqu’au bout).

La larve a déjà une coquille avec deux valves et le velum avec des cils qu’elle déploie hors de sa coquille. Elle se nourrit de phytoplancton microscopique.

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C’est au moment où la larve est « oeillée » (une tache noire) que les scientifiques peuvent savoir que s’approche le moment de la fixation. Le pied se développe, à côté du velum, et l’huître va se déplacer jusqu’au support qu’elle aura choisi, ou qu’on lui aura mis au bon moment.

Toute larve qui ne trouve pas de support reste du zooplancton, et nourri une autre espèce.

Enfin, le velum disparaît, le pied secrète une sorte de ciment colle qui va fixer la larve au support, ce qui va lui permettre de devenir naissain, et finir sa métamorphose en développant ses branchies et sa coquille, puis le reste de tous les organes qui la font devenir huître.

Le bébé huître creuse ne grandit donc pas dans le ventre de sa mère, car la fécondation a lieu dans l’eau, et s’il ne trouve pas les bonnes conditions de température d’eau, de constance de cette température etc, il ne deviendra jamais une huître.

C’est pourquoi il y a des bassins naisseurs comme en Charente, où les conditions correspondent mieux à la fécondation que chez nous, où le captage, quand il existe, est très rare et aléatoire.

Maintenant, je pourrais te faire un cours sur la reproduction de l’huître plate. Tu veux?

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Vois-tu la différence?

La fécondation se fait dans la cavité palléale de l’huître plate. Les spermatozoïdes sont entraînés par le courant inhalé par l’huître femelle. Fécondation interne, huître vivipare, avec une incubation d’une dizaine de jours. C’est pour ça qu’on dit que la laitance passe du blanc à une laitance ardoisée au fur et à mesure que les coquilles larvaires se développent.

Enfin, les larves seront mises à l’eau, elles auront gagné du temps de vie in utero si j’ose dire, et donc sont protégées plus longtemps. Heureusement en fait, car le nombre de larves est bien moins fort que celui de l’huître creuse.

Leur première année de vie, toutes les huîtres plates sont mâles (protandrie).

A part ça, je me marre un peu, il y a beaucoup moins d’études sur la reproduction des huîtres plates, sans doute parce qu’elle est beaucoup moins fiable; c’est aussi une chance, car il n’y a pas encore d’écloseries en plates, bien que ce soit à l’étude d’après les bruits qui courent. Pas encore d‘Ostrea edulis triploïde non plus, ouf.

J’espère que tu n’es ni gavé, ni déçu, je me suis basée sur mes cours et, oui, sur le site d’Ifremer, histoire de bien être sûre de ce que je ponds.

Toutes les erreurs possibles sont donc de mon fait, ou mal retranscrites, parce que résumer la vie, ça ne se fait pas en un jour, isn’t it?

La bise D. (et merci de l’idée, si tu as d’autres questions…)

Edit : paraît que si, y’a des écloseries de Plates. Mais où va t-on ma bon’dam’?

 

 

Que du neuf

On s’emballe pour pas grand chose dans l’ostréiculture, surtout si c’est pour paraître encore plus beaux.

On s’adapte, on se rénove, on se repeint la façade en été parfois, on nettoie les outils, on les passe à l’huile de coude.

L’autre jour j’ai envoyé paître un honorable représentant d’une non moins honorable certainement, enseigne de produit chimique qui nettoie tout bien, jusque dans les coins. Je sais envoyer balader parfois, croyez-moi, il y en a qui n’en sont pas revenus.

Il ne me croyait pas quand je disais que nos bassins sont nettoyés au soleil qui sèche et dessèche, balayés, brossés, à l’eau de mer.

Pourtant, si ça n’était pas le cas depuis si longtemps (de nettoyer à la brosse), je n’aurais pas eu l’occasion de faire un demi tour droite sur une décision qu’on avait prise il fut un temps pas si lointain : de ne pas passer par le label AB. 

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Pourtant, quand on travaille avec Biocoop, oui, oui, ils nous sont restés très fidèles, et vous allez retrouver nos huîtres là où elles n’étaient plus l’hiver dernier, youpi, pourtant donc, il paraissait logique au final de faire apparaître un logo qui s’approche de la philosophie du bien manger, parce que ce logo là, AB, tout le monde le connaît.

Alors bien sûr, nous ne sommes pas satisfaits car la charte Agriculture Biologique est incomplète à nos yeux, floue aussi (autoriser des huîtres d’écloserie!!!!), et notre travail nous pousse à aller bien plus loin dans la recherche du bien manger, propre et juste.

Tiens manger bon, propre et juste, ça ne vous rappelle rien? La philosophie Slow Food bien entendu, qui elle, correspond vraiment mieux à nos attentes. Et pour laquelle nous restons plus que jamais une Sentinelle.

Maintenant, nous continuons notre travail sur la reconnaissance d’une charte rédigée dans le bon sens que nous donne à voir Mère Nature, et nous avons des contacts avec un « label » aussi respectueux que possible. A suivre.

Le chapitre sur le label AB obtenu étant clos, quoi d’autre?

Mais le relooking bien sûr, le home-staging, le packaging, le ing, quoi.

Nous sommes « ing » maintenant grâce à Anne Rouat, la petite cousine de Jean-Noël, la petite fille d’Yvan, Anne qui s’est jetée sur le projet « bourriche » avec entrain et talent.

Du coup, TADAAAAAAM, on a de belles et magnifiques bourriches, paniers, ce que tu veux, dans lequel on emballe les huîtres, qui font mal aux yeux tellement c’est beau.

Evidemment, on ne les a pas encore vues en vrai, parce qu’une usine à remonter, les vacances, les congés toussa, ça prend un peu de temps. Sans compter nos réflexions, on agit vite mais on réfléchit longtemps.

Et en fait, passer du bronze au laser (de D’Artagnan à Luc Skywalker en somme) ça prend plus de temps, paraît-il. Vraiment. L’impression tellement plus aboutie, que j’imagine qu’ils peaufinent au pinceau, ça doit être pour ça.

Bref.

Tu voulais du neuf? du beau? On a tout ça! (excusez le tutoiement, il m’échappe):

THE couvercle.

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Tu remarqueras qu’il manque « Sentinelle Slow Food » mais il y sera.

Tu remarqueras aussi que, juste avec la mention « chantier construit par Yvan Tonnerre » il y a comme de la réparation, réunification dans l’air.

Le patron a exigé que mon prénom y soit, ainsi soit-il.

J’ai ajouté une couche, avec le verso du couvercle, le blabla qui dit pourquoi etc…

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Voilà.

Je n’ai pas grand chose à rajouter. J’attends vos impressions (pas celles qui sont au laser et qui prennent du temps), vos regrets de l’orange et bleu (le ciel est bleu comme une orange?) etc.

Hop.

Enjoy!

 

 

S’emballer

De temps en temps je peux être prise d’une frénésie de changer les choses, et c’est le cas. Comme si les températures négatives (enfin un véritable hiver!) qui forcent à hiberner, faisaient voir le monde sous un angle différent.

Ça fait un moment, voire quelques années, que nous voulons changer l’emballage, le packaging si tu préfères. Le bleu et le orange me sortaient par les yeux, presque. Sauf que ça ne se fait pas comme ça, changer l’emballage c’est changer l’image, c’est un peu comme si on nous faisait de la chirurgie esthétique de la bourriche.

Et c’est un coût aussi. Le chirurgien du packaging perçoit des devises, ça se comprend.

Alors, dans ma petite tête, je mettais des lignes, une belle écriture bien moderne, une adresse et celle du blog, peut-être même les qualités organoleptiques de l’huître, je t’aurais pourquoi pas mis une recette, et puis j’aurais tout misé sur le nom qui est un prénom, alors j’aurais aussi mis le prénom, c’est là que le patron il voulait que je mette mon nom, qui est le sien, qui ressemble à un prénom, mais que moi je trouvais ça trop long, et puis des noms prénoms, ça fait croire que c’est quelqu’un d’autre, alors je ne savais plus…

Du coup, laissé tomber on a.

Et puis en décembre, le orange et le bleu m’est encore sorti par les yeux, presque.

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J’ai appelé le chirurgien, pour lui demander comment allait se passer le premier coup de scalpel, et jusqu’où on pouvait aller.

Le chirurgien s’est bidonné. Il devait appeler aussi, parce que de toute façon, on ne pouvait plus garder la même tête. L’emballage orange et bleu est devenu collector depuis le 5 janvier, plus jamais jamais il ne pourra se fabriquer. Les 5000 m2 de la clinique ont totalement brûlés, et les outils aussi.

En gros, je t’explique :

Nos emballages sont imprimés à partir d’une maquette, qui est un bronze. Genre un bas relief sur lequel on te passe l’encre et le contreplaqué. J’imagine que c’est pas tout à fait ça en vrai, mais c’est ce que je me représente : un gros rouleau d’imprimerie, en bronze, qui dessine sur le bois joli.

Ben le bronze, il a fondu.

Nous vla bien.

Parce qu’il ne nous reste que très peu de bourriches personnalisées après les commandes de Noël. Tu te doutes qu’on fait un stock en prévision de ce qui va partir, on essaie de rester dans les clous pour ne pas se retrouver envahis de paniers, ça prend de la place ces machins là.

Et en janvier, on commande de nouveaux paniers pour les mois du printemps et de l’été.

Ça, on oublie.

On pourrait changer de fournisseur.

Mais on l’aime bien notre fournisseur et je n’aimerais pas perdre tous mes clients pour un coût du sort aussi chaud.

D’aujourd’hui à septembre, on va se retrouver avec des emballages vierges, anonymes, sans bleu, sans orange, tant mieux, mais sans rien du tout, tant pis.

Genre ça, qu’on vient de recevoir, et c’est donc pas encore rangé.

Ah si, y’a du « huîtres de Bretagne » dessus. Bleu. Brrrr.

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Alors, je lance une grande souscription d’idées, la première bourriche créée par celui qui la reçoit, une bourriche où figurerait ce que toi, consom’acteur tu veux y voir!

Parce que je connais des gens qui font de leurs bourriches un panier pour le chat, un vide poche, une boite à chaussettes ou à soutien gorge (qui aurait pu dire que j’aurais écrit soutien gorge sur un blog qui parle d’huîtres!), un range couverts, ou de serviettes de table, bref, des boitatou, personnalisées.

Evidemment y’a des contraintes imposées :

Les mots YVON, HUITRES, NÉES EN MER, LISTREC, BRETAGNE, L’ADRESSE DU BLOG, doivent figurer.

Tu m’écris à l’adresse suivante : huitres.yvon@free.fr

Et tu as jusqu’au 15 février!

J’ai déjà mon idée, je voudrais juste la confirmer 🙂

A gagner : ma reconnaissance!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yvan Tonnerre

Les murs du chantier dans lequel nous travaillons, ont été érigés dans les années 50. Yvan a façonné de ses mains les briques montées patiemment jour après jour. Derrière ce bâtiment, à la côte, il y avait un jardin. Le jardin jouxtait la maison en pierres qui a été vendue depuis, où ont été élevés Ivan et Emilianne, sa petite sœur. 

Jean Noel, le fils d’Emilianne a construit sa maison dans le jardin qu’il a racheté à ses parents. 

Listrec, c’est un lieu familial, où chaque caillou peut raconter une histoire. 

Yvan, Ostreiculteur, parrain de Jean Noel, et grand frère très aimé de sa sœur, a dû quitter Listrec, arracher son coeur, et se poser ailleurs avec sa famille, question de survie. 

Le frère et la sœur ont continué à se voir, toute leur vie durant. Yvan est revenu parfois à Listrec, chez sa sœur, et rarement, voire jamais jusqu’au jardin de son enfance, ni dans le bâtiment qu’il avait construit. Il est des douleurs qui façonnent un homme. 

Je connaissais assez peu Yvan et sa famille, sa femme et ses quatre filles. Quelques cafés pris ensemble le long du Belon, là où un Ostreiculteur déraciné pouvait trouver une place et un travail, du bonheur aussi. 

Il était très grand, élancé comme un roseau qui ne casse pas, fier et fort. À chaque fois que je l’ai vu, une étincelle dans les yeux et ce sourire en coin qui n’en disait pas moins. 

Yvan avait construit une Plate pour aller pêcher sur le Belon, et comme à tous les bateaux il faut un nom, il l’a prénommé MiAnne, du prénom de sa sœur. 

Yvan était parti de Listrec, mais jamais il n’a été oublié. 

Un jour, nous avons discuté Jean Noel et moi, de la possibilité de renommer l’entreprise : Yvon Tonnerre. Les imbroglios juridiques nous ont freinés. 

Le 30 décembre, le grand coeur de cet homme a cessé de battre, d’usure et de vieillesse, à 91 ans. 

Aujourd’hui, Yvan va faire son dernier voyage vers Listrec, et plus rien ne pourra lui faire quitter sa rivière. 

Où Biocoop se révèle à la hauteur (vraiment)

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Avant-hier après la pluie

Où comment on s’aperçoit que Biocoop prend vraiment soin de ses producteurs.

J’ai écrit un long billet hier, mais c’était pas encore ça.

Nous avons eu un rendez-vous téléphonique avec Biocoop hier matin, qui nous a été proposé la semaine dernière, on avait répondu oui, pourquoi pas, un peu désabusés, pas très optimistes.

L’incertitude, ça plombe.

Le rendez-vous nous a un peu scotchés, on ne s’attendait pas à leurs propositions.

Nos deux interlocuteurs se sont à nouveau excusés de cette « bourde » commise involontairement.

A toute chose malheur est bon, dit-on, il se pourrait que pour compenser la perte des volumes, nous puissions commercialiser nos huîtres sur une plus longue période dans les boutiques biocoop partenaires.

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Hier matin la journée commençait bien

Il faut savoir que chaque boutique est indépendante et peut avoir des fournisseurs en direct. A Noël, la centrale d’achat met au catalogue des produits comme les nôtres qui sont livrés aux plate formes puis redistribués. Nous ne savons pas quelles boutiques ont nos huîtres. Sauf quand un consommateur nous appelle!

Ainsi donc, vous qui réclamiez parfois des huîtres à Pâques, il se pourrait que ce soit possible cette année. Cétipabo?

Bien sûr, c’est une gageure, une incertitude, on ne sait pas s’il y aura assez de demandes!

Mais c’est un début de solution.

Si, en revanche, ça ne fonctionne pas, Biocoop s’engage à compenser financièrement notre perte de chiffre d’affaire. C’est là qu’on est restés muets. Ça n’est pas rien, une telle proposition, nous sommes dans l’obligation de respecter la démarche!

Ils nous ont un peu réexpliqué le système de sélection de fournisseurs également. Ainsi, l’ostréiculteur choisi pour nous remplacer dans le sud a passé tous les tests de sélection, il correspond à tous les critères de la charte Biocoop. C’est rassurant.

Nous avons retrouvé une certaine forme de sérénité, à un coup de fil près!

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Ce matin, un gris doux, qui va se lever, sans doute.