Où ET QUAND TROUVER NOS HUÎTRES?

Mais oui, ça c’est une question qui revient souvent!

Il y a la solution simple de passer au chantier, en ayant pris soin de regarder les heures d’ouverture et de marée, histoire de ne pas se trouver le bec dans l’eau salée!

Il y a la solution expéditive, euh, pas vraiment parce que la logistique derrière est gourmande en temps de papier, mais nous expédions! si!

Pour ça, je devise au cas par cas, le coût étant lié à celui du transport.

Vous nous trouverez facilement dans la capitale via plusieurs formules :

Celle de Poiscaille, notre partenaire de confiance depuis plusieurs années, un casier de la mer responsable et durable, du frais vraiment frais, ils s’étendent sur la France, les bonnes pratiques devenant indispensables auprès de nous autres, concitoyens responsables.

L’épicerie Roots, un duo épatant, enthousiaste et engagé, courageux au point d’être passé nous voir cet été en famille, quelques heures de partage enrichissant… Ils proposent plusieurs produits qui correspondent à notre démarche, de la terre à la mer, avec de précieux conseils culinaires…(Maxime a travaillé chez de grands chefs!)

Si vous connaissez les Résistants, alors vous connaîtrez L’avant-Poste, leur nouveau restaurant, avec une formule encore plus proche du produit. J’ai eu le grand plaisir de les accueillir cet été, le temps était hésitant, mais eux n’ont pas hésité à mettre les bottes et arpenter les parcs! Une équipe comme une famille, avec des valeurs sûres, de celles qui donnent envie de ne jamais s’arrêter!

Je résume en une seule phrase : des fois je regrette de ne pas habiter Paris (mais des fois seulement).

Bien sûr, il y a le réseau Slow Food. Vous connaissez un convivium près de chez vous? adhérez, ce sont vos valeurs aussi, manger bon, propre et juste. Nous sommes connus de celui de Grenoble, Hautes-Alpes, Haut-Rhin… appelez-les, s’ils ne savent pas, entrainez-les !

Enfin, et ce n’est pas le moindre, nous entrons dans la saison des déplacements.

Le premier, le plus « énorme » en volume, en logistique, en folie, c’est la Foire aux huîtres de Dunkerque. Bon, ça fait plus de 30 ans alors je ne vous apprends rien… Ah ? Ok, bon, c’est la fête la plus dingue à laquelle il m’a été donné d’assister ! Au Kursaal à présent, le premier week-end plein d’octobre, 4, 5, 6, de la musique et des huîtres ! (je ne sais pas mettre de vidéo sur ce site, mais doit bien y en avoir sur la page de l’entreprise)

Le deuxième, un petit nouveau pour nous, le salon Ille et Bio, à Guichen dans en Ille et Vilaine. Anne et Jacques vont nous représenter, avec talent ! Grâce à la mention Nature et Progrès, nous avons des galons supplémentaires !

Le troisième sera en Belgique, chez nos chers amis Flamands, à Nieuwpoort, à 30 mn de Dunkerque en fait, et depuis que nous avons quitté la Criée pour une salle chauffée et confortable, je crois bien que les habitudes se prennent d’y rester plus longtemps à guincher! Cet événement a lieu les 18, 19, et 20 octobre !

Le quatrième, un nouveau et pas des moindres, le salon Marjolaine à la capitale aussi. Le salon du bio, au parc Floral. Anne et Jacques irons sur la majeure partie du salon, nous viendrons en renfort en milieu de la dizaine, avec une date de conférence sur les triploïdes prévues (le 5 novembre)

Le cinquième (ouais, j’ai les genoux qui tintinnabulent!) c’est avec l’association Macq-Madagascar, encore et toujours dans le Nord, à Marcq-en-Baroeul, à l’hippodrome. Les 29, 30 novembre et 1er décembre, avec une expo, des articles venus de Madagascar en vente solidaire, et puis nous, les huîtres!

Le sixième (!) c’est le week-end des portes ouvertes du Domaine des Galloires. Nous n’y sommes plus en chair et en os car c’est trop loin dans la saison pour utiliser ce fameux don d’ubiquité que nos enfants connaissent si bien, mais nous sommes bien représentés par la famille ! Soyez au rendez-vous le premier week-end plein de décembre !

Le septième? Le réseau Biocoop! Là où la mer ne va pas, nos huîtres vont!

Cette petite revue me fait un peu peur, vous savez que nous ne sommes qu’une modeste petite entreprise, et ces défis sont assez majeurs pour nous ! Avec Louis, notre salarié à l’année, Léo, en apprentissage, et les saisonniers que nous allons embaucher (Vinceslas et Isabelle) nous espérons que nous tiendrons la distance !

Merci d’avance de votre fidélité et de votre confiance !

Un petit rappel pour la cagnotte de Toubacouta…

https://www.leetchi.com/c/solidarite-toubacouta

l’Huître plate, un trésor à re découvrir


À l’origine était l’huître plate.

Le banc de sable devant chez nous est un lieu de pêche à pieds très apprécié des prédateurs à deux pattes. Autrefois, c’était déjà le cas, les gestes immémoriaux restent, et chacun tente, avec la cueillette à la main, d’améliorer son quotidien.

Depuis toujours, ce sont les huîtres plates qui vivaient ici. Elles étaient nombreuses, tellement, que la géographie s’en est inspirée pour lui donner le nom du lieu. L’Istreg. Le pays de l’huître ou l’huîtrière. Les gens d’ici vivaient chez l’huître plate, comme tu vis chez ton chat.

Et puis, les hommes étant ce qu’ils sont, ils ont pêché et pêché tant et plus, qu’à la fin du XIXème siècle, Napoléon III s’inquiète du rapport du ministère de l’agriculture et du commerce (cherchez l’erreur!) qui fait état de l’appauvrissement global des bancs naturels d’huîtres.

Mais pourquoi cette ressource millénaire se voyait-elle décimée?

Le développement industriel, passant par l’arrivée du chemin de fer sur la côte Atlantique, a facilité les transports, d’humains et de marchandises, dont l’huître, précieuse et recherchée par la haute société.

Un naturaliste est choisi par Napoléon III pour trouver une solution qui serait de maîtriser le captage et la reproduction des huîtres.

Victor Coste (Jacques Marie Cyprien), a déjà une certaine expérience sur la reproduction artificielle des poissons.

En 1852, il prend son bâton de pèlerin et voyage jusqu’en Italie pour comprendre et trouver des techniques pour la mise en place d’un système de captage des larves d’huîtres, et éviter leur dispersion dans le courant. Il écrit « Voyage d’exploration sur le littoral de la France et de l’Italie« 

J’ai trouvé des textes aux archives qui dénoncent les techniques préconisées par Coste. Parce qu’en fonction des lieux, d’autres techniques fonctionnent mieux. J’ai lu aussi des mémoires de gens, ni scientifiques ni savants, qui ont cherché à faire se reproduire les huîtres pour en maîtriser l’élevage.

Coste n’a peut-être rien inventé (il s’inspire également des travaux de Ferdinand de Bon, commissaire de la marine, qui invente un plancher de captage) et l’empirisme est roi dans les recherches que l’on fait à tâtons. L’apport de Coste apparaît surtout dans la synthèse qu’il fait de ces essais et les applications qui en découlent. L’empereur lui donne les moyens de mettre en place ce qui finira par devenir l’ostréiculture. Les différentes volontés mobilisées, l’aide des pêcheurs locaux, des curieux opportunistes qui sentent venir de loin la potentielle réussite de l’industrie huîtrière, font que l’ostréiculture a de beaux jours devant elle dès 1860/70.

(Extrait d’un courrier daté du 30 juillet 1864 et signé du Vice-Amiral Préfet Maritime Louis-Narcisse Chopart, adressé au Préfet du Morbihan, assez clairvoyant)

Ici, sur le littoral morbihannais, le pays de Vannes et celui d’Auray comptabilisent depuis longtemps le nombre d’huîtres vendues, à la pièce, les réglementations de pêche sont mises en place assez tôt, les demandes de concessions augmentent dès 1870. Le ministère de la marine et des colonies est propriétaire du littoral, il faut rédiger des demandes officielles et argumentées pour obtenir le droit d’exploitation d’un parc. Ceux qui sont inscrits maritimes, les anciens pêcheurs par exemple, et qui obtiennent ce droit, sont exonérés de redevance.

Dans la rivière d’Etel, les demandes sont plus tardives que dans le bassin d’Auray. Il existe des demandes de concessions des années 80 qui ne sont pas accordées, ou abandonnées, sans doute parce qu’à l’essai, le terrain ne se prêtait guère à une quelconque ostréiculture. Trop de vase par exemple. Vincent Tonnerre a d’abord essayé au niveau du chenal Saint Jean avant de se replier vers l’anse de Listrec.

Quand les techniques sont en place, la situation est inverse à celle que l’on connaît maintenant : c’est au sud de la Loire que le captage n’est pas fiable, les arcachonnais dépendants des bretons pour se fournir en naissain. En effet, l’huître plate se reproduit dans une eau plus fraîche que celle de l’espèce majoritaire aujourd’hui, l’huître creuse.

L’aventure de l’huître dans notre famille est venue de l’île de Groix.

Vincent Marie Tonnerre, un arrière grand oncle du grand-père Yvon (Vincent est le frère de Radegonde Tonnerre, l’épouse de Gildas Yvon 1, la mère de Gildas Yvon 2, qui est le père de Jean Yvon premier, tu vois?), est l’un des premiers à s’être installé dans la rivière, le premier dans le haut, à Locoal, entre la presqu’île du Verdon et l’anse de Listrec. Groisillon, il devait être assez visionnaire, courageux ou téméraire pour se lancer, à partir de rien, dans cette ostréiculture naissante.

Et puis des embryons de famille groisillonnes ont suivi, faisant leur place où nous sommes encore aujourd’hui.

L’ostréiculture n’est pas une sinécure. Sans doute est elle plus sûre que le métier de marin, où la mortalité est élevée, mais elle reste difficile à mettre en place, et il en aura fallu force de bras pour la pérenniser.

Les Tonnerre (Emilien Tonnerre épouse Eglantine Flora Le Grel en 1912 à Locoal-Mendon après avoir quitté Groix) qui commencent ici, ne sont pas favorisés, entre la guerre, et les rigueurs des hivers. En 1920, une forte mortalité touche les huîtres, la rivière était gelée, mais peut-être était-ce autre chose,.

Malgré tout la production des huîtres plates atteint, en France, dans la fin des années 1960, un tonnage de 20000 tonnes. Ici, la vie est plus légère, on vit au présent, on dépense. On dit de l’ostréiculture que c’est un jeu « on jette nos dés à l’eau ». J’aurais tendance à penser qu’on se console des difficultés d’un métier impitoyable. Et puis que sera sera.

Mais on verra arriver deux parasites à 10 ans d’intervalle, le Marteilia (1968) puis le Bonamia (1979). Depuis les années 80, la production des huîtres plates est tombée à 2000 tonnes.

L’huître creuse n’existait en Bretagne qu’en rivière de Penerf et d’Etel, depuis 1950. Il s’agissait de l’espèce dite portugaise, qui sera à son tour éradiquée dans les années 70. Et remplacée par la Japonaise, celle qui se cultive encore de nos jours. C’est la culture de ces huîtres qui remplacera la production des huîtres plates sur tout le littoral. Et sauvera le métier d’ostréiculteur, même si les différentes crises ont mis sur le carreau plusieurs entreprises et depuis 2008, une perte d’un savoir-faire.

Ostrea edulis de la Rivière, à laquelle nous donnons le nom de Tonnerre de Listrec (cf un billet l’an dernier)

Tous les gens de ma génération ont perdu l’habitude de manger des plates. Ce n’est plus un produit courant, c’est devenu un produit rare et cher. Mes enfants, si je n’étais pas dans ce métier, n’auraient sans doute jamais l’occasion d’en goûter.

Ceux qui en parlent le mieux et avec gourmandise, sont les « anciens ». Il suffit de voir leurs yeux briller pour comprendre le plaisir qu’ils ont à venir chercher leur panier ou leur douzaine, celle qu’ils se réservent pour les grands moments, pour se rappeler leur jeunesse ou un moment de vacances.

À l’origine était l’huître plate, mais elle a quasiment disparu pendant presque 50 ans.

Il y a une petite dizaine d’années, quelques ostréiculteurs de la Ria ont constaté la présence du bivalve sur les parcs. La présence. Mais pas la prolifération. C’était presque à se dire, laissons les, ne les pêchons pas, elles ne sont pas assez nombreuses.

Néanmoins, il a germé dans leurs esprits d’ostréiculteurs un peu frondeurs, un peu optimistes, oserions nous dire, un peu « joueurs »? l’idée que la plate avait encore la possibilité d’exister, puisque quelques individus subsistaient.

Pour aider des huîtres à se développer, c’est un retour aux sources, il faut retrouver des gestes oubliés? Se rappeler de l’époque où les huîtres plates étaient captées en quantité sur les tuiles chaulées.

Oui.

L’idée qu’il était possible de re dynamiser le banc naturel, le banc amodié, s’est concrétisée par des actions du syndicat ostréicole, comme de semer des supports propres dans le chenal, qui serviraient de collecteurs aux larves. Le but étant de favoriser la fixation, au moment de la reproduction.

D’ailleurs, à la source, l’huître génitrice est dite « huître mère » et vivipare, l’huître plate féconde ses oeufs à l’intérieur de sa coquille, les gardant bien au chaud pendant 8 à 10 jours avant de larguer dans l’eau les larves déjà fécondées. Anthropomorphisme quand tu nous tient, on parle d’instinct maternel de l’huître plate !

Des conditions atmosphériques défavorables (trop chaud, trop froid, trop de pluie, pas assez…) n’ont pas favorisé de captage visible les premières années. Mais, en sachant qu’une huître plate est mature sexuellement à 5 ans, nous savions qu’il faudrait attendre au moins 5 à 7 ans.

Cela fait 8 ans que j’assistais à l’opération « redynamisation », et c’est cette année 2019 que le constat est là : jamais, de carrière de mon ostréiculteur de patron de mari, nous n’avions vu autant de petites huîtres sur tous les parcs.

Cette marée d’été faite avec mon amoureux, où, plus que jamais je faisais attention où se posaient mes pieds, tant à voir de petites huîtres et avoir peur de les enfouir sous la vase! L’impression de rêver, avec ces innombrables coquillages, ronds, petits, fragiles, mais visiblement en forme.

Haut du parc dit du Wennec. Concédé de haute lutte.

La magie me saisit à chaque fois que j’arpente tel ou tel parc. À présent que j’ai tenu entre mes doigts les documents de « pétitionnaire » comme Vincent Tonnerre ou Yves Le Grel, qui se sont installés ici entre 1895 et 1897, que j’ai lu et entendu les histoires orales du travail qui a été fait, à la fois pour obtenir une concession, ou pour travailler le sol qui permettait l’élevage, je suis émue de pêcher à la main ces petites huîtres qui ont fait la vie que je mène.

Je marche sur un sol durcit au sable de la barre, embarqué à la main sur les chalands en bois à fond creux et transporté à force d’aviron (9 mètres l’aviron, je ne sais pas si tu mesures la force qu’il faut déployer), avant d’être semé puis ratissé.

La maison Tonnerre, vers 1930. Tu reconnais cette maison sur la première photo.

Chaque fois que Jean-Noël passe la barre et les chaines pour entretenir le parc, il entretient ce travail titanesque produit par ses grand-pères. Je ne parlerai pas ici des grand-mères. Mais je suis Ô combien consciente de ce qu’est d’avoir charge d’enfants pendant l’absence d’un mari à la guerre, et d’une autre encore, tout en entretenant vaille que vaille un outil de travail qui n’était pas encore aboutit dans la première moitié du XXème, avec toutes les incertitudes financières d’une année sur l’autre quand un hiver rigoureux anéantit quatre années de travail.

C’est ainsi que nous travaillons; à la fois dans le respect de la nature, et dans le respect (et souvent l’admiration) du travail accompli alors que la mécanisation n’était pas la même qu’aujourd’hui.

Voir, à mes pieds, autant de petits coquillages est un cadeau.

À l’heure actuelle de la planète, c’est déjà beaucoup.

Petite plate et grosses palourdes.

Sources ? Sur les liens en couleur, tu cliques. Le reste est aux Archives départementales du Morbihan! et dans ma tablette photos.

-Un petit résumé bien fait sur l’état des lieux de la filière ostréicole ici

-J’espère que l’ennui ne t’a pas saisi avant la fin, et que tu pardonnes les fautes résiduelles, mais certaines, tant à relire je m’aveugle.

Le printemps des huitres, des artistes et de nature et progrès …

…Où comment trouver un interminable titre!

Bien que ce soir, peu d’éléments météorologiques me rapprochent de l’idée du printemps, il se trouve pourtant que nous y sommes, en plein, et c’est le naissain qui nous l’a dit!

En effet, notre fournisseur officiel d’huîtres de captage naturel (les huîtres naissent en mer, libres et égales en droit…) nous a téléphoné avant la « maline » où les conditions de coefficient allaient permettre de « lever » les collecteurs.

Crédit photo : Laurence, que je remercie beaucoup

Je parle une langue étrangère et je fais exprès. Il est parfois nécessaire de plonger dans un vocabulaire spécifique pour aider à comprendre comment les choses se font, tous les mots ont leur importance.

La « maline » c’est la marée, en Charentes, de fort coefficient. Ce temps où il est permis d’aller en mer, s’approcher des tables où sont posés les collecteurs. Laurence m’a transmis des photos, à ma demande, car nous n’utilisons plus nos parcs de captage, et nous confions cette tache à Franck depuis plus de 20 ans.

Photo de Laurence toujours. Franck dépose délicatement le collecteur dans la lasse, en évitant les coups, pour ne pas perdre de naissain au passage. On ne jette rien, c’est précieux, c’est vivant.

Je n’ai jamais fait de marée de ce type. J’ai aidé à poser des tubes, une saison où il nous avait pris d’en mettre, j’en avais parlé ici, mais notre région n’est pas une zone de captage fiable pour les huîtres creuses, à cause des trop fortes variations de températures.

Je trouve que c’est une très belle photo, et très parlante. Merci m’dame.

En revanche, en Charentes, c’est zone de captage à bloc. À vrai dire, chaque zone a son utilité, puisque quasiment toutes les huîtres « remontent » en Bretagne ou Normandie pour y passer la plus grande partie de leur vie en « grossissement » car inversement, au sud de la Loire, il est difficile de faire grandir les huîtres…

C’est pourquoi en Ria d’Etel il y a beaucoup de Charentais ou Arcachonnais qui s’installent.

Bref.

Quand Franck a levé le naissain, il le détroque, ou le décolle de son support. À ce stade, nous sommes sur la route, avec le fourgon, pour le rejoindre à sa « cabane » où nous allons charger les précieuses petites huîtres, dont la taille s’étalonne entre l’ongle de mon petit doigt et la longueur d’une phalange.

La cabane de Franck, les couleurs de Laurence!
Chez Franck, les poches font le mur.

Au chantier (en Bretagne on dit chantier pour le cabane de Charentes), les poches à petites mailles ont été triées et mises de côté et seront prêtes à recevoir le naissain, qui sera mis en poche le lendemain matin très tôt.

Oh! une photo de lever de soleil !
C’est beau non? toutes ces petites huîtres, captées l’été dernier à Port-des-Barques.

Le but est que les huîtres ne passent pas plus d’un battement de marée hors de l’eau, ainsi elles ne souffriront pas et continueront leur développement, presque boostées par le changement d’eau. La compatibilité entre cette zone charentaise et nos eaux de la Ria est depuis longtemps constatée.

Le naissin est là, tout frais, tout prêt.

Les jours de naissain ne sont pas nombreux. Deux. Deux journées dans l’année pour mettre en place un nombre incalculable de petites huîtres. Autant dire qu’il ne faut pas se louper.

D’ailleurs, tout le monde le sait dans la famille et tous les bras se rendent disponibles dès potron-minet pour mettre en poche les cailloux précieux. Avant la marée de la mi-journée, les poches sont prêtes, mises sur le chaland et on se dépêche de mettre les cuissardes, voire la cotte, pour avoir le temps de toutes les poser. C’est un contre-la-montre pour le bien-être des petites bêtes.

Celui qui a la malchance de nous rendre visite l’un de ces deux jours là risque d’être vite expédié, poliment si possible, mais vraiment nous ne sommes pas disponibles, c’est trop important.

C’est pourtant ce qui s’est passé, (la visite d’un ami)…car entre les deux jours de naissain il s’est passé une semaine, et un événement qui pour moi a eu son importance, le Printemps des Artistes de la commune, qui a regroupé plus de 80 artistes, professionnels et amateurs, et on en a vu passer du monde! Je remercie grandement ceux qui ont fait le trajet pour venir voir les photos que j’exposais, aux côtés des sculpture en métal d’Hélène, qui en ont ébahi plus d’un! et à l’ami venu voir les photos après l’expo, je présente mes excuses… (et en plus il a choisi une série que j’aime particulièrement ‘Rêve »)

Si tu veux voir ce qui s’est présenté ce jour là en photos, j’ai créé un site juste exprès : http://www.photostifenn.com

Ceci étant dit, il me reste à vous dire l’autre chose la plus importante et attendue depuis un moment :

Le Cahier des charges ostréicole de Nature et Progrès a fini d’être vu, revu et re revu, et est enfin validé! À vrai dire nous avons fait partie des premiers » enquêtés » (la mention est participative, sur enquête faite par un professionnel du métier, quelques consommateurs volontaires et engagés, un membre de l’association).

Je ne « divulgâcherai » pas le résultat de cette enquête car j’attends le récépissé de la Fédération… Et comme ils sont débordés…

Mais bon, tu te doutes peut-être du résultat?

Oh, un escalier ! (Montpeyroux, balade en Auvergne où nous avons fait un tour

Ceci est une photo d’un village remarquable en Auvergne : Montpeyroux.

Pourquoi l’Auvergne? Parce que nous y avons fait un saut, le jour de mai où il a neigé, pour participer à une conférence/débat à la foire bio Pollen; Dimanche 5 mai, le film « L’huitre triploïde, authentiquement artificielle » a été diffusé et nous avons causé à ce sujet face à une audience stupéfaite et très intéressée de ce sujet.

Je ne conseillerai jamais assez de partager ce film, édifiant, qui me scotche à chaque fois que je le vois, tant par ce que j’y entend que par les images, magnifiques.

Voilà.

J’ai rédigé ce billet à cheval sur plusieurs semaines, à califourchon sur plusieurs projets d’écriture et de photos, j’espère que ma monture courageuse va tenir bon, parce que vu la connexion de canasson malingre que nous avons ici, je dois aller en « ville » pour écrire.

Tcho.

Le monde dans une goutte d’eau


Petite mer de Gâvres, un jour de février

Les vacances pédagogiques. Ce n’est pas tous les jours que je propose aux enfants de participer à une animation autour d’un sujet scientifique. Il se trouve que mon fils, en troisième a été particulièrement intéressé par son stage de découverte de 3 jours qu’il a effectué à l‘Observatoire du Plancton au Port-Louis, commune sise en Bretagne Sud, n’est-ce pas, connue pour sa citadelle et son musée de la Compagnie des Indes.

Ce n’est pas tous les jours non plus qu’on a la chance de rencontrer des gens aussi passionnants que passionnés comme Pierre Mollo, le fondateur du dit Observatoire.

Surtout qu’il est très occupé le monsieur, dans le monde entier, du Japon à l’Afrique ou l’inverse, tant le plancton est un sujet que l’on se doit de ne plus ignorer. Ambassadeur de la population microscopique marine, autodidacte, enseignant chercheur, de fait, il se dévoue totalement au plancton. Il partage ses connaissances librementou ici ou par et là.

L’Observatoire est une association qui fonctionne avec des subventions, des partenaires, et la participation aux différents ateliers qu’elle propose, sur site, ou mobiles, puisque le plancton s’étudie partout où il y a de l’eau, qu’elle soit douce ou salée.

Il n’y a guère qu’au robinet, en bouteille d’eau minérale, ou à la piscine qu’on n’en trouvera pas. Ce qui laisse le champ à de larges explorations.

Alors, même pas peur, j’ai embarqué les enfants et deux copines d’une de mes filles et hop!

Jérôme nous a accueillis, avec quelques autres visiteurs pour faire la découverte de la goutte d’eau.

Il faisait presque beau, une lumière d’hiver douce, lumineuse par moment, un petit vent frais aux abords de la cale sur la petite mer de Gâvres (entre Gâvres et Port-Louis).

Le filet à plancton est plongé dans l’eau. À son extrémité, un bocal.

Jérôme a plongé dans l’eau le filet à plancton avec une maille à 300 microns, de mémoire, pour prélever environ un litre d’eau, qui plus tard sera filtrée pour concentrer dans une goutte, le maximum d’informations.

La récolte dans le collecteur
Les heureux curieux

Le bocal est retourné à l’Observatoire où, très pédagogiquement, Jérôme a enquêté pour savoir l’étendue de nos microscopiques connaissances sur le plancton. Je savais, grâce à mes cours de biologie au lycée maritime et aquacole d’Etel, que « plancton » vient du grec πλαγκτός / planktós : errant, instable. De fait, il ne peut pas lutter contre le courant.

Deux types de plancton, en eau douce comme dans l’eau salée, le phytoplancton, végétal et le zooplancton, animal.

Les huîtres se nourrissent de phytoplancton. (Oui, il fallait bien que ce billet ait un rapport avec l’huître, tout de même)

Et bim! le monde de la goutte d’eau se révèle à toi

Le contenu du collecteur filtré à nouveau (20 micron cette fois), Jérôme a prélevé une goutte, posée sur une lamelle, sous l’oeil du microscope qui a grossi 300 fois son contenu. Et tout un tas de petites figures, machins, trucs et bidules très chouettes sont apparus sous nos yeux émerveillés.

C’est là que ça se complique car je n’ai pris aucune note, et ma mémoire de poisson rouge n’a pas tout retenu bien sûr.

Jolies formes géométriques des Diatomées
Noctiluca scintillans, un prédateur…mon préféré, bioluminescent…

Et tous ont pu avoir accès à une goutte d’eau et au monde qui la compose.

Permettre à chacun d’observer au microscope

Ce billet n’a pas d’autre vocation que de vous donner envie de vous informer sur le plancton. Il est le poumon de notre planète (la surface de nos mers et océans, ainsi que les cours d’eau terrestres représentent bien plus que nos forêts continentales), il est le témoin de la qualité d’eau, les espèces qui le composent (des dizaines de milliers connues pour l’instant ) peuvent dire si un coquillage est propre à la consommation ou pas.

Dans ces gouttes d’eau, il n’y a pas que du plancton, il y a aussi des débris végétaux, inoffensifs, mais en plus ou moins grand nombre en fonction des zones de récolte, des microplastiques.

L’Observatoire du Plancton est essentiel pour transmettre et partager les connaissances sur notre milieu, les conséquences des activités humaines sur la biosphère.

La vie naît du plancton. On ne devrait pas l’oublier.

Toutes les erreurs et imprécisions de ce billet sont de mon fait, je préfère ne pas en dire plus au cazou 🙂

Merci Jérôme, Antoine, Claudine, Jean-Pierre, salariés, bénévoles et engagés.. Merci surtout à toi Pierro, pas une semaine sans que ton prénom ne soit cité à la maison!

La récolte

L’automne verse ses couleurs en arbre et en douceur sur la Ria d’Etel, comme partout ailleurs. Nous vivons dans un endroit privilégié, ni trop, ni trop peu. J’en sais le précieux, chaque fois que j’allume l’écran noir, qui ne montre qu’images dévastées, d’eau, de vent, de feu. 

Et je me souviens des coquelicots. 

L’automne est au chantier ce que la moisson est au blé, l’été. 

Depuis plusieurs semaines déjà, nous levons les poches. Je dis nous, mais c’est plutôt « eux » devrais-je préciser. 

Nous entrons dans la période des dépressions, avec les vents qui gardent l’eau bien à l’abri de la Ria, ces marées où la mer ne descend pas beaucoup. Alors, le chaland reste à hauteur de hanche, et au fur et à mesure du chargement, la hauteur des piles est telle qu’il est très difficile de « lever » les poches. 

Et je ne raconte pas que le fait de lever les bras, laisse toute la place à l’eau glacée de couler de la main à l’épaule, mais c’est sans gravité, car ça donne chaud les marées! (emoji qui rit)

En attendant, une fois à terre, à quai plus exactement, le chaland est déchargé, les poches sont déficelées et vidées en container, pour que les huîtres soient triées et calibrées. 

J’avais déjà expliqué les codes couleurs des mannes, code mis à mal quand il n’y a plus assez de mannes! 

Il n’empêche que le tri, c’est une histoire de rangement et de stockage. On met dans le bassin submersible les huîtres qui partiront dans les 15 jours, pour les préparer à l’expédition : rappelle-toi ce « bassin de trompage » où fermer la vanne empêche l’eau de mer d’entrer, et donne aux huîtres l’occasion de faire un peu de sport, à savoir muscler l’adducteur qui maintient sa coquille fermée ! Elle pourra s’entrouvrir, bailler, quand la vanne sera ouverte : l’eau change la pression atmosphérique sur l’huître, signal pour le bivalve que c’est le moment de manger et de se relâcher!

Un peu avant Noël, un bassin bien plein est bon signe !

Tu vois que nous ne dépassons jamais 3 hauteurs de mannes, pour que les huîtres soient toujours immergées quand le bassin se remplit et surtout pour que les huîtres du bas ne soient pas noyées de sédiments, de vase et autres particules créées par la présence des huîtres au-dessus! Nous avons de la place, autant ne pas hésiter, les coquillages n’en profiteront que mieux!

D’autres huîtres sont remises en poches pour passer un stade de « finition » ou « d’affinage » même si l’affinage ici n’a pas de sens règlementaire réel. Nous n’avons pas de bassin d’affinage, comme en Charentes ou à Marennes avec les « claires ». Si un jour quelqu’un vous parle d’huîtres bretonnes de claires, c’est du pipeau, car les claires n’existent pas en Bretagne, point. Elles existent des rives de la Loire à celles de la Seudre. Ce sont souvent d’anciens marais salants, des bassins creusés par l’homme dans l’argile. Elles apportent une spécificité toute particulière au mollusque. Et je voudrais vraiment goûter un jour ces huîtres si belles, vertes de navicule bleue, élevées avec le respect des densités. Oui, j’ai des lacunes gustatives, ne connaissant que, ou presque uniquement, les huîtres de Listrec! (J’ai goûté la Virginica, la hollandaise, la Gazar, c’est déjà pas mal pour quelqu’un qui n’aimait pas les huîtres avant!)

Ici, nous aimons parler d’affinage quand nous finissons d’apprêter les huîtres : nous les remettons sur tables où elles vont pouvoir se gorger tout à loisir de planctons, dans des poches propres, pas trop pleines, et donner à sa chair une belle qualité. 

Ça me fait penser que peut-être il faudrait écrire quelque chose sur les fines, les fines de Bretagne, les fines de claires, les spéciales etc…

Des termes usuels, familiers pour nous, qui, au vu des questions qu’on nous pose parfois, ont le don de tout mélanger entre la réalité et la fiction, commerciale évidemment. 

Nous mettons aussi de côté quelques beaux morceaux, des huîtres de sol, draguées, qui avaient été oubliées les années d’avant… Une année, j’en ai envoyé deux à de jeunes enfants, véritables amateurs d’huîtres, sous forme de petit coffret « Chaussons » du père Noël! Elles étaient plus grandes que ma main !

J’aime cet arbre, dans les saisons intermédiaires, l’automne et le printemps. 

La saison est lancée, avec ses bouleversements habituels, ses retournements de situation, dus à la météo, à l’actualité, à l’humeur des patrons!

Nous espérons que vous aurez l’occasion de goûter vous aussi ce produit d’exception, exceptionnel pour toutes les raisons que vous pouvez imaginer, propres au produit lui-même qu’il faut préserver dans son intégrité ainsi que par ce travail que nous faisons, en dialogue avec dame Nature, même quand ça nous épuise. 

Le fait de vous rencontrer nous donne souvent l’énergie qu’il faut!

D’ailleurs, nous sommes à Marcq-en-Baroeul la semaine prochaine, le premier week-end de décembre, à l’hippodrome, avec la Bouée Bleue et l’association Marcq-Madagascar!


Les huîtres de Nature et Progrès

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Il faut nettoyer les carreaux, je crois…

C’est un bruit qui court, un bruit de couloir, un frisson, un parfum, c’est une nouvelle qui vient.

Voilà plusieurs mois que nous travaillons fort, beaucoup, plein, avec Nature et Progrès sur un Cahier des Charges ostréicole…

Mais c’est quoi donc Nature et Progrès?

Comme je le disais à Jean-François, il y a 10 minutes, alors que je lui demandais l’autorisation d’exfiltrer l’information, Nature et Progrès n’est pas venu.e à moi, mais je suis allée à elle. Lui, pour un label, elle, je préfère, pour une Mention.

Vois-tu, dans ce monde où l’image est pré-digérée, ou l’information est pré-mâchée, et où il demande un effort de remonter à la source, alors que la source c’est essentiel, il y a des labels plus visibles que d’autres.

Comme AB par exemple. Là, tu ne me demandes pas de quoi je parle. Tu connais AB. Comme ta poche. Et si tu me lis, tu sais aussi que le label AB a un léger défaut : il veut mettre le maximum de gens d’accord, alors il se permet quelques liberté, auxquelles en conscience, nous n’adhérons pas.

Souvent je dis que nous sommes plus AB qu’AB. Dans nos pratiques, nous allons plus loin.  Tellement.

Mais à quoi ça sert de le dire si rien ne le prouve en terme d’image?

Nous avons choisi de nous certifier en Agriculture Biologique pour répondre à la demande d’un client. Ça correspondait à une image vertueuse, le bio ci, le bio ça, le bio c’est moins pire, ça fait moins mal à la santé, ça fait moins mal à la Nature, c’est beau le bio.

Et ça fait un moment que AB se prononce comme le B.A. ba du bio.

 

Nous n’avons aucun problème éthique à afficher AB, même en sachant ses lacunes, car nous savons comment nous travaillons. Cela dit, posé, écrit, c’est un label qui ne nous suffit pas, qui ne nous représente pas complètement : car il autorise les huîtres d’écloserie, et d’elles, nous ne voulons pas.

Alors, quand Ostréiculteurs Traditionnels et Nature et Progrès ont manifesté la volonté de travailler ensemble, évidemment nous n’étions pas loin.

Ostréiculteurs Traditionnels, OT pour les intimes,  refuse les huîtres d’écloserie et milite pour l’étiquetage des huîtres. Ça, ça a failli marcher ( « vous faites des huîtres nées en mer ou ne faites vous pas? ») mais nos politiques sont trop frileux, malgré le travail de Joël Labbé, à qui je rend hommage ici (je suis abonnée à sa page et le boulot qu’il abat me rempli d’admiration).

Il n’en fallait pas plus pour que les bonnes volontés parviennent à faire sortir de terre un cahier des charges, évolutif pour le moment, qui prenne en compte tout ce qui fait sens dans l’ostréiculture.

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Ce matin le ciel flamboie

Nature et Progrès existe depuis tellement plus longtemps que le label AB, que son expérience, sa pérennité, et, au final, une certaine forme de sagesse, qu’il paraît évident de s’associer à cette démarche.

Extrait du site de N&P :

« Dans son souci d’une agriculture cohérente, Nature & Progrès attribue sa mention de façon globale à la fois à partir de cahiers des charges techniques mais également en fonction d’une charte, prenant en compte les aspects environnementaux, sociaux et économiques. Cette charte a pour toile de fond un projet de société basé sur des relations de convivialité et de proximité entre les hommes et leur milieu : une société humaniste, écologique et alternative. »

J’adhère!

Faisant partie de la commission ostréicole, je peux témoigner d’un certain nombre d’heures au téléphone, de rédaction du cahier, et de rencontres entre les têtes de N&P autour d’huîtres, en téléconférence etc… Nous avons été nombreux à peaufiner les nécessaires ajustements (Merci Jean-François, Eliane, Sandrine, Angélika, Yannick, Olivier, Benoit, Simon… et tant d’autres, et pardon pour mes agacements et maladresses !).

Comment ça fonctionne?

N&P est une mention participative. Un « questionnaire test » est mis en place qui servira de base de travail pour l’obtention de la mention lors des visites des commissions d’agrément dans les chantiers ostréicoles, comme cela se fait dans l’agriculture :

« Ces cahiers des charges sont depuis 1964 co-construits et régulièrement mis à jour. Ils s’élaborent en concertation entre les adhérents professionnels et consommateurs. Nature & Progrès défend les Systèmes Participatifs de Garantie, alternative à la certification par tiers, garants de l’approche solidaire qu’intègre le mouvement de la Bio. »

Mercredi, le 7 novembre, nous serons Jean-Noël himself et moi, présents au Salon Marjolaine au parc Floral à Parisss. L’occasion de continuer d’apprendre et de partager. Nous assisterons à la projection du film « l’huître triploïde, authentiquement artificielle » et participerons au débat qui suit.

N&P est moins « visible » du grand public, peut-être. Mais sa démarche vertueuse fait que celui qui y adhère y reste fidèle.

Donc, courant 2019, si tout se passe comme prévu, le cahier des charges ostréiculture de Nature et Progrès sera validé. Nous sommes 8 à souhaiter/prétendre y adhérer pour commencer, sur tous les bassins ostréicoles français.

J’imagine qu’il sera plus facile à un.e ostréiculteur.trice qui débute, de mettre en place les pratiques N&P. Et c’est vers eux que tend l’avenir de l’ostréiculture : respect de l’environnement, de l’humain et du produit.

On est très proche des valeurs Slow Food n’est-ce pas?

C’est une autre histoire ça.

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Je t’emmène?

(la différence entre les photos de mon téléphone et celles de mon appareil me sautent aux yeux!)

(En 2019, il y a un « Printemps des artistes » sur la commune, et j’y participe, enfin je crois, au chantier qui deviendra une salle d’expo. Fraîche, mais avec vue).

 

 

 

La chaleur est au Nord, aussi

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Sébastien m’a demandé de raconter, comme je racontais la marée.

Alors, depuis quelques jours, je cogite, je tourne, j’alambique, je refais le monde, et je me souviens.

Mais qui suis-je pour raconter ces moments incroyables, ces parenthèses hors du temps, hors d’heures, où il nous arrive de ne pas voir la lumière du jour, ni de s’assoir, ni de manger, ni de respirer parfois?

Alors j’essaie, je tente, il y aura des lacunes, volontaires et involontaires, les prénoms seront peut-être vrais, peut-être pas, mais peu importe, n’est-ce pas?

La première fois, on me disait, « tu vas voir, Dunkerque, c’est incroyable », « c’est quelque chose ». Et on plissait la bouche, on ouvrait des yeux ronds, mais on ne me disait rien de plus, rien qui ne me prépare réellement à « Ça ».

« Ça », c’est certainement la plus grande dégustation d’huîtres ouvertes en assiettes sur trois jours, de France, d’Europe, et peut-être plus. Je défie quiconque de me trouver un événement où sont ouvertes 7 tonnes d’huîtres sur trois jours, 3 autres tonnes vendues en paniers à emporter.

Bref.

Ça, Sébastien s’en fout un peu. Il le sait, le nombre d’huîtres ouvertes. Son poignet l’en a bien informé, et aussi, les palettes qu’il descend de la semi. Avec son Baptiste, il « dépote », et à eux deux, ils savent bien ce qui est sorti du « frigo ».

Baptiste est musicien. Et cuistot. Ou l’inverse. Sans doute qu’en cuisine, il laisse aller son imagination comme le rythme de ses baguettes sur la caisse. Je ne sais pas les langages des batteurs, mais je sais le rythme, et à Dunkerque, il est dense.

Et ils dansent.

Ben et Steevy donnent du Sardou, du Love me tender, et des plumes se trémoussent sur la scène quand ils se posent enfin.

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14 à ouvrir. 14 écaillers, c’est comme ça qu’on les appelle, écaillers, avec des ostréiculteurs dedans.

Et du coeur.

Nous sommes en manque du Bosco, de Christian, et aussi de son fils Lionel. Des fidèles entre tous, qui n’ont pas pu être là. Il n’y aura pas la sieste de Dédé, assis sur un coin de chaise, il n’y aura pas l’attention de Christian, la crème, qui veille au bien être de tous, il n’y aura pas son fils, abonné depuis des années, parce qu’il commence un nouveau job, dans la vraie vie. Il y a des petits nouveaux, qui ne savent pas encore. (Depuis, ils se sont réinscrits, pour celle de Nieuwpoort et celle de Marcq-en Baroeul, des fois qu’on aurait besoin).

Le dress-code, c’est le tablier jaune et les gants. J’avoue ne pas mettre le tablier, car à vrai dire, ce n’est pas très pratique pour courir. Ma place est à part, pour au moins trois raisons, je suis l’entre deux, et l’huile dans les rouages. En début de file, j’ouvre les huîtres plates, à un autre rythme que celui des creuses, flux tendu et multitâches.

Il y a les premières heures où tu ne lèves pas le nez des huîtres. Parce que tu apprends le geste. Aucun d’entre nous n’avait réellement ouvert des huîtres, avant. Une douzaine par ci, une autre par là.

Rien quoi.

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Dans un panier de 15 kilos de numéro 3, il y a 180 huîtres. Et des paniers de 15 kg, il s’en ouvre des dizaines, en numéro 2 aussi…

Je crois bien que tous, on a essayé de compter combien ça pouvait faire d’huîtres. Au bout d’une heure, sans doute avant, on ne compte plus, on s’étourdit. On renforce les poignets, on étire les épaules, on souffre un peu, et puis on a chaud, suffisamment pour se trémousser au son des musiciens sur scène, on accélère le rythme, ça y est, c’est presque facile. Demain sera un autre jour, au petit matin, quand on découvrira les muscles dont on ignorait jusque là l’existence.

Il y a la pause casse-croute, prise debout, ou assis, sur un bout de table, en regardant défiler les gens qui bravent le soleil du nord, pour venir passer un moment en famille, entre amis, entre collègues. On voit la file d’attente faire plusieurs dizaines de mètres, elle va loin, elle dure trois quart d’heure à certains moment, et nous admirons la patience, l’envie, le plaisir d’être là pour faire la fête.

Les piles d’assiettes remplissent l’étal de glace pilée. 5 couches. De 12. Des centaines.

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Dunkerque, c’est l’impossible compte, tellement ça paraît trop, tellement il faut le voir pour le croire.

On se parle d’oreille à oreille, pour lutter contre la folie sonore, on se raconte des blagues, on sourit aux gens, on leur raconte des blagues, on oublie tout ce qui n’est pas l’instant présent, les factures, les soucis, la douleur. On fait des photos, parce qu’on est ébahis parfois de tout ça, on fait des petites vidéos pour montrer aux enfants « t’as vu, j’y étais! »

Ce truc incroyable, né il y a plus de 30 ans, une histoire entre copains qui voulaient faire une dégustation d’huîtres comme au Port-Rhu, une histoire devenue légende, c’est la foire aux huîtres de Dunkerque, une aventure avant tout, humaine.

Quand on arrive de Bretagne avec notre « micro-bus », on est accueillis par la Bouée Bleue.  La Bouée Bleue, c’est un ensemble de types, un peu fous, très motivés, très joyeux, très courageux, qui oeuvrent pour les gens de mer.

En vrai, ce sont des types qui sont à la retraite ou qui prennent 15 jours de congés sur l’année pour être là au moment des foires, qui donnent de leur temps sans compter tout au long de l’année. L’esprit associatif à Dunkerque n’est pas qu’une idée floue.

Des gars, oui, c’est la Bouée Bleue, exclusivement masculine, j’ai cessé de faire des commentaires là dessus, il y a des choses qui ne changent pas. La Bouée Bleue ce sont des hommes, mariés, et tous ont des femmes qui déploient sans doute des trésors de patience, des heures d’abnégation, des jours d’impatience, et surtout qui sont là, tout autant que leurs hommes… en caisse, en service sur table, en cuisine, au self service, à leurs côtés… partout.

À se demander parfois si la Bouée Bleue sans ses femmes tiendrait la route… je sais la réponse, tout le monde sait la réponse, mais elle ne sera jamais dans les statuts ;-), joke.

Alors on fait la bise, deux, et à deux j’en fais quatre, c’est comme ça.

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Je connais enfin la majorité des prénoms, mais ça n’a pas été facile. Parfois je confonds encore, alors que je reconnais bien. Les femmes, pour beaucoup, restent quand même souvent « la femme de », et j’avoue que ça ne me plaît pas. Mais ça fait plus de 50 personnes à mémoriser, et en trois jours, bien souvent, on a pas le temps de discuter, de savoir qui on est vraiment, qui se cache sous la vareuse bleue.

On a pu tisser des liens avec certains, lors du repas du dimanche soir ou du lundi, ou de passages en Bretagne, au jardin, à admirer le bleu de la mer. Et quand on se revoit, on se reconnaît un peu mieux, le sourire est vrai, jusqu’aux yeux.

Avec les écaillers, en revanche, quelque chose de particulier se tricote. Est-on frères et soeurs de foires comme on serait frères ou soeurs de bataille? Se rapproche t-on parce qu’on a vécu ce moment si fort, si dense, si dur parfois, le tout dans la bienveillance et le respect?

Si chacun de nous a une personnalité propre, indépendante, secrète, elle se dévoile sans doute un peu quand le masque tombe. On va vite à l’essentiel quand le temps manque, quand l’enthousiasme est si communicatif qu’il envoûte, quand la fatigue fait dépasser les bornes du langage, et que la confiance d’une épaule étanche la soif.

Lundi soir, nous sommes revenus de Nieuwpoort en Flandres. Là, encore, il s’est passé des moments que je qualifie d’extra-ordinaires, de chaleur et d’émotions.

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Merci à la photographe de la ville de Nieuwpoort pour cette photo

Par exemple, Dominique qui sert une excellente soupe à la crevette et nous serre dans ses bras le dimanche soir, la voix pleine de compliments, qui a tenu à venir nous présenter sa petite fille, qui voulait aider, mais on ne fait pas encore travailler les enfants…

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Je t’assure que la pause est méritée

Et puis, la lumineuse idée de Jean-Noël d’embaucher un écailler flamand… Arlette nous présente son beau-frère, appelons-le Robert, récemment veuf, tout pétri de tristesse et de solitude. Robert a peur de ne pas savoir faire, mais il est volontaire, il a envie d’essayer. Trois jours durant, il nous a ému de son sourire et parfois de ses larmes, de son courage à rester debout du haut de ses 79 printemps, de son plaisir communicatif. Trois jours pour retrouver le sommeil perdu, apprendre tout ce qu’il faut sur les huîtres pour traduire à ses compatriotes, retrouver des connaissances égarées depuis 40 ans, embrasser des amis, la famille… Retrouver un peu le goût de vivre, dans cette famille que nous sommes, écaillers improvisés, professionnels, habitués, nouveaux, et fidèles.

Je ne sais pas bien , Sébastien, si tu voulais que je raconte comme ça. Nous nous devons de garder en nous les particules de bonheur qu’on ne sait pas dire, les cataclysmes silencieux qui ne se voient pas. Nous pouvons juste ébaucher un trait de crayon qui donne une vague idée de ce qui se passe là, une somme de liens, de bouts, de cordes, qui font de nous une chaîne solidaire et résistante, toujours à l’affut de son maillon le plus faible.

C’est ainsi que font les gens de mer.

Nous nous revoyons dans un mois, mon frère.

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Huîtres nées et élevées en mer

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