Lettre d’été

Cher lecteur,

L’autre jour j’ai décidé de tenir un « Journal de sensations », je ne sais pas comment nommer ça, mais ce type de journal quotidien, scrupuleux, qui note les ressentis du temps qui passe, des goûts testés, un journal où chaque membre de la famille va pouvoir dire à quel point il a eu chaud, ou froid, à quel point c’était sucré cette pêche de vigne cette année etc…

L’été serait-il propice aux réflexions en tout genre ?

À la fin du printemps, j’ai achevé la lecture du livre de Catherine Flohic sur « Les semences en questions »; entre la révolte et l’admiration, j’ai encore plus fort ressenti que notre planète était un cadeau, notre corps un capital, et qu’il n’y avait pas de raison de se laisser faire.

Les petites cachotteries des industriels gourmands, les aveuglements d’autruche du gouvernement, me forcent à douter, à me méfier, et je vais devoir réfléchir à deux fois avant d’agir, prendre du recul.

Ma première action suite à la lecture de ce livre est d’avoir mis en route mon propre levain! Je faisais déjà du pain avant, mais pas de cette façon. Grâce à lui, je redonne au pain, du temps, ce qui m’oblige à prendre ce temps, et le plaisir de le voir vivre, puis le plaisir de façonner un pâton si particulier, est incomparable!

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Ce journal de sensations pourrait être un condensé d’humeur(s) puisque l’on sait bien que notre environnement fait ce que nous sommes, que ce soit sur la santé, sur notre moral, les deux étant liés bien sûr. Ça existe déjà, ce n’est pas nouveau, mais se l’appliquer à soi peut être riche d’enseignements, peut aussi donner à regarder autrement ce qui nous entoure et le connecter à d’autres moments antérieurs, en tirer des leçons, à défaut d’un savoir, soyons fous.

Ceci nous éloigne t-il des huîtres?

À vrai dire non.

Notre vie et celle de nos petits cailloux sont intriquées. Sans aucun doute, si le journal montre que tout le mois de juin et tout le mois de juillet ont été beaux et chauds, le résultat sur le goût, la croissance, l’apparence, la couleur, la texture des huîtres, en sera influencé.

Par exemple, la mise en gestation des gamètes et des ovules a été très précoce cette année, avec l’aide de la chaleur, et les huîtres ont plusieurs fois délaités déjà, larguant dans l’eau suffisamment de petites larves pour se fixer ou devenir du zooplancton.

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Nuage de lait
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Un thé au lait?

De même, la météo du printemps a fortement influencé notre activité estivale, qui aurait dû être un peu moins dense. En effet, les fortes pluies du début de printemps, puis la tiédeur de l’air ont eu pour conséquence non pas une, mais plusieurs périodes de « pousse » sur les huîtres. Nous sommes vraiment en amont de la ria, peut-être que la croissance n’est pas la même en aval.

De fait, il a fallu « dédoubler » nos poches de naissains bien plus tôt que prévu (septembre). Cela veut dire faire de la place sur les tables, semer des huîtres pour ce faire, et repousser la semaine de vacances 🙂

Nous avons eu également un épisode intense de jolies algues entéromorphes, bien vertes, faisant un tapis tout à fait extraordinaire sur la vasière et les parcs.

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Entéromorphes en forme!

Ceci dit, la température de l’eau est enfin à mon goût (pour une fois!), et nous avons profité de notre jardin plus que jamais. Ici, la canicule n’est pas un mot très usité, et nous avons la chance d’avoir toujours un fond d’air qui permet de respirer et de ne pas souffrir. J’aime ce temps, mais c’est très subjectif!

Notre travail avec « Nature et Progrès » avance bien. Nous espérons finir la rédaction d’une charte avant le salon Marjolaine de novembre, auquel nous nous rendrons (sans huîtres mais avec nos belles paroles!). Nous travaillons également avec l’Observatoire du Plancton, association généreuse dans les partages d’apprentissages et d’étude du milieu.

J’ai, par exemple, appris que ce que j’appelais avant le « plancton phosphorescent » est en réalité « bio-luminescent », le noctiluca scintillants , ce qui ouvre d’autres perspectives. D’ailleurs, un soir j’ai vu un vers luisant dans le jardin, cela faisait bien 20 ans que je n’en n’avais pas vu, que ce soit par absence ou manque d’observation, mais on ne m’y reprendra plus, et lui aussi est bio-luminescent!

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Prélèvement de plancton en surface et au fond…

Dans le jardin, l’arbre le plus cher à mon coeur se porte à merveille et nourrit mes yeux émerveillés chaque jour. Je crois que je l’ai pris en photo tous les matins!

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Voilà, lecteur ami, les nouvelles d’ici.

À l’automne, nous aurons de nombreuses occasions de nous voir ou revoir puisque c’est la période où nous nous déplaçons, avec ou sans nos petits animaux.

Plusieurs rendez-vous sont déjà prévus :

La fête de la vache Nantaise! où nous allons avoir le plaisir de voir et revoir Carlo Pétrini et Philippe Bertrand grâce à Xavier Hamon!

La foire aux huîtres de Dunkerque, qui déménage au Kursaal!

La foire aux huîtres de Nieuwpoort les 19, 20 et 21 octobre 2018

Le salon Marjolaine, je crois qu’on y est vers le 7 novembre.

Et d’autres trucs de ci de là, ou au chantier!!

En attendant de vous voir ou vous entendre, bel été !

 

 

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11 réflexions sur « Lettre d’été »

  1. Bonjour,
    très bien pour la lecture, les explications, très belles photos.
    Bonne continuation, je fais suivre aux amis d’Oléron.
    Cordialement.
    G.Cable

  2. Bonjour M. et Mme YVON, Je me suis abonné à votre blog il y a quelques mois, étant originaire de la « rivière ». J’ai créé la page facebook Histo.Ria , je n’en suis qu’à mes débuts…accepteriez-vous que je fasse connaître votre blog aux lecteurs et que je reproduise votre dernier post? Je vous remercie à l’avance de votre réponse et au désir de vous connaître. *Germain Malette*

  3. Un vrai plaisir cette lettre !
    à la lecture on sent le bon air iodé, la caresse du soleil levant, on entend le chuchotement de l’eau, la bouche se remplit du parfum mystérieux de vos « petits cailloux » …. Merci merci … Tifenn surtout et Jean Noël des fois !

  4. Désolé pour la poésie du site mais « l’ épisode intense de jolies algues entéromorphes, bien vertes, faisant un tapis tout à fait extraordinaire sur la vasière et les parcs » n’est pas ce que la nature faite de mieux. Là où un sédiment sain, même une vase, produit des diatomées pour les coquillages et la biodiversité, ce tapis limite les échanges entre eau et sédiment et asphyxie les deux ! Bref, il vaudrait mieux y passer régulièrement un rateau pour faire respirer l’écosystème. Vous y gagnerez au grattage et au tirage quelques mois plus tard….

    1. Ah ah ah !
      Le fait est que la nature a horreur des excès et que les hautes températures de cette année sont coupables.
      C’est un épisode exceptionnel que jean noël n’avait pas vu depuis son enfance !
      Sur les parcs, qui sont passés régulièrement au râteau et à la herse, il y en avait beaucoup moins que sur cette vasière. Les années où il y a peu d’enteromorphes, d’experinece, la croissance des huîtres est moindre comme s’il y avait moins de richesse de plancton. Ces algues sont restées 15 jours puis sont parties au courant, sécher et se fondre dans la vase, humus marin en quelque sorte.
      C’est vrai que les excès ne sont jamais bons, mais dans ce cas, la biodiversité est respectée, variee. Certaines années mettent en valeur certainzs espèces et d’autres années d’autres espèces !
      Merci de suivre et votre remarque !

  5. Tifenn, Jean-Noël,
    Comment dire ? Bien joué, droit au but, c’est à dire au cœur…, au mien en tout cas. Je ne parle pas de l’organe bien sûr mais de là où siègent les sensations, les perceptions, les émotions…
    Oui, comment ne pas se réjouir du chant de l’alouette, offrant généreusement son allégresse à tous ceux qui veulent entendre…, du goût de la mûre sauvage cueillie à maturité dans un roncier, de l’odeur des blés à la nuit tombante, de s’émerveiller à la vue d’un lièvre ou d’une bande de perdreaux dans les brumes matinales des chaumes…
    Comment ne pas vouloir graver les discussions fraternelles, parfois embrasées par le feu des alcools…(et quelquefois à l’origine eux, des verres bio-luminescents 🙂 ) .
    Se réjouir, en prenant conscience de l’aspect précieux et impermanent de toutes ces manifestations de vies, la nôtre comprise…
    Alors, oui aux « Journaux des humeurs et sensations », mémoires matérialisées, cristallisations de nos méditations estivales… Au travail…
    Bel été à vous aussi… !

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