Le faux tremblement de terre ostréicole

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Le mot de Jean-Noël sur ce qui devient une polémique, mais n’ose pas dire le fond du problème.

« Les médias titrent : « Les ostréiculteurs aux prises avec une surmortalité des huîtres adultes » (Libération, 3 août) « Vibrio aestuarianus, menace pour les huîtres » (Ouest-France, 3 août) « Bassin d’Arcachon : la triploïde au coeur » (Sud-Ouest, 27 juillet) « Huîtres : une mortalité inédite et inquiétante » (Sud-Ouest, 25 juillet)…

En réalité, le phénomène n’est pas nouveau . 60% des triploïdes adultes « prévues à l’origine » pour être commercialisées l’été, meurent, sous la présence d’un vibrio aestuarianus, pour être précis, qui s’agite sous certaines conditions climatiques.

Ces huîtres non rustiques sont plus fragiles par disparition des caractères de résistance au profit de la croissance en « supprimant » la période de reproduction. Je mets supprimant entre guillemets car en réalité, jusqu’à plus de 30% de ces triploïdes arrivent en laitance* l’été.

Rappelons nous le bon sens des anciens qui préconisaient de ne pas consommer les huîtres les mois sans R.

En ayant perdu ce bon sens au profit de la croissance économique, nous avons engendré des naissains* de laboratoire, non adaptés aux conditions exceptionnelles que présente parfois la nature.

D’où ces mortalités et dossiers de subventions pour calamités agricoles !

Dans ce domaine , les plus doués au bureau gagnent de l’argent aux dépends des plus doués en production ! »

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Qu’est-ce qu’une triploïde ?

Le bébé huître (naissain), est issu du croisement d’une huître diploïde (normale donc, comme vous et moi, 2 paires de chromosomes), et d’une tétraploïde (4 paires de chromosomes). Cette tétraploïde est produite par choc chimique sous brevet d’IFREMER. Ce brevet tombe dans le domaine public en 2015 et pourrait passer aux mains d’autres laboratoires privés…

La triploïde, issue de ce croisement, a 3 paires de chromosomes et donc est sensé ne pas se reproduire. Elle serait stérile.

Elles sont plus facilement commercialisables l’été, du fait qu’elles ne présentent pas de laitance*, cet aspect que prend l’huître naturelle en période de reproduction, et qui, de goût et de texture différents des autres périodes de l’année, la rend moins attractive au consommateur.

La triploïde présente un autre avantage au producteur : plutôt que de perdre son énergie à se reproduire, elle la met en croissance, ce qui réduit d’autant sa période de production de trois à deux ans, ce qui a (coïncidence ? ) engendré la surproduction qui a précédé la mortalité des juvéniles (huîtres de moins de deux ans) en 2008.

Peut-on différencier une huître naturelle d’une huître triploïde ?

Oui, mais au microscope ! Un professionnel aguerri pourra parfois la différencier au coup d’oeil (présence d’un talon recourbé vers le haut en forme de bec d’oiseau). Seule une traçabilité et un affichage (non obligatoire) peuvent le faire.

Qu’est-ce qu’une huître « bio » ?

Selon Bruxelles, il faut avoir une traçabilité jusqu’aux père et mère de l’huître, donc une traçabilité possible uniquement sur les huîtres de laboratoire ; Un comble : les huîtres nées en mer ne seraient donc pas « bio » selon les critères de Bruxelles !!

Y a t-il un danger pour le consommateur ?

Le seul danger connu est de consommer un produit qui ne serait pas frais, voire moribond. Seule la responsabilité de l’ostréiculteur, son savoir-faire et son éthique, peuvent garantir l’intégrité de son produit.

Parle t-on d’OGM pour les huîtres ?

Non, car il n’y a pas de manipulation du génome, seulement un changement de paires de chromosomes. D’après Bruxelles, la triploïde n’est donc pas un OGM.

Néanmoins, de nombreux scientifiques parlent d’Organisme Génétiquement Maltraité.

Pourquoi les mois sans R ?

Le bon sens des anciens…

À l’époque, il n’y avait ni chambre froide ni transport frigorifique, donc il existait un risque en période chaude. La chaleur entraîne parfois en mer, des « blooms phytoplanctoniques » d’espèces induisant des malaises gastriques très temporaires chez les consommateurs.

Pendant cette période, nous nous consacrons à l’entretien des bâtiments, du matériel, des navires, et seul le travail sur les parcs n’entraînant pas de risque de mortalité. En période chaude et de reproduction, les huîtres sont aussi plus fragiles, on les bichonne sur une à deux heures maximum, le temps de la basse mer.

Il existe des méthodes naturelles pour provoquer la délaitance des huîtres, mais ce n’est pas sans risque de mortalité.

Notre commerce se fait de mi-septembre à fin avril voire mi-mai si le printemps est très frais, ce qui a été le cas cette année.

 

PS: Ah oui, Jean-Noël me rappelle de préciser que nous n’avons pas de casse sur les huîtres adultes…

Voilà, ce qu’il fallait dire nous semble t-il. De nombreuses questions peuvent se poser, n’hésitez pas à donner votre point de vue…

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12 réflexions sur « Le faux tremblement de terre ostréicole »

  1. Bravo ! Et en plus on vient d’apprendre beaucoup de choses, en particulier que les huîtres nées en mer ne sot pas bio. Quand on pense que des pros de Locoal-Mendon prétendent le contraire !
    Signé : Martine et Alain

  2. super intéressant, cela ne m’étonne pas du passionné que tu es. Par contre, il faut imaginer un process pour retrouver les parents indignes qui en pleine mer s’en donne à cœur joie mais n’assume pas leur progéniture!! Non mais!!!

    1. 🙂
      Et à terre, les parents?
      Non, sans rire, merci, c’est vrai que Jean-Noël est un passionné, d’ailleurs on est en gestation d’un prochain article, pour cet aprèm, je pense… si la progéniture terrestre nous laisse le faire! 🙂

  3. Ah bien, j’ai tout compris et dernièrement à la radio, lors d’un de ces « reportages de vacances » j’entendais des touristes manger des huitres et en commander à tour de bras en Bretagne, je ne sais plus où ..une belle ville pleine de monde, genre Concarneau ou….? et je me suis dit  » comment est-ce possible ? »

  4. Je n’aime pas les huitres mais cet article est le reflet de tout ce que nous consommons et de tout ce que l’on veut nous inculquer.
    Bravo Jean-Noël et Tifenn pour votre article. Ce sont des gens « responsables et courageux » comme vous qui feront reculer ce monde d’argent qui est prêt à nous empoisonner la vie et surtout la santé.

  5. je n’étais jamais tombée sur votre blog ,ostréiculteur dans l’ile d’oléron je suis contente de voir des collègues se battre pour que la vérité soit dite et que nous faisons les memes constats,memes combats pour informer notre clientèle(marchés)et leur prouver que nous avons un métier noble et formidable dont nous vivre sans avoir recours à des subventions qui n »aident pas notre milieu bien au contraire,maintenant le soucis qui se profile depuis cette année les pertes dans les moules de bouchots de boyard je ne parle pas de charron où il y a eu un réel problème de pollution mais chez nous que se passe t »il les moules triploides seraient elles passées par là?…

    1. Bonjour,
      Le délai de ma réponse n’est pas volontaire, je n’avais pas vu votre commentaire!
      Merci de nous lire.
      Notre conviction est qu’il faut continuer de transmettre ce que le bon sens nous dicte, et ce que les faits nous prouvent.
      Tout finira par se savoir, et le consommateur avisé de ce qui se passe, même si pour le moment rien n’est encore clairement admis…

  6. Je mange Bio et je ne connaissais pas l’existence de ces huîtres triploïdes, un comble! pourtant je n’aimais plus les huîtres, « elles ne passaient pas » peut-être une réaction inconsciente au produit pas naturel! ou peut-être sont-elles tout simplement moins bonnes?….mais une certitude : je me régale avec les vôtres et même avant de savoir……et depuis que j’ai vu l’émission sur la 5, je suis scandalisée! et là encore, je n’admets pas que le consommateur n’est pas accès à la transparence! Continuez votre combat, nous sommes de votre côté; merci pour nous faire manger des produits NATURELS et bon courage à vous.

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