Les travaux d’été

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J’ai en cours de rédaction un article sur l’histoire de l’huître en ria d’Etel, mais dans la masse d’informations que j’ai trouvée, il me manque un témoignage oral important que je n’ai pas eu le temps de collecter encore.

En attendant, il y a tant de choses à dire sur ce métier, que je ne peux résister à la tentation de vous soumettre un article sur ce qu’on fait l’été, période de temps calme pour l’ostréiculteur en huîtres naturelles ( Ben oui, les huîtres en laitance nous ne les travaillons que très peu, nous n’en vendons qu’au détail comme ça, aléatoirement à ceux qui viennent au chantier)

  • La remise en ordre du matériel chantier

Ça c’est une chose que l’on fait en continu.

Les pannes de machine en saison sont très handicapantes. Le matériel est soumis à des contraintes de salinité et d’humidité qui l’usent assez vite, même s’il est sensé tenir la route.

Ces dernières années, l’ostréiculture étant ce qu’elle est, Jean-Noël n’investissait pas dans le matériel, par manque de trésorerie mais aussi car il ne savait pas l’avenir de la profession.

Cet été, la chaine de triage a été entièrement revue : pas de tri d’huîtres pendant 3 semaines.

Les bâtiments ont été nettoyés de fond en comble, le ménage fait, y compris sur les abords extérieurs du chantier, les terre-plein, là où sont stockées les poches et les mannes.

Nous avons pris des vacances.

Vi.

  • L’entretien des parcs sur tables

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La laitance des huîtres les rendent fragiles, mais il y a tout de même des impondérables : la chaleur estivale fait pousser de la végétation marine, des mousses et autres éponges, qui se fixent sur les huîtres au sol, et sur les poches sur table.

Les parcs sont recouverts de vert, un joli vert ma foi, mais ce limon bouche les mailles, empêche le courant de circuler à l’intérieur des poches et donc l’huître de se nourrir.

Il faut tourner les poches.

Ce geste dont le dos sait ce qu’il coûte, permet au limon de se retrouver sans lumière, meurt, et se détache de la poche.

Mais l’envers de la poche mis à l’air, est recouvert de mousses, multicolores, à l’aspect peu ragoutant de prime abord (visqueux) mais magnifique quand on a le nez dessus, avec des motifs dont j’ignorais l’existence, des imprimés naturels dont la haute couture a du s’inspirer, peut-être.

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Ce travail nécessaire, nous l’avons fait à chaque marée depuis la mi-août, alors que les huîtres délaitaient. Il faut décrocher la poche des deux côtés, la tourner debout sur son côté pour éviter d’en porter le poids (entre 12 et 15 kg la poche, voire plus avec la végétation).

Nous sommes munis d’un bâton que nous tapons sur la poche pour en décoller les mousses quand elles sont trop nombreuses (sinon le soleil suffira à les dessécher et les faire tomber), et pour défaire les paquets d’huîtres qui, à force du courant, se sont amalgamés dans les coins, formant masse de bêtes imbriquées les unes dans les autres, ce qui les empêche de se développer à leur aise.

Ensuite nous reposons la poche, les mousses sur le dessus, et nous raccrochons.

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Un matin, à deux, nous avons tourné plus de 900 poches (Photo dessus) sur le parc de la pointe. 3 heures de marée, les grands coefficients d’août permettant de garder plus longtemps plus bas le niveau d’eau.

Autant dire que la pause café se mérite.

  • L’entretien des parcs au sol

L’autre marée plaisante, est celle qu’on appelle la « marée râteau/fourche ». Un travail de bagnard, un truc qui t’assèche la peau même en plein soleil, qui te coupe le souffle, les bras, les jambes.

Koikess?

Les huîtres semées au sol sont d’abord levées avec la drague. Cet engin qui est fixé au treuil dont le moteur fait un boucan de tous les diables, et au mât de charge. C’est d’ailleurs à ce seul usage que les chalands ont un mât et des bras.

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Jean-Noël, quand il drague, passe des heures sur l’eau, en flot (marée montante) et fait des bandes avec le chaland sur le »carré d’huîtres » semées. Il remonte régulièrement la drague, pleine d’huîtres quand elle a bien travaillé, et les vide dans le container posé sur le ponton.

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Mais la drague ne ramasse pas tout.

Il reste les huîtres dites « éparses » sur le sol.

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C’est là que le râteau monchérimonamour, intervient.

Nous raclons le sol, en demi cercle autour de nos pieds, nous faisons un petit tas des huîtres que nous avons décollées de la vase, mais aussi du limon et de toute la végétation qui s’est développée sur l’huître. Tout ça pour dire qu’on ne récupère pas une huître propre et légère à chaque fois, non, nous ramassons son poids de vase avec.

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Une fois plein de petits tas formés, la fourche madoucemajolie intervient.

Elle pèse une tonne la fourche. Je suis une fille c’est pour ça que je peux le dire, les hommes eux ne se plaignent jamais, c’est vrai.

Bref, tu glisses la fourche sous le tas, tu essaies de ne pas aller trop profond pour ne pas enfourcher ton bonheur de vase, et tu vides ta fourchettée dans la manne posée à côté.

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Tu regardes de temps en temps le chaland échoué pour l’occasion puisque les grands coefficients font descendre la marée très bas, et tu surveilles la vitesse de remontée des eaux, c’est là que tu sais combien de temps il te reste. Cette marée montante (le flot) les femmes qui pêchaient la palourdes dans l’ancien temps, l’appelaient « la voleuse » car elle prenait sur leur temps de travail…

Quand l’eau fait de nouveau flotter le bateau, les mannes ont elles aussi le fond à flot.

Là, tu vas pouvoir un peu laver les huîtres, d’un mouvement de balancier de la manne, l’eau bouillonne dans les huîtres qui se nettoient un peu de leur vase. On choisi ensuite en général d’être à deux pour porter la manne sur le pont du chaland que j’aurais préalablement tiré jusqu’aux mannes pour éviter d’avoir à trop marcher chargée de poids.

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Jean-Noël est à deux aussi, Jean et Noël a t-on l’habitude de dire.

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Les marées râteau/fourche de 3 heures nous laissent un peu sur le flanc, mais quelle n’est pas notre satisfaction de voir le chaland chargé d’une grosse cinquantaine de mannes.

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Les huîtres ainsi levées, seront également triées et remise en poches ensuite, soit pour terminer leur croissance pour les plus petites d’entre elles, soit pour être stockées sur parc en attendant de les vendre.

Les photos de la marée râteau fourche sont de ce matin : petit coefficient, petite marée (2 heures), j’ai pris l’APN avec moi, je voulais vous montrer.

Plein de photos en attendant l’article avec plein de mots…

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