Ostréicultrice!

Tu as la quarantaine, tu n’as presque jamais rien fait de tes dix doigts, enfin rien qui soit rémunérateur, tu reconnais la proue de la poupe et le bâbord de tribord, mais, tu n’as jamais mangé d’huîtres, tu imagines tout et surtout n’importe quoi sur ces petites bêtes, mais, pour une raison chère à ton coeur, tu te jettes les deux pieds dans la vase et la tête dans l’eau froide.

Ostréicultrice, tu deviendras!

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La raison première est ton besoin de comprendre comment ça marche. Un peu comme la magie de faire du pain, ou de voir pousser une fleur, ou voler un papillon.

Ça commence comme ça, cet entrain qui te pousse, cette folie douce parfois brutale, cet excès des tempéraments, des émotions, des sensations, le ressenti brut d’être toi-même dans un milieu inconnu, qui donc, par ignorance, peut faire peur ou paraître hostile.

Un peu de bla bla pour commencer, ça fait longtemps hein?

Bref, depuis mai, je suis entrée dans le club officiel et un peu « clos » des ostréiculteurs.

J’ai le droit d’exploiter des parcs.

Dans le temps, l’ancien, le très très lointain, sans doute qu’un quidam passant à la côte pouvait, par amour, inconscience ou folie, se faire séduire et devenir ostréiculteur.

Maintenant, ce n’est plus le cas. N’importe qui peut s’attacher à exercer ce métier, mais les règles à suivre sont strictes et réglementées. Il y a des étapes à franchir, peu importe par quel bout tu les attaque.

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À mon très grand âge, j’ai eu la chance de bénéficier de formations (payantes, mais si ton patron cotise à un organisme de formation elles peuvent être tout ou partie remboursées) dans un lycée qui les propose, pas loin de chez moi en plus, à Etel : le Lycée maritime et aquacole.

À chacune des formations que j’ai suivies, il y avait des candidats de tout l’Ouest. Certains ont trouvé à louer, d’autres préféraient faire jusqu’à une heure de route pour venir en cours…

Quand j’ai commencé à travailler dans l’entreprise en tant que salariée, s’est posé le choix du régime social.

Tout le monde peut s’inscrire à la MSA (Mutuelle Sociale Agricole) sur simple visite médicale.

Mais le régime encore plus intéressant est celui de la marine, l’ENIM (Etablissement National des Invalides de la Marine), à la fois pour le patron (cotisations forfaitaires) et pour le salarié (meilleure retraite à ce jour).

Seulement voilà, pour y entrer, il faut déjà passer des « diplômes » à savoir le « marin ouvrier ».  (16 heures pour le niveau 1, 27 pour le niveau 2).

Là, tu deviens matelot. Mais tu n’es pas obligé de porter le pompon, juste la VFI!

Ça, je l’ai passé en 2013.

Devenir marin, comme mes grands pères et arrière grands pères, presque sans faire exprès!

C’est pas pour autant que tu te sens légitime. Un peu comme quand tu viens d’obtenir ton permis, ça ne veut pas dire que tu sais conduire. Tu connais le code de la route, soit, mais si tu ne pratiques pas, tu oublies! Et les manoeuvres délicates, restent des manoeuvres délicates!

Sachant qu’en mer, il faut toujours savoir se dépatouiller, le milieu est particulièrement aléatoire…

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Une fois que tu as obtenu le marin ouvrier niveau deux, en plus d’avoir le droit d’être à l’Enim, ça veut aussi dire que tu peux conduire un navire de jour, de moins de 24 mètres (23 c’est déjà pas mal), sous la direction du chef d’exploitation (tu as le patron à bord, quoi).

Forte de cette expérience, et dans la bonne ambiance des formations « adultes » (des fois, tu te poses quand même la question), en 2014, j’ai tenté le « Patron 1 », ce qui est un morceau un peu plus ardu, surtout quand il faut apprendre les calculs de marée (et que tu hais tous les calculs) et les problèmes de carte marines (mais là, c’est assez sympa). Bon, tu en as pour 116 heures. Faut pas que ça tombe en décembre.

Tu apprends donc à faire le point, et ce qu’est, entre autre, un arbre à cames. Tu dois savoir réagir en cas d’incident ou accident (rédiger un rapport) et, comme tu sais déjà sauver un homme à la mer et accoster, c’est tout simple (gniark gniark).

J’ai eu des profs très sympas, qui ont su rendre digeste le plus indigeste. Ce sont souvent d’anciens professionnels de la mer qui t’enseignent leur métier, ce qui permet de raconter pas mal d’anecdotes qui rendent le cours vivant. Et puis, je te dis, l’ambiance…

OCEAN COQUELICOTS

En 2015, je ne me sentais plus d’apprendre quoique ce soit. Cette année a été compliquée pour moi, et je n’avais plus envie de mouliner mes neurones.

Alors, j’ai attendu 2016, pour, enfin, passer LA formation qui donne accès aux concessions, qu’on appelle ainsi, car si tu me lis depuis un temps tu le sais, les parcs que nous exploitons sont à l’Etat. Ils font partie du DPM (Domaine Public Maritime) et sont soumis à des règles dont celle ci : la formation Cultures Marines de 280 heures dont 70 en entreprise.

Alors là, mon coco, tu fais de la biologie et encore de la biologie mais aussi, miam, de la comptabilité!

Tout, tu sauras tout sur l’anatomie des huîtres, des moules, des coques, des palourdes, tu mangeras même des algues (les algues c’est vraiment un domaine ultra très très complexe), tu connaitras toutes les maladies qui atteignent nos petits poissons…

Et le plancton! Ah, le plancton! un sujet intarissable avec un vocabulaire qui te fais enfin croire que tu sais parler latin, skeletonema costatum, noctiluca, dinoflagellées, chrysophycées…

Ou bien, tu sauras tout sur le biotope, la biocénose, ce que veut dire pélagique, benthique, zostère, slikke! Tu marches dans la slikke, le sais tu?

Notre prof avait une patience incroyable, parce que franchement, parfois, on était dissipés, largués!

Tu sauras tout et encore plus, sur un bilan, un compte de résultat, tout un tas de notions qui te font bénir le comptable de l’entreprise parce que tu peux compter sur lui pour le faire à ta place !! (ça c’est juste pour moi, hein, toujours avec ces problèmes de chiffritude)

J’ai vu battre le coeur d’une huître, si, et je l’ai même refais devant des primaires ébahis plus tard…

On a vu une huître filtrer le colorant alimentaire :

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J’ai, aussi, mangé à la cantine :

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Mais on s’est baladés plus d’une fois

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Un ensemble de choses, qui somme toutes, ont rendu la contrainte agréable ou presque.

Pour résumer (enfin) devenir ostréiculteur quand tu n’es pas né dedans, c’est possible, même si tu ne t’appelles pas Obélix!

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6 réflexions sur “ Ostréicultrice! ”

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